Suivre les routes nomades : sur le chemin de l’espoir au Mali

« Nous irons là où sont les enfants » : atteindre des milliers d’enfants grâce aux vaccins, en s’appuyant sur les chameaux, l’innovation et des solutions adaptées aux réalités culturelles.

  • 9 avril 2026
  • 4 min de lecture
  • par Abdullah Mohamed ,   Olivier Konan
Un coordinateur du projet Attama en mission pour identifier des enfants nomades n’ayant reçu aucun vaccin dans des zones reculées de la région de Taoudenni. Crédit : AVS, Mali.
Un coordinateur du projet Attama en mission pour identifier des enfants nomades n’ayant reçu aucun vaccin dans des zones reculées de la région de Taoudenni. Crédit : AVS, Mali.
 

 

À perte de vue, des dunes. Un vent sec. Quelques tentes basses, des troupeaux de chèvres. Dans la région de Taoudenni, au nord du Mali, les communautés pastorales nomades vivent au rythme des saisons. Elles doivent se déplacer régulièrement, en fonction de la disponibilité des pâturages et des points d’eau. Ce mode de vie est à la fois leur identité et leur moyen de subsistance.

Enfants du désert 

Ce vaste désert aride, situé à 750 km de Tombouctou, s’étend jusqu’à la frontière algérienne. Réputée pour ses anciennes mines de sel, Taoudenni est surnommée « la ville de l’or blanc ».

La région est confrontée à des conflits multiples et simultanés, qui entraînent des déplacements massifs de population et aggravent une pauvreté déjà endémique. Dans ce contexte, l’accès à la vaccination reste un défi majeur, et la mobilité de ces communautés rend difficile l’identification des enfants à immuniser.

Une vulnérabilité silencieuse 

Issus des communautés berbères, touarègues et arabes songhaï, ces enfants très mobiles ont un accès limité aux programmes de vaccination de routine et restent particulièrement exposés aux maladies évitables par la vaccination.

Selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDSM-VII 2023–2024), 13 % des enfants âgés de 12 à 23 mois au niveau national n’ont reçu aucun vaccin, y compris parmi les enfants nomades. En conséquence directe, un grand nombre d’enfants nomades ne sont pas recensés dans les données sanitaires officielles.

Interaction avec des enfants dans le village d’Assidi, district de Taoudenni, où AVS a mis en place un espace adapté aux enfants, renforçant ses liens avec eux et avec l’ensemble de la communauté. Crédit : AVS, Mali
Interaction avec des enfants dans le village d’Assidi, district de Taoudenni, où AVS a mis en place un espace adapté aux enfants, renforçant ses liens avec eux et avec l’ensemble de la communauté. Crédit : AVS, Mali

Une approche mobile adaptée au contexte local

Au cœur du Tanezrouft, l’une des régions les plus inhospitalières du Sahara, le projet Attama, mené par l’OSC Association Vivre au Sahel (AVS), expérimente une stratégie innovante fondée sur la mobilité des soins et l’engagement communautaire. En tamasheq, attama signifie « espoir ». Et pour mieux répartir cet espoir, les séances de vaccination sont organisées lors de lieux de rassemblement fréquentés, comme les marchés hebdomadaires, autour des puits communautaires, le long des couloirs de transhumance, ou encore dans les espaces de distribution alimentaire d’AVS.

Pour Mohamed Abdallah Ag Mohamed, coordinateur national d’AVS, il ne revient plus aux communautés de s’adapter aux services, mais aux services de s’adapter aux communautés.

« Nous irons là où sont les enfants. Il ne s’agit pas d’attendre qu’ils viennent dans les centres de santé, mais de les rejoindre là où ils vivent, se déplacent et survivent », explique-t-il.

L’absence de routes praticables rend l’accès aux communautés extrêmement difficile. Même les véhicules tout-terrain, conçus pour les environnements les plus exigeants, ne peuvent circuler sur ces pistes sableuses. Face à cette contrainte, des solutions logistiques à la fois innovantes et adaptées aux réalités culturelles sont nécessaires.

AVS utilise souvent deux ou trois chameaux pour se déplacer, afin d’identifier et de suivre les enfants « zéro dose » — ceux qui n’ont jamais été vaccinés — ainsi que ceux que le système de vaccination a perdus de vue. Les chameaux servent également à transporter le matériel vaccinal jusqu’aux campements temporaires des nomades les plus isolés. Cette approche s’inscrit naturellement dans le paysage culturel local.

Retrouver ceux qui sont en mouvement constant

L’un des principaux défis des programmes de vaccination mobiles est le suivi des enfants « zéro dose » rencontrés pour la première fois, souvent difficiles à localiser pour les doses suivantes.

C’est pourquoi l’OSC AVS a mis en place un système de surveillance partagé avec des relais communautaires dans les districts d’Al Ourch et de Foum Elba, à Taoudenni. Il s’appuie notamment sur des clubs de mères et des agents de liaison communautaires pour identifier et orienter les enfants insuffisamment vaccinés vers les services de vaccination.

Une fillette « zéro dose », identifiée à 40 km de son village, a pu être vaccinée grâce à une forte coordination entre les relais communautaires et les leaders locaux. © AVS, Mali
Une fillette zéro dose, identifiée à 40 km de son village, a pu être vaccinée grâce à une forte coordination entre les relais communautaires et les leaders locaux. © AVS, Mali

Depuis le lancement du projet Attama, 6 531 enfants ont reçu une première dose du vaccin pentavalent. Parmi eux, 511 étaient âgés de 12 à 23 mois et n’avaient jamais été vaccinés auparavant ; les autres avaient entre 0 et 11 mois.

Une initiative qui s’appuie sur la mobilité des communautés

Cette approche repose sur des méthodes simples et efficaces : l’écoute, la collaboration avec les acteurs locaux et la reconnaissance que la mobilité n’est pas un obstacle.

Les communautés nomades continuent de se déplacer selon leurs besoins. Les services de vaccination ont, eux aussi, appris à se déplacer. En suivant les trajectoires nomades, ils ne cherchent pas à transformer les modes de vie, mais à s’y adapter.

Comment Gavi intervient-il ?

L’Association Vivre au Sahel puise dans son nom même sa mission : offrir de l’espoir et veiller à ce qu’aucun enfant au Sahel ne soit laissé de côté.

AVS s’engage en faveur d’un Sahel résilient, solidaire et durable, en œuvrant à la protection des populations civiles dans les zones de conflit, au renforcement des services sociaux de base et à la garantie d’un accès équitable à la vaccination pour chaque enfant.

Depuis mai 2025, AVS met en œuvre le projet Attama dans la région de Taoudenni, au Mali, avec le soutien de Gavi à travers son mécanisme de financement des organisations de la société civile. Dans ce cadre, AVS a pu atteindre plus de 6 000 enfants à travers le Sahel avec une première dose du vaccin pentavalent, qui protège contre cinq maladies.

Le mécanisme de financement des OSC de Gavi, géré par MannionDaniels, soutient des organisations partenaires dans 14 pays afin d’atteindre les enfants vivant dans des communautés insuffisamment couvertes par la vaccination.