Le Burundi s’attaque à son cancer le plus meurtrier en faisant reculer la désinformation

Le vaccin contre le VPH fait désormais partie du programme de vaccination de routine au Burundi. Lors de la campagne d’introduction, 84,4 % des filles ciblées ont été vaccinées — un résultat obtenu grâce à un important travail d’information auprès des familles.

  • 4 juin 2026
  • 5 min de lecture
  • par Moses Havyarimana
Des élèves attendent de recevoir le vaccin contre le VPH à Gitega, au Burundi. Crédit : Moses Havyarimana
Des élèves attendent de recevoir le vaccin contre le VPH à Gitega, au Burundi. Crédit : Moses Havyarimana
 

 

En bref

  • Le 29 avril, le Burundi a officiellement lancé à l’échelle nationale la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH), responsable de la majorité des cancers du col de l’utérus.
  • Le cancer du col de l’utérus est le cancer le plus meurtrier au Burundi, alors qu’il est presque entièrement évitable. Avant le premier déploiement du vaccin, les agents de santé se sont mobilisés dans tout le pays pour mieux faire connaître la maladie et les moyens de la prévenir.
  • Malgré la circulation de fausses informations, cet effort a porté ses fruits : selon des sources du ministère de la Santé, 84,4 % de la population ciblée a reçu le vaccin au cours de la campagne de trois jours.

Emelyne Ngiriyabandi, 46 ans, vit dans le village de Kibimba, à Gitega. Elle n’avait jamais entendu parler du cancer du col de l’utérus avant la visite d’agents de santé à son domicile, début avril.

« Quand ils nous ont parlé des signes et des symptômes, j’ai eu le cœur serré, car je crois que beaucoup de nos voisines sont mortes de cette maladie sans le savoir », raconte Ngiriyabandi.

Emelyne Ngiriyabandi, une mère de trois enfants âgée de 46 ans, a vu ses deux filles se faire vacciner à Gitega, le 29 avril 2026. Crédit : Moses Havyarimana
Emelyne Ngiriyabandi, une mère de trois enfants âgée de 46 ans, a vu ses deux filles se faire vacciner.
Crédit : Moses Havyarimana

Le Burundi s’apprêtait alors à lancer, pour la première fois à l’échelle nationale, la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) : un vaccin administré en une seule dose, qui offre une protection durable contre ce cancer. En parallèle, une vaste campagne de sensibilisation à la maladie et à sa prévention était en cours. Le cancer du col de l’utérus reste toutefois mal compris du grand public et, avec des taux de dépistage inférieurs à 10 %, les diagnostics arrivent souvent tardivement.

Le cancer du col de l’utérus est à la fois le cancer le plus fréquent et le plus meurtrier dans le pays. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il tue plus de 1 000 personnes chaque année au Burundi, soit environ 18,8 % de l’ensemble des décès dus au cancer dans le pays.

Pour les deux filles adolescentes de Ngiriyabandi, heureusement, ce risque devrait désormais fortement diminuer. Un mercredi de la fin avril, leur mère se trouvait dans leur école, à l’occasion du lancement national du vaccin.

La Première dame du Burundi, Angeline Ndayishimiye, lors du lancement officiel du programme de vaccination contre le VPH à Gitega, le 29 avril 2026. Crédit : Moses Havyarimana
La Première dame du Burundi, Angeline Ndayishimiye, lors du lancement officiel du programme de vaccination contre le VPH.
Crédit : Moses Havyarimana 

« Je suis venue voir mes filles se faire vacciner », explique-t-elle à VaccinesWork. « Même si je ne connaissais pas cette maladie il y a encore deux semaines, j’ai pu m’asseoir avec mes filles et leur parler des bénéfices du vaccin, parce que j’ai confiance dans les responsables qui nous ont dit qu’il était sûr. »

Parmi ces responsables figurait la Première dame Angeline Ndayishimiye, qui a pris la parole lors de l’événement et appelé les parents à traiter les fausses informations sur le vaccin contre le VPH « avec mépris ».

Lors de l’introduction du vaccin contre le VPH, la Dre Marthe Sylvie Essengue Elouma, Directrice des pays prioritaires chez Gavi, a rappelé que des études avaient montré une réduction de 87 % du risque de cancer du col de l’utérus chez les femmes vaccinées.

La Première dame du Burundi et la Dre Marthe Sylvie Essengue Elouma, Directrice des pays prioritaires chez Gavi, lors du lancement officiel à Gitega, le 29 avril 2026. Crédit : Moses Havyarimana
La Première dame du Burundi et la Dre Marthe Sylvie Essengue Elouma, Directrice des pays prioritaires chez Gavi, lors du lancement officiel.
Crédit : Moses Havyarimana 

En mai 2023, l’OMS indiquait qu’une étude du Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) avait montré que la vaccination contre le VPH avait réduit de plus de moitié la prévalence des types de VPH à haut risque au Rwanda en moins de huit ans. L’étude faisait état d’une baisse globale importante, de 52 %, de la prévalence de quatre types de VPH à haut risque ciblés par le vaccin : les VPH 6, 11, 16 et 18.

