Au Pakistan, des hôpitaux mobiles rapprochent la vaccination des populations oubliées

Dans le Pendjab, de grands camions transformés en structures de soins itinérantes apportent consultations, examens médicaux et vaccins jusque dans les zones rurales et les quartiers précaires, où l’accès aux services de santé reste difficile.

  • 30 juin 2026
  • 6 min de lecture
  • par Rahul Basharat Rajput
Le Dr Hanan Goreja, directeur adjoint de la santé du district de Rawalpindi, explique que les hôpitaux mobiles contribuent à combler les lacunes en matière de vaccination. Crédit : Rahul Basharat
Le Dr Hanan Goreja, directeur adjoint de la santé du district de Rawalpindi, explique que les hôpitaux mobiles contribuent à combler les lacunes en matière de vaccination. Crédit : Rahul Basharat
 

 

En bref

  • Depuis mai 2024, une flotte de 33 hôpitaux mobiles aménagés dans des semi-remorques se déploie périodiquement dans des zones mal desservies du Pendjab, au Pakistan.
  • Ces « hôpitaux mobiles » proposent une gamme assez complète de services, des consultations externes aux examens diagnostiques et d’imagerie, en passant par le suivi prénatal et la vaccination.
  • Depuis son lancement, ce programme mobile a pris en charge trois millions de patients. Selon une membre du personnel, pour beaucoup d’entre eux, il s’agit de leur toute première visite dans un hôpital, mobile ou non.

C’était l’une des journées les plus chaudes de juin à Rawalpindi, l’une des villes les plus peuplées du Pakistan. Les téléphones affichaient une température ressentie de 41 °C, accompagnée d’alertes indiquant que les appareils eux-mêmes pourraient bientôt cesser de fonctionner à cause de la chaleur.

Un groupe de personnes – des femmes, des enfants et des personnes âgées – s’abritait à l’ombre du toit d’une station-service hors service.

Devant eux était stationné un semi-remorque de 12 mètres de long, orné d’un immense portrait de la cheffe du gouvernement du Pendjab et de l’inscription « Field Hospital ».

Esha Noor reçoit sa première dose de vaccin à la naissance au Maryam Nawaz Field Hospital. Crédit : Rahul Basharat
Esha Noor reçoit sa première dose de vaccin à la naissance au Maryam Nawaz Field Hospital. Crédit : Rahul Basharat

À la périphérie de la ville, ce quartier, connu sous le nom de Dhok Gujjaran, abrite une importante population migrante et vivant en habitat précaire. Il s’agit d’un quartier informel, non planifié, et l’hôpital de soins tertiaires le plus proche se trouve à environ 20 kilomètres.

« Dans un quartier où les routes d’accès sont irrégulières et encombrées, disposer d’un véritable hôpital mobile est une bénédiction pour la communauté », explique Kashan Ahmed, père d’Esha Noor, une petite fille âgée de deux semaines.

Ahmed, qui travaille comme journalier, et son épouse avaient amené Noor pour ses vaccins à la naissance. Saluant une très bonne initiative, Ahmed explique qu’auparavant, les habitants devaient parcourir de longues distances pour se rendre à l’hôpital afin d’y recevoir des examens médicaux, ce qui était à la fois peu pratique et coûteux.

« Je pense que c’est une mesure très positive », dit Ahmed à propos de cette imposante clinique de vaccination sur roues.

Que sont les hôpitaux mobiles ?

Le gouvernement du Pendjab a lancé l’initiative des hôpitaux mobiles en mai 2024. Le ministre provincial de la Santé primaire et secondaire, Khawaja Imran Nazir, a expliqué à VaccinesWork que son objectif principal était de fournir des services de santé essentiels et de qualité, ainsi que des services complets de diagnostic et de traitement, directement au plus près des populations rurales et isolées.

Dans le cadre de ce programme, 33 hôpitaux mobiles de grande taille, montés sur des camions, ainsi que 21 unités de santé mobiles et 11 hôpitaux mobiles plus petits, aménagés dans des camionnettes, sont déployés dans les zones rurales du Pendjab afin d’élargir la couverture sanitaire, y compris vaccinale.

