Des scientifiques ont identifié 54 virus dans la poussière intérieure : une nouvelle piste pour détecter les flambées de maladies ?
Des chercheurs américains ont démontré que la poussière présente à l’intérieur des bâtiments peut révéler quels virus y ont circulé, ouvrant ainsi une nouvelle voie pour la surveillance des maladies.
- 27 août 2026
- 5 min de lecture
- par Priya Joi
En bref
- Une nouvelle étude menée par l’Université d’État de l’Ohio a identifié des traces génétiques de 54 virus différents dans la poussière collectée dans des écoles, des résidences universitaires et des bureaux. Parmi ces virus : le SARS-CoV-2, le virus de la grippe et le norovirus.
- Les particules virales présentes dans la poussière sont généralement inoffensives, car elles se sont dégradées et ne sont plus infectieuses. Elles nous fournissent toutefois des informations clés, en retraçant les virus qui ont circulé dans un lieu donné.
- Bien qu’il n’existe pas encore de technologie standardisée pour l’échantillonnage de la poussière à des fins de détection des virus, les chercheurs souhaitent vérifier si cette approche peut être appliquée à plus grande échelle.
Pour la plupart des gens, la poussière est une nuisance dont il faut se débarrasser. Pour une équipe de chercheurs en Sciences de l’environnement, elle représente une ressource précieuse.
Depuis la pandémie de COVID-19, l’équipe, dirigée par Karen Dannemiller, professeure en Sciences de la santé environnementale, travaille sur l’idée d’utiliser la poussière comme système d’alerte en cas de flambée épidémique.
En 2021, les chercheurs avaient déjà détecté du matériel génétique du SARS-CoV-2 dans la poussière collectée dans des bâtiments du campus de l’Université d’État de l’Ohio. Ils avaient même été capables de distinguer différents variants du virus.
Pour cette nouvelle étude, publiée dans la revue scientifique Building and Environment, les chercheurs ont collecté de la poussière à l’intérieur de près de 30 bâtiments aux États-Unis, notamment des écoles, des résidences universitaires et des immeubles de bureaux.
La technologie qu’ils ont utilisée est capable de détecter les traces moléculaires laissées par les virus lorsqu’ils se dégradent. Les échantillons prélevés ont ensuite été comparés à près de 200 virus différents. Sur les 27 échantillons analysés, l’équipe a identifié 54 virus différents ; chaque échantillon contenant au moins un virus.
Les résultats de l’étude suggèrent qu’il serait possible de déterminer quels virus circulent dans un bâtiment donné sans avoir à tester les personnes qui s’y trouvent.
« Il s’agit d’un travail révolutionnaire », explique Karen Dannemiller dans un communiqué accompagnant l’étude. « Des virus avaient déjà été séquencés à partir de poussière auparavant, mais de manière très limitée, et cette approche n’avait jamais été proposée comme outil de surveillance. »
Selon elle, cette nouvelle étude pourrait conduire « à une utilisation plus éclairée des mesures de précaution et à une meilleure utilisation des ressources ».
Un suivi des agents pathogènes
Le suivi environnemental des agents pathogènes repose largement sur la surveillance des eaux usées. Les eaux usées permettent de révéler les agents pathogènes qui circulent au sein d’une communauté, souvent même avant que les premiers patients ne se présentent dans les centres de soins. Néanmoins, cette méthode de surveillance est surtout efficace à l’échelle d’une population entière, et tous les agents pathogènes ne sont pas excrétés de manière détectable dans les eaux usées.
La poussière intérieure fonctionne différemment. Elle accumule du matériel génétique excrété par des personnes qui fréquentent un lieu, et capte des particules présentes dans l’air et sur les surfaces. Au fil du temps, la poussière constitue une sorte d’archive stratifiée des toutes les particules ayant circulé dans une pièce.
Les virus identifiés dans les échantillons prélevés par l’équipe de l’Université d’État de l’Ohio illustrent bien ce phénomène. Les rhinovirus, la famille de virus à l’origine du rhume, ont été détectés dans 85 % des échantillons prélevés.
Les empreintes virales différaient également entre les bâtiments principalement fréquentés par des adultes et ceux fréquentés par des enfants : la poussière provenant des crèches et des écoles primaires présentait en effet un mélange de virus nettement différent de celui de la poussière prélevée dans les bureaux.
Les concentrations du virus de la grippe dans la poussière augmentaient et diminuaient à peu près au même rythme que les données nationales sur l’épidémie. Un résultat qui laisse penser que cette méthode pourrait mettre en évidence des tendances à plus grande échelle.
« À l’instar de la surveillance des eaux usées, qui permet de suivre les foyers de maladies à grande échelle, nous avons mis au point un outil intermédiaire offrant les mêmes avantages, pour une population plus restreinte », explique Karen Dannemiller.
Une archive des agents pathogènes, pas un risque sanitaire
Les chercheurs insistent sur un point essentiel : le matériel génétique viral présent dans la poussière ne présente aucun danger pour les personnes se trouvant dans le bâtiment. Lorsqu’un virus est suffisamment dégradé pour n’être plus détectable que par son traçage génétique, il a généralement perdu sa capacité à infecter.
Une école, un hôpital, une maison de retraite ou un lieu de travail pourraient, en principe, faire l’objet d’une surveillance visant à détecter la circulation d’un virus particulier avant que celui-ci ne se transforme en flambée épidémique.
Contrairement à l’analyse d’échantillons contenant une source active d’infection, l’analyse de la poussière repose sur les traces laissées par les agents pathogènes qui ont traversé une pièce. Elle ne nécessite donc pas de tests individuels et n’implique pas les mêmes contraintes de sécurité que la manipulation de virus vivants.
La poussière peut également retenir des traces de virus excrétés par des personnes asymptomatiques, sans qu’aucun prélèvement volontaire ne soit nécessaire.
Ce que cela pourrait changer dans la détection des flambées épidémiques
Le principal intérêt de cette méthode réside dans la détection précoce des épidémies. Une école, un hôpital, une maison de retraite ou un lieu de travail pourraient, en principe, faire l’objet d’une surveillance visant à détecter la circulation d’un virus particulier avant que celui-ci ne se transforme en flambée épidémique.
La détection précoce permet aux autorités de prendre plus rapidement des mesures adaptées, notamment en matière de ventilation, de nettoyage ou de campagnes de vaccination ciblées.
Elle permettrait également de mieux orienter les ressources de santé publique là où les besoins sont les plus grands.
« Ce type de recherches s’avère utile pour la surveillance d’un large éventail de bâtiments où les enjeux sanitaires peuvent être très différents », explique Karen Dannemiller. « En permettant d’identifier plus précisément les problèmes, les informations collectées peuvent aider à mieux orienter les ressources limitées pour y remédier. »
À ce jour, il n’existe pas encore de technologie ni de protocole standardisés pour l’échantillonnage de la poussière à des fins de détection des virus. Tous les bâtiments n’accumulent pas la poussière au même rythme ni de la même manière. La composition de la population qui les fréquente varie également. Tous ces facteurs devront être pris en compte si l’analyse de la poussière devait un jour être utilisée de manière systématique.
La prochaine étape pour l’équipe de l’Université d’État de l’Ohio consiste à déterminer si la technique qu’elle a utilisée peut être appliquée à plus grande échelle, à différents types de bâtiments, et à un éventail de virus plus large que les 200 couverts par son étude.