Pourtant, selon Ngiriyabandi, certains parents cachent leurs enfants à la maison pour éviter la vaccination. « Dans la plupart des cas, c’est à cause des fausses informations et du manque de sensibilisation », explique-t-elle. Elle précise que plusieurs parents croient, à tort, que le vaccin contre le VPH peut entraîner une infertilité.

Lutter contre la désinformation

Bien que les données issues du projet pilote et de nombreux autres pays disposant déjà de programmes de vaccination contre le VPH contredisent clairement ces rumeurs, les fausses informations sur le vaccin persistent dans certaines régions du pays.

Un rapport du ministère de la Santé indique qu’au cours de la campagne de trois jours, 80 élèves d’une même école primaire ont « fui sous l’influence de certaines croyances religieuses ».

Le Dr Polycarpe Ndayikeza, porte-parole du ministère burundais de la Santé, explique que le gouvernement, avec l’appui des autorités administratives locales et des leaders communautaires, lutte contre la désinformation et sensibilise la population au vaccin contre le VPH.

Des élèves de l’école primaire de Kibimba font la queue pour se faire vacciner à Gitega, le 29 avril 2026. Crédit : Moses Havyarimana
Des élèves de l’école primaire de Kibimba font la queue pour se faire vacciner à Gitega.
Crédit : Moses Havyarimana 

« Nous avons mené des actions directes dans les écoles et les communautés afin de rassurer la population sur l’innocuité du vaccin. À ce stade, nous n’avons pas encore commencé à utiliser des chatbots, mais nous envisageons des stratégies numériques, notamment via WhatsApp ou SMS », indique le Dr Ndayikeza.

Mais des agents de santé comme Inarukundo Anitha et des enseignantes comme Sibomana Maria Goreth estiment qu’il reste encore beaucoup à faire pour lutter contre la désinformation au sein des communautés, afin que toutes les filles aient les mêmes chances de grandir sans être exposées au cancer du col de l’utérus.

La parole aux pionnières

Lyse Raïssa Dukeze, aujourd’hui mère d’un enfant à 23 ans, a déjà entrevu ce futur.

Elle avait 14 ans en 2018, lorsque le Burundi a mené un projet pilote de vaccination contre le VPH dans les provinces de Ngozi et Rumonge. Elle faisait partie d’un premier groupe de 12 000 filles burundaises à être vaccinées.

« Avant que je reçoive le vaccin, ma tante était morte d’un cancer du col de l’utérus », raconte Dukeze. « J’ai vu ce qu’elle a enduré, et c’est pour cette raison que j’ai décidé de me faire vacciner. »

C’est une décision qu’elle ne regrette pas. « À l’époque, il y avait beaucoup de fausses informations : on disait que si l’on se faisait vacciner, on ne pourrait jamais avoir d’enfant. Mais j’ai été vaccinée, et aujourd’hui j’ai un enfant », dit Dukeze.

« Je me sens désormais protégée »

Selon des responsables du ministère de la Santé, 84,4 % de la population ciblée a été vaccinée au cours de la campagne de lancement d’avril-mai, preuve que pour des centaines de milliers de filles burundaises, la possibilité d’être protégées était une occasion à saisir.

Giraneza Darlene, 13 ans, élève à l’école primaire de Kibimba, fait partie des filles qui ont reçu le vaccin. « On nous a parlé de la maladie et nous avons senti que c’était le bon moment pour nous faire vacciner. Je me sens désormais protégée et je n’ai pas hésité à recevoir l’injection », dit-elle.

Giraneza Darlene, 13 ans, élève à l’école primaire de Kibimba. Crédit : Moses Havyarimana
Giraneza Darlene, 13 ans, élève à l’école primaire de Kibimba.
Crédit : Moses Havyarimana 

Le gouvernement burundais a indiqué que la fin de cette campagne marquait l’introduction du vaccin contre le VPH dans le calendrier de vaccination de routine du pays. Il continuera d’être proposé gratuitement aux filles âgées de 9 à 14 ans, dans tous les centres de vaccination du pays.

Pour la Dre Essengue Elouma, de Gavi, cette avancée constitue une étape vers l’objectif mondial commun d’ici à 2030 : vacciner 90 % des filles avant l’âge de 15 ans, dépister 70 % des femmes et traiter 90 % des personnes diagnostiquées.