Le ministre Nazir explique que la mise en place de ces hôpitaux mobiles dans les zones rurales et les quartiers précaires répond à la nécessité de réduire de fortes inégalités d’accès aux soins, de surmonter les obstacles géographiques et financiers, et de pallier les limites actuelles des infrastructures de santé publique.

Les hôpitaux mobiles proposent des services de radiologie, notamment des radiographies permettant de détecter la tuberculose. Crédit : Rahul Basharat
Les hôpitaux mobiles proposent des services de radiologie, notamment des radiographies permettant de détecter la tuberculose. Crédit : Rahul Basharat

Outre les consultations externes générales et les services de diagnostic, des campagnes de vaccination sont également menées dans ces hôpitaux mobiles par le personnel vaccinal du district, précise-t-il.

Où ces hôpitaux mobiles sont-ils déployés ?

Le Dr Hanan Goreja, directeur adjoint de la santé du district de Rawalpindi, a expliqué à VaccinesWork que ces camions fonctionnent comme des « hôpitaux entièrement portables et autonomes », et que leurs services sont fournis gratuitement.

Selon lui, sur la base d’un plan de déploiement établi mois par mois par les autorités sanitaires au niveau du district, chaque hôpital mobile se rend dans des zones périurbaines et rurales pour fournir des services de santé là où les besoins sont les plus importants, en restant généralement deux à quatre jours sur chaque site. Le plus souvent, l’hôpital revient dans le mois afin d’assurer le suivi des patients au sein de la communauté.

Les communautés concernées sont généralement marginalisées. L’un de ces hôpitaux est par exemple déployé sur Chakra Road, dans l’Union Council Girja, une zone qui compte l’une des plus importantes populations migrantes et figure parmi celles où l’incidence des flambées de rougeole est la plus élevée au Pendjab.

« Pour combler les lacunes en matière de vaccination et fournir des services de santé complets, l’hôpital mobile a été déployé dans cette zone », explique le Dr Goreja. « Nous veillons également à assurer une couverture vaccinale complète dans le cadre du Programme élargi de vaccination (PEV), en ciblant toutes les maladies à prévention vaccinale afin que les enfants qui ont manqué leurs vaccinations de routine puissent être vaccinés. »

Le Dr Hanan explique que le caractère informel et la pauvreté du quartier, ainsi que la forte mobilité de sa population, font que la santé n’est souvent pas la première priorité de la communauté. Dans des communautés comme celle-ci, l’attention se porte généralement d’abord sur les activités qui permettent de gagner sa vie au jour le jour.

« Nous ciblons spécifiquement les zones à haut risque, en particulier celles où des cas de rougeole et d’autres maladies infectieuses ont déjà été signalés par le passé », indique le Dr Hanan.

Selon lui, grâce à ces efforts, les services de santé comblent progressivement les lacunes en matière de vaccination et renforcent la prévention des maladies au sein des populations vulnérables.

Les services proposés dans un hôpital mobile

Un administrateur hospitalier supervise les soins au sein de cet hôpital motorisé, qui comprend un service de consultations externes, avec des médecins hommes et femmes, des services de suivi prénatal assurés par des agentes de santé communautaires, ainsi que des services de suivi postnatal et de planification familiale.

L’hôpital dispose également d’une pharmacie sur place et d’un large éventail de capacités diagnostiques, notamment des services de radiologie, avec des radiographies, et des analyses de laboratoire. Directement à bord du camion, le personnel peut réaliser une numération formule sanguine complète, dépister la tuberculose, effectuer un bilan hépatique, contrôler la fonction rénale et mesurer les électrolytes dans le sang.

