8 choses à savoir sur le variant BA.3.2 « Cicada » de la Covid-19
Malgré des détections récentes aux États-Unis, BA.3.2 est considéré comme présentant « un faible risque supplémentaire pour la santé publique ».
- 7 avril 2026
- 5 min de lecture
- par Linda Geddes
L’annonce d’un variant du SARS-CoV-2 « fortement muté » a suscité une inquiétude compréhensible ces derniers jours, certains titres mettant en avant le nombre inhabituellement élevé de modifications génétiques qu’il présente.
Mais si les scientifiques surveillent de près le variant BA.3.2, surnommé « Cicada », les premières données suggèrent que ce sous-lignage d’Omicron ne provoque pas, à ce stade, de vagues importantes d’infections ni de formes plus graves de la maladie.
Il semble plutôt s’inscrire dans la continuité de l’évolution du virus, à l’œuvre depuis son émergence il y a six ans. Voici huit éléments à connaître sur le variant BA.3.2 à ce stade.
1. Il s’agit d’un nouveau sous-lignage d’Omicron
Comme tous les sous-variants du SARS-CoV-2 apparus depuis novembre 2021, BA.3.2 est issu d’Omicron, plus précisément du sous-variant BA.3, qui a circulé à faible niveau fin 2021 et début 2022 avant de disparaître.
L’émergence d’Omicron a marqué un tournant majeur dans l’évolution du virus, avec l’apparition quasi simultanée de trois lignages — BA.1, BA.2 et BA.3 — chacun porteur de dizaines de nouvelles mutations. Si BA.1 et BA.2 ont ensuite provoqué des vagues mondiales, BA.3, lui, ne s’est jamais vraiment imposé et a rapidement disparu.
Sa réapparition sous la forme de BA.3.2 fin 2024 a donc été inattendue, suggérant qu’il aurait évolué de manière silencieuse pendant un certain temps, possiblement chez une personne immunodéprimée souffrant d’une infection chronique.
Cela lui a valu le surnom de « Cicada », en référence à l’insecte qui passe de longues années sous terre avant de réapparaître.
2. Un variant très muté, même pour Omicron
Ce qui distingue BA.3.2, c’est l’ampleur de ses différences génétiques par rapport à son prédécesseur.
Il présente plus de 50 mutations au niveau de la protéine Spike par rapport à BA.3, et plus de 70 mutations par rapport à la souche initiale de Wuhan.
Les chercheurs estiment que cela pourrait correspondre à un « événement de saltation » : un saut évolutif soudain au cours duquel le virus accumule de nombreuses mutations d’un coup, plutôt que progressivement.
Ce phénomène pourrait survenir lors d’infections prolongées, lorsque le virus a le temps de s’adapter sous la pression du système immunitaire.
Beaucoup des mutations de BA.3.2 sont concentrées sur la protéine Spike, que le virus utilise pour pénétrer dans les cellules humaines et qui constitue la principale cible de la réponse immunitaire.
3. Il a été identifié pour la première fois en novembre 2024, mais serait apparu plus tôt
BA.3.2 a été identifié pour la première fois en Afrique du Sud en novembre 2024, mais les analyses génétiques suggèrent qu’il pourrait être apparu entre décembre 2023 et juillet 2024, avant d’être détecté par les systèmes de surveillance.
Ce décalage entre émergence et détection n’est pas inhabituel : il reflète le fait que des variants peuvent circuler à bas bruit avant d’être repérés, d’autant plus que de nombreux pays ont réduit les tests liés à la Covid ces dernières années.
Depuis, BA.3.2 a été détecté dans plusieurs pays, notamment en Europe, aux États-Unis et en Australie, d’abord à des niveaux très faibles, avec une hausse notable des détections en Australie-Occidentale à la mi-2025. Malgré cela, il n’a pas connu de vague importante comme certains variants très mutés auparavant.
4. Il pourrait partiellement échapper à l’immunité existante contre le SARS-CoV-2
Comme de nombreux sous-variants récents, BA.3.2 montre des signes de capacité à échapper à l’immunité acquise contre la Covid.
Les premières études en laboratoire suggèrent que les anticorps générés par la vaccination ou une infection antérieure sont moins efficaces pour neutraliser BA.3.2 que d’autres souches d’Omicron actuellement en circulation, y compris les descendants du sous-variant JN.1.
Concrètement, cela signifie que le système immunitaire pourrait moins bien le reconnaître. Mais cela s’inscrit dans une tendance plus large : à mesure que le SARS-CoV-2 évolue, de nombreux descendants d’Omicron développent des capacités similaires d’échappement immunitaire, ce qui permet au virus de continuer à circuler même dans des populations déjà largement immunisées.
Certaines études suggèrent également que cette capacité d’échappement pourrait s’accompagner de compromis : si BA.3.2 semble mieux contourner les anticorps, il pourrait être moins efficace pour infecter les cellules.
Cela pourrait limiter sa capacité à devenir rapidement un variant dominant, ont indiqué des chercheurs des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis.
5. Aucun élément n’indique qu’il provoque des formes plus graves
À ce stade, les données disponibles sont plutôt rassurantes. Selon une évaluation initiale du risque liée à BA.3.2 publiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en décembre 2025, « BA.3.2 n’a pas montré d’avantage de croissance durable par rapport aux autres variants co-circulants, et aucune donnée n’indique une augmentation de la gravité, des hospitalisations ou des décès associés à ce variant. »
« Dans l’ensemble, les données disponibles suggèrent que BA.3.2 présente un faible risque supplémentaire pour la santé publique par rapport aux autres sous-lignages d’Omicron actuellement en circulation. »
Il n’existe pas non plus, à ce stade, de preuve que BA.3.2 entraîne des symptômes différents de ceux observés avec les autres sous-variants récents d’Omicron.
6. Il ne semble pas supplanter les autres variants
Malgré son grand nombre de mutations, BA.3.2 ne semble pas disposer d’un avantage clair par rapport aux autres variants actuellement en circulation.
Il s’est diffusé à l’international et a été détecté dans plusieurs pays, mais le plus souvent à des niveaux faibles ou modérés, sans provoquer de grandes vagues mondiales. Cela suggère qu’il ne supplante pas, à ce stade, les sous-variants dominants comme les descendants de JN.1.
7. Les vaccins devraient continuer à protéger contre les formes graves
Même si des études en laboratoire suggèrent que BA.3.2 peut partiellement échapper aux anticorps générés par la vaccination ou une infection antérieure, les vaccins devraient continuer à offrir une protection contre les formes graves, en réduisant les hospitalisations et les décès.
L’OMS et son Groupe technique consultatif sur la composition des vaccins contre la Covid suivent de près l’impact des nouveaux variants sur l’efficacité vaccinale, afin d’orienter d’éventuelles mises à jour.
8. BA.3.2 reste néanmoins étroitement surveillé
L’OMS a classé BA.3.2 comme variant sous surveillance le 5 décembre 2025 : il fait partie des cinq sous-variants d’Omicron actuellement dans cette catégorie.
Cela signifie que BA.3.2 est étudié pour déterminer s’il — ainsi que des variants proches — pourrait représenter un risque supplémentaire par rapport aux variants en circulation. À ce stade, l’OMS estime toutefois que BA.3.2 présente « un faible risque supplémentaire pour la santé publique ».
Autrement dit : un variant à surveiller, mais pas, à ce stade, une source d’inquiétude majeure.
Davantage de Linda Geddes
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