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Un demi-siècle de PEV au Cameroun : Dr Tchokfe Shalom Ndoula dresse le bilan

Alors que le Cameroun célèbre le 50e anniversaire de son programme élargi de vaccination (PEV), le Dr Tchokfe Shalom Ndoula, Secrétaire permanent du PEV, revient sur les progrès réalisés et les défis à relever pour protéger la population contre les maladies évitables.

  • 27 mai 2024
  • 6 min de lecture
  • par Nalova Akua
Le Dr Tchokfe Shalom Ndoula, Secrétaire permanent du Programme élargi de vaccination au Cameroun. Crédit: Nalova Akua
Le Dr Tchokfe Shalom Ndoula, Secrétaire permanent du Programme élargi de vaccination au Cameroun. Crédit: Nalova Akua
 

 

En 1974, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) lançait le Programme élargi de vaccination (PEV) dans le but de protéger tous les enfants contre des maladies telles que la diphtérie, le tétanos, la rougeole, la variole, la poliomyélite et la fièvre jaune. À l'occasion du 50e anniversaire de cette initiative, de nombreux pays à travers le monde dressent le bilan de leurs réalisations et réfléchissent aux défis encore à relever. 

Au Cameroun, le PEV peut s'enorgueillir de succès remarquables au cours de son demi-siècle d'existence, parmi lesquels l'éradication réussie du poliovirus sauvage (le pays a été certifié exempt de poliovirus sauvage en 2020) et l'élimination du tétanos maternel et néonatal. Le PEV se tourne désormais vers l'intensification de la lutte contre des maladies telles que le paludisme, la rougeole, la fièvre jaune et la diarrhée à rotavirus. Nous avons rencontré le Dr Tchokfe Shalom Ndoula, Secrétaire permanent du PEV, pour en savoir plus.

« Le PEV multiplie et diversifie les efforts pour que les défis de l’insécurité, de l’accessibilité ou de l’urbanisation rapide soient pris en compte dans nos plans de travail, afin que chaque personne puisse accéder aux services de vaccination, quel que soit son lieu de résidence ou sa condition socio-économique. »

VaccinesWork : Nous venons de célébrer la Semaine africaine de la vaccination, un événement qui a coïncidé avec le cinquantenaire du Programme élargi de vaccination. Pouvez-vous nous dire très brièvement ce que le PEV célèbre concrètement au cours de ses 50 ans d'existence ?

Dr Tchokfe Shalom Ndoula : Pour le cas spécifique du Cameroun, en 50 ans d’existence, nous avons atteint des résultats historiques, notamment l’éradication de la variole avec l’ensemble des pays du monde ; l’élimination du tétanos néonatal ; la fin de la circulation du poliovirus sauvage ; le contrôle de toutes les grandes épidémies qui, ailleurs, causaient beaucoup de décès comme la rougeole et la fièvre jaune ; ainsi que le contrôle parfait de maladies comme la diphtérie et la coqueluche. Pour nous, en 50 ans, ce sont vraiment des résultats significatifs et nous pensons que le cinquantenaire du PEV a aussi contribué à la baisse de la mortalité infantile et néonatale au Cameroun.

Vous venez de citer l'élimination du poliovirus sauvage et du tétanos néonatal parmi les principales réalisations du PEV au cours de cette période. Quel a été le secret de cette success story ?

Je pense que ce sont de longues années de lutte qui associent non seulement une vaccination soutenue pour maintenir une immunité suffisante pendant longtemps, mais aussi un engagement de toutes les couches de la communauté et un dispositif de surveillance robuste pour détecter rapidement et répondre à tous les cas suspects ou confirmés, que ce soit le tétanos néonatal ou la polio. Voilà ce que le Cameroun a fait. En tout cas, c'est une stratégie qui a évolué avec le temps en fonction des défis et des contraintes que nous avons rencontrés au fil des années.

Joël Odjo, boulanger à Binguela : « Pour moi, c'est une joie car [avec l'introduction du vaccin contre le paludisme], nos petits frères, nos fils, nos mères et nos enfants ne souffriront plus du paludisme. »
Crédit : Gavi/2024/Go'tham Industry 

Combien de vies d'enfants camerounais ont été sauvées durant ces 50 années grâce aux campagnes de vaccination menées par le PEV ?