Selon la Dre Warda, les hôpitaux mobiles sensibilisent les femmes de la communauté à la vaccination ainsi qu’à la santé maternelle et infantile. Crédit : Rahul Basharat
Selon la Dre Warda, les hôpitaux mobiles sensibilisent les femmes de la communauté à la vaccination ainsi qu’à la santé maternelle et infantile. Crédit : Rahul Basharat

Les services de vaccination proposés par l’hôpital mobile s’appuient sur les structures locales existantes. Le Dr Ehsan Ghani, directeur général de l’Autorité sanitaire de Rawalpindi, a expliqué à VaccinesWork que lorsqu’une unité de santé mobile est installée dans une zone donnée, les équipes de vaccination des environs travaillent en étroite coordination avec l’équipe du camion afin d’élargir la portée de la vaccination.

La présence de l’hôpital mobile constitue donc une occasion, pour les enfants qui ont manqué leurs vaccinations de routine, ceux dont les vaccins sont dus, ainsi que les nouveau-nés de la zone, de rattraper leur calendrier vaccinal et d’être protégés, explique-t-il.

Les défis

La Dre Warda Rauf, médecin au Maryam Nawaz Field Hospital, a expliqué à VaccinesWork que beaucoup de personnes qu’elle reçoit n’ont pas les moyens de payer des soins médicaux privés. De nombreuses femmes n’ont jamais consulté dans un hôpital auparavant, dit-elle, et doivent être accompagnées pour s’enregistrer et commencer un véritable suivi prénatal.

La plupart de ces femmes ne connaissent pas l’importance des consultations régulières ni de la vaccination. La Dre Warda et son équipe « mettent donc aussi l’accent sur la sensibilisation à la santé des mères et de leurs enfants ».

Les établissements publics fixes sont gratuits, mais pour beaucoup des communautés où le camion fait halte, ils sont à la fois éloignés et décourageants par leur engorgement.

« Il est particulièrement difficile pour les enfants et les personnes âgées de rester debout dans de longues files d’attente, et se faire soigner peut prendre énormément de temps », explique-t-elle.

De son côté, Sundas Asghar, visiteuse de santé au sein de l’hôpital mobile, explique qu’il peut parfois être difficile, au départ, d’attirer un grand nombre de patients. Elle mène donc des activités de sensibilisation et diffuse des annonces pour informer la communauté de la disponibilité des services.

Le personnel du Maryam Nawaz Field Hospital interroge des femmes de la communauté sur les services et infrastructures de santé. Crédit : Rahul Basharat
Le personnel du Maryam Nawaz Field Hospital interroge des femmes de la communauté sur les services et infrastructures de santé. Crédit : Rahul Basharat

Mais l’accueil réservé aux soins proposés a ensuite été très positif. « Les gens nous disent souvent que cette structure leur facilite énormément la vie, car ils n’ont plus besoin de parcourir de longues distances pour accéder aux services de santé », explique Asghar.

« J’encourage aussi les femmes à faire circuler l’information au sein de leur communauté et à informer les autres de la disponibilité de ces services de santé, afin que davantage de personnes puissent en bénéficier et améliorer leur qualité de vie », ajoute Asghar.

Trois millions de patients pris en charge

Selon le ministre Khawaja Imran Nazir, l’initiative a jusqu’à présent permis de prendre en charge plus de trois millions de patients dans ces hôpitaux, tandis que plus de 500 000 examens diagnostiques, notamment des échographies, des radiographies et des analyses de laboratoire, y ont été réalisés.

Le Dr Ghani estime pour sa part que ces initiatives ont eu un impact très positif.

« Toute initiative visant à élargir la couverture sanitaire contribue positivement au bien-être général de la population, et ces services de santé mobiles et ces hôpitaux mobiles jouent un rôle important dans la réalisation de cet objectif », souligne le Dr Ghani.

Il ajoute que des figures influentes locales, des représentants des union councils et des conseillers se mobilisent également lorsque l’hôpital mobile est déployé dans leur zone, afin de permettre au plus grand nombre possible de personnes de bénéficier de ces services de santé.

Le Dr Ghani précise que, pour les hôpitaux mobiles comme au Pakistan de manière générale, la vaccination fait partie des grandes priorités de santé publique. « Notre principal objectif est d’étendre les soins de santé primaires et la couverture vaccinale aux zones où les services ne sont pas facilement accessibles, afin d’atteindre la couverture la plus large possible de la population », explique-t-il.