Comment le Cameroun vainc petit à petit les réticences aux vaccins

Selon le ministère de la Santé publique du Cameroun, le taux d’hésitation vaccinale a été réduit de moitié en seulement 10 mois.

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Vaccination au Cameroun contre la COVID-19

 

De l’hésitation à l’adoption

Marcy Ngbwa, 36 ans, n'a jamais été favorable au vaccin contre le coronavirus. Et pourtant, depuis peu, il s’est ravisé en voyant ce qui se passe autour de lui. Ses craintes initiales, alimentées par la désinformation, ont peu à peu laissé place à une certaine confiance aux vaccins. « Au départ comme beaucoup de Camerounais, j’avais du mal à franchir la porte des points de vaccination contre la COVID-19. Mais aujourd’hui, si l’occasion se présente, je n’hésiterai pas », dit-il.

« On a eu une campagne de désinformation. Par la suite, j’ai reçu plusieurs autres informations crédibles : d’abord, le message du président de la République à la nation le 31 décembre dernier. Dans son adresse, le chef de l’Etat nous demande de ne pas écouter les réseaux sociaux qui nous désinforment. Donc, à partir de là, je me suis dit : si le premier Camerounais le dit, forcément, cela signifie qu’il faut avoir confiance et se laisser aller. C’est ce qui m’a motivé à prendre le vaccin. »

Marcy Ngbwa
Marcy Ngbwa

A Yaoundé, d’autres citoyens ont eu un parcours similaire.

« Au départ, j’avais très peur (de prendre le vaccin) avec ce qui se disait dans les quartiers », explique Dicky Victorine, 35 ans, lors d’une matinée ensoleillée dans la capitale. « Mais aujourd’hui, je me prépare à prendre ma première dose parce que beaucoup de gens dans mon entourage se sont déjà fait vacciner et ça m’a un peu encouragé et rassuré », a-t-elle ajouté, précisant qu’elle n’avait jamais été contaminée par la COVID-19 depuis que le premier cas a été signalé dans le pays, le 6 mars 2020.

Une couverture vaccinale en hausse, mais encore faible

Ce changement de paradigme explique l’augmentation du taux de vaccination dans le pays. « Une étude socio-anthropologique publiée au mois de mars 2021 a montré que le taux d’hésitation vaccinale au Cameroun était de 60,3% dans la population, 49,2% chez les personnels de santé et 36,3% chez les leaders communautaires. 10 mois plus tard, ce taux a été réduit de moitié », révèle le ministre camerounais de la Santé publique, Malachie Manaouda.

« La pandémie de COVID-19 n’est pas finie. Nous sommes dans le cas d’une pandémie avec des variants qui ne cessent d’émerger. Pendant cette accalmie, il vaut mieux rester vigilant en se faisant vacciner pour que l’organisme ait le temps de développer des anticorps et une bonne protection en cas de nouvelle vague » a-t-il recommandé.

Le Cameroun a lancé sa campagne nationale de vaccination contre la COVID-19 le 12 avril 2021. Au moins 800.000 Camerounais ont été vaccinés contre ce virus, ce qui représente environ 3% de la population totale et 6% de la population cible. « Avec cette couverture, on ne peut pas atteindre l’immunité collective. C’est encore faible mais très perceptible au niveau individuel d’abord, et même au niveau collectif », prévient Dr Shalom Tchokfe Ndoula, secrétaire permanent du Programme Élargi de Vaccination (PEV) du Cameroun.

La famille convainc les réticents

Comme Victorine, Marcy a la chance de ne pas avoir été contaminé par la COVID-19 jusqu’à maintenant. Mais il avoue avoir vu des gens autour de lui « qui ont déjà contracté cette maladie, y compris des personnes de ma famille ». « Cela veut dire que les mesures barrières à elles seules ne constituent pas une garantie », dit-il. «Autour de moi, on a déjà vu des amis, des frères et autres qui ont pris le vaccin et qui aujourd’hui se portent bien. Je me dis donc pourquoi pas moi ? ».

Une autre habitante de Yaoundé, Blandine Débot, 41 ans, a également récemment choisi de prendre le vaccin après avoir longtemps hésité. « Mon papa l’a pris, mes cousins en Europe l’ont pris, mes deux garçons sont vaccinés et personne n’a eu d’effets secondaires », affirme-t-elle.

« Autour de moi, on a déjà vu des amis, des frères et autres qui ont pris le vaccin et qui aujourd’hui se portent bien. Je me dis donc pourquoi pas moi ? »

Dr Shalom remarque que la mesure de l’hésitation vaccinale au Cameroun est dynamique. « Tout peut changer du jour au lendemain en fonction d’une nouvelle information qui circule sur internet ou bien en fonction de l’agenda de notre pays », souligne-t-il. « A l’approche de la coupe d’Afrique des nations par exemple, l’hésitation autour de la vaccination n'était pas aussi perceptible. Beaucoup de gens ont aussi modifié leur comportement à l’égard de la vaccination pendant leurs différents déplacements ».

Le contact humain, meilleure arme contre l’hésitation vaccinale

Le spécialiste ajoute que l’éducation à la vaccination contre la COVID-19 va au-delà des techniques de communication classique, qui consistent à présenter les risques de la maladie d’une part, et l’avantage de la vaccination contre cette maladie d’autre part. « Les faits ne sont pas suffisants pour convaincre les gens », a déclaré Dr Shalom. « Ce qu’on fait, c’est maintenir une communication de proximité à travers les radios communautaires, les leaders qui participent à des réunions d’engagement communautaires, la mise à jour du kit d’information, des sessions de dialogue avec des groupes organisés ».

Vaccination à Yaoundé
Vaccination à Yaoundé

De l’avis du Dr Shalom, cela requiert un travail de longue haleine. « D’un côté, nous travaillons tout en rassurant les gens sur le fait que la situation est maîtrisée. Nous travaillons pour que la perception des risques soit suffisante pour pousser les gens à demander la vaccination, et de l’autre côté, nous communiquons sur le fait qu’il faille se mettre à l’abri d’une éventuelle incertitude en rapport avec l’évolution de la maladie, en protégeant tous ceux qui sont les plus vulnérables ».

« Les faits ne sont pas suffisants pour convaincre les gens. Ce qu’on fait, c’est maintenir une communication de proximité »

Dans les dix régions du Cameroun, les agents de santé oeuvrent pour la distribution des vaccins contre la COVID-19. L’objectif recherché est la mise à disposition de ces vaccins à la portée des communautés difficile d’accès. « Chaque partie prenante a été impliquée et contactée pour s'assurer de la vaccination du plus grand nombre de personnes possible », a déclaré Dr Cornelius Chebo, coordonnateur, PEV dans la région du nord-ouest du Cameroun, par ailleurs chef des opérations pour la riposte contre la COVID-19. « Les mobilisateurs sociaux font du porte-à-porte pour inciter les gens à se faire vacciner », dit-il.

La quatrième campagne nationale de vaccination contre le COVID-19 est prévue du 16 au 20 mars 2022 au Cameroun. « À travers ces campagnes, nous avons fait beaucoup de vaccinations, nous sommes entrés dans beaucoup de foyers, nous avons pénétré des zones qui, sans la campagne, auraient été difficiles d'accès », indique Dr Chebo.

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