Alors que le Burundi s’apprête à introduire un vaccin contre l’un des cancers les plus meurtriers, des survivantes témoignent

Pour Irakoze Gratia, le diagnostic d’un cancer du col de l’utérus a été le point de départ d’un long parcours, douloureux et coûteux, vers la guérison. Survivante, elle fait partie des rares chanceuses — et espère que la prochaine génération n’aura pas à vivre avec ce risque.

  • 21 avril 2026
  • 5 min de lecture
  • par Moses Havyarimana
Irakoze Gratia, survivante d’un cancer du col de l’utérus. Crédit : Moses Havyarimana
Irakoze Gratia, survivante d’un cancer du col de l’utérus. Crédit : Moses Havyarimana
 

 

À retenir

  • Au Burundi, plus de 1 000 femmes meurent chaque année du cancer du col de l’utérus – une maladie pourtant évitable.
  • Alors que le pays s’apprête à introduire ce mois-ci le vaccin contre le papillomavirus humain (VPH), qui protège contre ce cancer, chez les adolescentes, la survivante Irakoze Gratia est catégorique : « Je conseille à toutes les femmes de se faire vacciner… profitez de cette opportunité avant qu’il ne soit trop tard. »
  • Gratia sait que survivre a un coût élevé – non seulement sur le plan émotionnel, mais aussi financier. Pour accéder à un traitement qui lui a sauvé la vie, elle a dû emprunter à ses proches. Le vaccin, lui, sera gratuit.

Irakoze Gratia, survivante du cancer du col de l’utérus et habitante de Bujumbura, fait partie des rares chanceuses. Mais le chemin entre le diagnostic et la guérison a été long et éprouvant.

« J’ai commencé à avoir des symptômes inhabituels en 2013, avec des règles interminables », raconte cette mère de deux enfants, aujourd’hui âgée de 50 ans. « Parfois, j’avais mes règles deux fois par mois. Je suis conductrice, et je pensais que c’était lié à mon travail ou à la fatigue. »

Elle a consulté plusieurs médecins à Bujumbura, repartant chaque fois sans diagnostic clair. Ses symptômes ont continué de s’aggraver. Vers novembre 2016, elle remarque des pertes « avec une mauvaise odeur » et retourne en urgence à l’hôpital. Un examen révèle, dit-elle, « des lésions autour du col de l’utérus ».

En 2017, des gynécologues confirment le diagnostic de cancer du col de l’utérus. « J’ai commencé la chimiothérapie en septembre 2017. Les médecins m’ont dit que j’étais au stade 2B. J’ai suivi tous les protocoles, puis le mois suivant, on m’a orientée vers la radiothérapie. »

Entre-temps, ses difficultés financières s’aggravent. Irakoze est conductrice de taxi pour un service de transport local au Burundi et élève seule ses deux filles, tandis que son mari vit à l’étranger. Pendant sa maladie, il lui devient impossible de faire face aux dépenses.

Puis elle apprend qu’elle devra se rendre jusqu’en Inde pour recevoir une radiothérapie.

Elle est parvenue à réunir les fonds nécessaires auprès de sa famille et de ses collègues et, en janvier 2018, elle est partie. « Je suis allée en Inde pendant trois mois, en laissant mes filles de 10 et 12 ans chez des proches. C’était vraiment la période la plus difficile de ma vie… ce parcours m’a épuisée physiquement, émotionnellement et surtout financièrement », raconte Gratia.

Mais pour Gratia, contrairement aux quelque 1 100 femmes burundaises qui meurent chaque année du cancer du col de l’utérus, l’histoire se termine bien. « Je remercie Dieu : après trois mois en Inde, on m’a annoncé que je n’avais plus de cancer. Cela fait maintenant presque huit ans et je vis en bonne santé. »

Trop tard pour beaucoup

Le Dr Ndayikunda Innocent, gynécologue reconnu exerçant à la polyclinique privée Procrea à Bujumbura, explique qu’une grande majorité des patientes atteintes d’un cancer du col de l’utérus au Burundi sont encore diagnostiquées beaucoup trop tard.

