RDC : Vacciner et se faire vacciner, malgré l’insécurité

Dans certaines régions de la République démocratique du Congo, l’insécurité est un frein majeur à la vaccination, que ce soit contre la COVID-19 ou d’autres vaccinations de routine. Malgré cette insécurité, la vaccination se poursuit dans 519 zones de santé réparties à travers le pays. Les vaccinateurs et les personnes désireuses de recevoir le vaccin n’abandonnent pas, parfois obligées de se rendre à des centaines des kilomètres pour vacciner ou se faire vacciner.

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Lancement de la campagne de vaccination contre la poliomyélite dans la ville de Bukavu le 26 mai 2022 (crédit: Christian Buzangu)
 

 

Agé de 28 ans Justin Muvyalava, est un habitant du village de Bulongo en territoire de Beni au Nord-Kivu, l’une des régions les plus touchées par l’insécurité. Il attend toujours avoir son vaccin contre la COVID-19. La seule difficulté pour lui, c’est l’insécurité dans son village. « Je voulais me rendre dans la ville de Beni pour prendre mon vaccin. Un jour, j’étais déjà en route pour la ville, et nous sommes tombés dans une embuscade des rebelles. Cela m’a bloqué. Je suis décidé à rester au village en attendant que la situation s’améliore. L’activisme des groupes armés ne nous facilite pas l’accès au vaccin. »

Kambale Buleghe Heritier, 27 ans, habite lui le quartier Tamende, en plein centre-ville de Beni. Il a pris son vaccin contre le coronavirus, mais il reconnait que l’insécurité dans la région a créé des méfiances contre les vaccins au sein de la communauté.

« En âme et conscience j’ai pris la décision de me faire vacciner contre la COVID-19, vu les cas de décès et de contaminations qui augmentaient de jour en jour. C’est vrai que l’insécurité à Beni a créé beaucoup de méfiance au sein de la population et il faut dire que cette insécurité était à double dimension, surtout avec la dixième épidémie d’Ebola qui se vivait à Beni en 2018. Et avec l’avènement de la COVID-19, des rumeurs folles couraient partout sur l’existence ou non d’Ebola, et cela a eu beaucoup d’impact sur la vaccination. Les gens pensaient que c’est une nouvelle manière d’exterminer la population ».

« Un jour, j’étais déjà en route pour la ville, et nous sommes tombés dans une embuscade des rebelles. Cela m’a bloqué. Je suis décidé à rester au village en attendant que la situation s’améliore. L’activisme des groupes armés ne nous facilite pas l’accès au vaccin. »

Dans le territoire de Beni, Zoe Kyavahendi est agent de vaccination dans un des sites de vaccination. Elle nous fait savoir que dans leur coordination COVID, il y a toujours un chargé de sécurité qui fait le monitoring chaque matin sur la situation sécuritaire de la ville et du territoire, pour voir dans quel endroit il faut se rendre ou non pour la vaccination.

Lancement de la campagne de vaccination contre la poliomyélite dans la ville de Bukavu le 26 mai 2022 (crédit: Christian Buzangu)
Lancement de la campagne de vaccination contre la poliomyélite dans la ville de Bukavu le 26 mai 2022 (crédit: Christian Buzangu)

« Souvent quand il y a des situations un peu complexes où tout est prévisible, on va toujours sur terrain avec les éléments de l’ordre. Quand on sent que la situation nous expose, on déplace les sites dans des zones un peu plus sécurisées. On change d’aire de santé surtout si l’aire de santé voisine est un peu calme, on va là-bas et puis on prend les volontaires ou les bénéficiaires, on les amène vers ces zones ou on les transfère carrément vers un site qui est sécurisé et on ferme directement le site ».

Des situations qui obligent parfois à tout arrêter

« Cela nous est déjà arrivé de stopper la vaccination suite à l’insécurité, avec des manifestations improvisées dans la ville, avec les situations où on trouve des bombes… Cela arrive d’avoir situations compliquées et imprévisibles. Par exemple, on a eu un cas dans l’aire de santé de Kasabinyole où il y a eu des détonations d’armes lourdes, et on a été obligé de fermer le site pour amener les gens à Nyankunde où c’était un peu sécurisé. »

Le Nord-Kivu, comme certaines autres provinces de la RDC, traverse toujours des situations sécuritaires instables. Malgré cela, les équipes du programme élargi de vaccination et leurs partenaires continuent de travailler avec toutes les parties prenantes et profiter de la présence des ONG locales, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, les Forces armées de la République Démocratique et des groupes humanitaires qui sont sur le terrain pour avoir des couloirs humanitaires, qui permettent de vacciner et de continuer la vaccination de routine.

« Quand ces sites sont détruits ces sont nos populations qui en pâtissent. Même dans les zones en conflits, il y a des enfants et des femmes enceintes qui ont besoin de la vaccination »

« Nous organisons nos services pour atteindre toute la population. La situation sécuritaire impacte négativement nos activités car les séances qui ont été planifiées sont obligées de fermer, et parfois les prestataires sont obligés de se déplacer. Nous faisons de notre mieux pour garantir la continuité des services de vaccination dans les lieux insécurisés », nous fait savoir David Olela, chargé de communication du Programme élargi de vaccination (PEV).

Expérience des catastrophes naturelles

Celui-ci part de l’expérience tirée de la crise survenue lors de l’éruption du volcan Nyiragongo, à proximité de la ville de Goma, dans l’est du pays, en mai 2021 après près de 20 ans de silence. Cette expérience qui a permis d’aller vacciner les gens dans les camps des déplacés de l’éruption est aujourd’hui utilisée pour les camps des déplacés des guerres.

« Au moment de l’éruption volcanique, il a fallu déplacer les services de vaccination. Il y a des centres de santé qui avaient fermé mais cela n’a pas empêché de vacciner la population. On est allé aux camps des déplacés, on a vraiment rapproché les services de vaccination de la population malgré tous les défis que nous avons actuellement dans les zones insécurisées. Dans le passé il est arrivé que la vaccination contre Ebola à l’Est soient visée. Alors on avait travaillé avec la MONUSCO et les forces armées pour sécuriser les équipes et même les sites de vaccination, car quand ces sites sont détruits ces sont nos populations qui en pâtissent. Même dans les zones en conflits, il y a des enfants et des femmes enceintes qui ont besoin de la vaccination », plaide David Olela.