Grâce aux drones, un meilleur accès à la vaccination dans les régions reculées de Madagascar

L’accès aux vaccins est difficile dans les zones les plus reculées de Madagascar. Des drones pouvant transporter jusqu’à 10 kg de vaccins, médicaments essentiels et consommables médicaux par vol pourraient changer la donne.

drones-madagascar_h1.jpg
Le district pilote de Toamasina II teste les drones cargos pour le transport de vaccins. Crédit : Programme Impact Madagascar
 

 

Disponibilité des vaccins dans tous les villages

Les résultats obtenus contentent les usagers dans le district pilote de Toamasina II pour la région Atsinanana, à l’est de Madagascar, où les drones cargos sont opérationnels depuis janvier. « Nous recevons au moins deux livraisons mensuelles. Toutes nos commandes sont honorées à chaque fois. Outre les médicaments et les consommables, les quantités de vaccins de routine et anti-COVID qui nous sont destinées nous permettent d’aller de village en village tous les jours et lors des jours de marché pour vacciner les enfants et les gens qui en ont besoin », confie Tahinjanahary Antonine Ramarosaona, sage-femme, chef du CSB (Centre de santé de base, ndlr) II d’Andranobolaha.

Le chef-lieu de la commune rurale éponyme est situé à 83 km de la ville portuaire de Toamasina. Pour s’y rendre, il faut compter en moyenne deux voire trois jours de route en taxi brousse. Sinon, c’est à pied que le trajet se fait. La communauté locale compte plus de 10.000 habitants dont près de 320 enfants âgés de moins d’un an.

La livraison par drones à elle toute seule résout un pan de difficultés auxquelles sont confrontés les CSB dans les zones reculées.

La livraison par drones cargos est d’une aide capitale pour les agents de santé du CSB II d’Andranobolaha et de sa dépendance d’Andranovaky, ainsi que pour les douze agents communautaires répartis sur le territoire de la commune. « Nous n’avons plus à nous déplacer jusqu’à Toamasina pour transmettre nos commandes. Pour ce faire, il nous suffit aujourd’hui d’appeler ou d’envoyer des messages », témoigne Ramarosaona. Pour les vaccins, son équipe passe par avance les commandes. Les produits livrés sont stockés dans des frigos en attendant leur utilisation.

Des livraisons hebdomadaires

La livraison des vaccins, médicaments essentiels et consommables médicaux par drones est initiée par le Programme Impact Madagascar. Financé par le gouvernement américain via l’USAID, celui-ci vient – de façon conjointe avec le Programme ACCESS – en appui au système de soin du pays et à la lutte contre la COVID-19. La phase pilote a démarré en 2019 à Maroantsetra où est basée la société franco-malgache Aerial Metric, le prestataire de service par drones cargos.

Cette ville de la région Analanjirofo sert de « base de lancement » pour atteindre quatre autres villes souffrant de l’éloignement géographique, à savoir sa voisine Mananara Avaratra, Antalaha pour la région Sava et Bealanana et Mandritsara pour la région Sofia.

Le temps est venu cette année pour le Programme Impact d’étendre l’exploitation de la technologie de drone à la région Atsinanana où le district de Toamasina II est choisi pour servir de pilote. Le lancement officiel pour celui-ci a eu lieu en mars en présence du ministre malgache de la Santé publique, le Pr Zely Arivelo Randriamanantany, et des représentants des partenaires.

Les livraisons par drones sont programmées presque toutes les semaines suivant les plannings de commande des CSB. Spécifiquement conçus pour être adaptés aux conditions climatiques locales, ces gadgets technologiques transportent chacun une charge limitée à 10 kg par vol à une vitesse de 100 km/h. Leur autonomie est de 100 km en aller et de 100 km au retour. Les livraisons sont reportées en cas de mauvais temps.

Drones Madagascar
Les drones peuvent transporter jusqu'à 10 kg de médicaments.
Crédit : Programme Impact Madagascar

Le système de largage est privilégié car l’atterrissage de ces appareils volants pourrait causer des accidents. « Au point de largage, les drones lâchent les paquets équipés de parachutes qui s’ouvrent automatiquement », précise Florent Rakotonirina, conseiller régional en logistique Atsinanana pour le Programme Impact.

Les deux drones au service de Toamasina II effectuent chacun deux ou trois vols pour un CSB dans le cas où les besoins exprimés par celui-ci excèdent le poids autorisé. Parfois, le gabarit des emballages de certains produits pose un inconvénient à l’empaquetage : les grosses boites rentrent difficilement dans les cargos.

Et après ?

La livraison par drones à elle toute seule résout un pan de difficultés auxquelles sont confrontés les CSB dans les zones reculées. Malgré cela, Ramarosaona est soucieuse pour le futur. « Nos vieux problèmes se réactualiseront sûrement à l’arrêt du projet », s’inquiète-t-elle. En effet, le Programme Impact Madagascar prendra fin en septembre 2023.

Beaucoup de districts de santé de l’île ont besoin de service des drones pour le même motif. La décision de perpétuer l’initiative au-delà de cette date dépendra des décisions en haut lieu du côté gouvernemental et du côté des partenaires à la fois, selon une source requérant l’anonymat auprès du porteur de projet.