Gynécologue Dr Ndayikunda Innocent. Crédit : Moses Havyarimana
Dr Ndayikunda Innocent, gynécologue.
Crédit : Moses Havyarimana

« Le problème ici, c’est que la plupart des femmes consultent à un stade critique, quand il est déjà trop tard. Il est préférable que les femmes âgées de 25 à 65 ans se fassent dépister chaque année, ce qui augmente les chances de traitement [réussi]. »

Le Dr Ndayikunda précise que certains groupes devraient se faire dépister plus fréquemment que d’autres, notamment les personnes vivant avec le VIH/sida. « Les femmes vivant avec le sida sont, dans la plupart des cas, plus vulnérables au cancer du col de l’utérus en raison de la diminution de leur immunité », explique-t-il.

En effet, le dépistage de 70 % des femmes avant l’âge de 35 ans, puis à nouveau avant 45 ans, constitue l’un des piliers de l’initiative de l’OMS pour l’élimination du cancer du col de l’utérus. Les deux autres piliers sont le traitement de 90 % des femmes qui en ont besoin et la vaccination préventive contre le papillomavirus humain (VPH) pour 90 % des filles avant l’âge de 15 ans.

Mieux vaut prévenir

Le papillomavirus humain (VPH) est extrêmement répandu et responsable de la grande majorité des cancers du col de l’utérus. Il peut également être évité grâce à une simple dose de vaccin.

À l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, le ministère de la Santé a publié un communiqué annonçant le lancement imminent de la première campagne publique de vaccination, destinée aux filles burundaises âgées de 9 à 14 ans. 

« Le Burundi introduira la vaccination contre le VPH de manière progressive, avec pour objectif final son intégration dans le Programme élargi de vaccination », a confirmé le Dr Polycarpe Ndayikeza, porte-parole du ministère burundais de la Santé.

L’expérience de pays disposant de programmes de vaccination contre le VPH bien établis montre que ce déploiement pourrait profondément réduire à la fois l’incidence de la maladie et la mortalité au Burundi.

Au Danemark, qui a introduit le vaccin contre le VPH en 2008, les types de VPH à haut risque ont presque été éliminés chez les femmes vaccinées dix ans plus tard. Aux Pays-Bas, des chercheurs ont constaté que les femmes vaccinées avaient un risque inférieur de 90 % de développer un cancer invasif du col de l’utérus par rapport à celles qui ne l’étaient pas.

Pour Gratia, l’intérêt de la prévention ne fait aucun doute. « Je conseille à toutes les femmes de se faire vacciner contre le VPH… profitez de cette opportunité avant qu’il ne soit trop tard, et faites-vous dépister chaque année. »

Le Dr Ndayikunda partage cette conviction et anticipe lui aussi un impact majeur. Il plaide même pour une vaccination obligatoire des filles éligibles, afin de garantir une couverture maximale.

Au-delà du vaccin

Les représentants du ministère soulignent que les efforts du gouvernement pour lutter contre le cancer du col de l’utérus ne se limitent pas à la vaccination.

« Le gouvernement déploie actuellement le dépistage VIA/VILI dans les centres de santé. L’introduction progressive du test HPV sur des sites pilotes, la formation des personnels de santé et les campagnes de sensibilisation ont permis d’atteindre plus de 155 000 femmes l’an dernier », a indiqué le Dr Ndayikeza. Le gouvernement a également annoncé le lancement de la construction d’un Centre national de référence en oncologie afin d’améliorer la prise en charge des patientes.

Les biopsies et les confirmations histologiques sont désormais disponibles à l’hôpital universitaire de Kamenge, principal établissement de soins tertiaires du pays. Les interventions chirurgicales sont accessibles dans les hôpitaux de référence, mais la radiothérapie reste « limitée ». Les partenariats régionaux, notamment avec le Rwanda et la Tanzanie, constituent encore la principale solution pour les patientes qui en ont besoin.