Au Cameroun, nous n'avons pas fait une évaluation précise du nombre de vies sauvées. Nous nous basons sur les données mondiales pour estimer que plus de 150 millions de vies ont été sauvées, et des milliers de décès ont été évités en Afrique – au moins un tiers de ce nombre. Pour le Cameroun, nous allons encore évaluer avec des modèles très précis au bout de 50 ans : c’est-à-dire combien de vies ont été sauvées, combien de décès ont été évités. Mais le plus important à ajouter, ce sont des indicateurs comme le nombre de handicaps évités et les dépenses économisées dans les soins hospitaliers… c’est une évaluation qui est en cours justement après le cinquantenaire de la vaccination.

Malgré ces étapes importantes, des maladies telles que la rougeole, la rubéole, la fièvre jaune et la diarrhée à rotavirus continuent de constituer de graves menaces pour la vie au Cameroun. Qu’est-ce qui explique cela et que fait le PEV pour les éradiquer ?

Il faut d’abord noter qu’il y a eu beaucoup de progrès même pour le contrôle de ces maladies ; mais nous aurions souhaité parvenir à leur élimination plus rapidement. Cependant, de nouveaux défis apparaissent chaque jour, notamment les questions liées à la sécurité qui empêchent l’accès à certaines zones de notre pays, ainsi que la montée de l’hésitation vaccinale que nous avons beaucoup observée pendant la pandémie de COVID-19. Ainsi, sur plusieurs années, nous n'avons pas réussi à atteindre la couverture vaccinale nécessaire pour éliminer ces maladies, notamment la rougeole et la fièvre jaune. Le PEV multiplie et diversifie les efforts pour que les défis de l’insécurité, de l’accessibilité ou de l’urbanisation rapide soient pris en compte dans nos plans de travail, afin que chaque personne puisse accéder aux services de vaccination, quel que soit son lieu de résidence ou sa condition socio-économique.

Ces cinquante années ont vu l'introduction de vaccins contre 15 agents pathogènes dans le calendrier vaccinal du Cameroun, le dernier en date étant celui contre le paludisme, introduit en janvier 2024. Pouvez-vous nous dire lequel de ces vaccins a le plus contribué à sauver des vies et si tous ces vaccins sont facilement disponibles ?

Le plus important n’est pas de savoir quel vaccin a le plus contribué à sauver des vies, mais de s'assurer que tous les enfants reçoivent ces vaccins. Cependant, nous pensons que le vaccin contre la rougeole a contribué à sauver beaucoup de vies, car avant son introduction, la rougeole était parmi les cinq premières causes de mortalité au Cameroun, ce qui n’est plus le cas maintenant. Je ne dirais pas qu’un vaccin est plus important qu’un autre, car chacun des quinze vaccins disponibles contribue à la santé et au bien-être des enfants et des adultes, offrant des bénéfices tout au long de la vie.

Le Cameroun est devenu le premier pays au monde à déployer des vaccins contre le paludisme en janvier. Où en sommes-nous avec la première phase de la campagne ? Quand le pays attend-il le prochain lot de vaccins ?

À partir du moment où un vaccin est introduit dans la vaccination de routine, nous le recevons de façon régulière. C’est le cas pour les 42 districts. Actuellement, la première dose a atteint une couverture de 54 %. Mais il ne faut pas considérer cela comme une faible couverture, car au début de l’introduction d’un vaccin, c’est la nouvelle cohorte qui est enrôlée dans la vaccination. Au fur et à mesure que nous progressons, la couverture progresse aussi. Nous pouvons atteindre 80 % de couverture d'ici la fin de l’année 2024. Le pays réfléchit à comment étendre la vaccination aux autres districts à risque, puisque nous ne couvrons actuellement que 42 districts. Nous pensons qu’en 2025, nous pourrons étendre cette vaccination aux 116 districts qui ont été priorisés comme étant les plus affectés.

Comment décririez-vous la nature de la coopération entre le Cameroun et Gavi, l’Alliance du Vaccin ? Comment quantifiez-vous l’aide de Gavi au Cameroun aujourd’hui ?

La coopération entre le gouvernement du Cameroun et Gavi dure depuis 2001. C’est une relation qui s’est intensifiée récemment avec la visite de toute l’Alliance conduite par son Président du Conseil d’Administration. Je pense que les relations sont très bonnes. Gavi soutient le gouvernement dans le financement de la vaccination et dans de nombreux autres domaines. Je pense que Gavi contribue à plus de 60 % du financement, surtout pour l’acquisition des vaccins.


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