Ebola nous montre que la résilience est aussi importante que la riposte

Les flambées répétées en RDC exposent l’incapacité du monde à construire des systèmes de santé résilients, soulignant l’urgence d’une réforme sanitaire mondiale coordonnée et durable.

  • 16 juin 2026
  • 4 min de lecture
  • par Sania Nishtar
Désinfection pendant la flambée d’Ebola de 2018-2020 en RDC. Crédit : Gavi/2019/Frederique Tissandier
Désinfection pendant la flambée d’Ebola de 2018-2020 en RDC. Crédit : Gavi/2019/Frederique Tissandier
 

 

Depuis l’adoption du Règlement sanitaire international de 2005 par les États membres de l’OMS, neuf urgences de santé publique de portée internationale ont été déclarées. 

Sur ces neuf urgences, trois ont commencé dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) au cours des huit dernières années seulement : Ebola en 2018-2020, la mpox en 2024, puis Ebola à nouveau aujourd’hui. 

Ces urgences sanitaires sont la conséquence visible du fait que, en tant que communauté internationale, nous ne disposons pas encore d’un modèle efficace et durable pour renforcer la résilience face aux menaces sanitaires mondiales. 

Cela peut et doit changer. 

L’Initiative européenne pour la résilience sanitaire mondiale, adoptée en mai comme cadre permettant à l’Équipe Europe d’agir de concert avec des partenaires clés aux niveaux national, régional et mondial, peut être un moteur de ce changement. 

Un cycle de crises

Il y a une ironie amère dans le fait que la flambée actuelle et rapide de maladie à virus Ebola en RDC, causée par le rare virus Bundibugyo, survienne dix ans après la fin de la pire flambée d’Ebola jamais enregistrée, qui a frappé les trois pays d’Afrique de l’Ouest que sont la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone entre 2014 et 2016. 

Cette flambée a coûté la vie à plus de 11 300 personnes, nécessité des milliards d’euros pour être contenue, et déclenché des crises économiques et humanitaires dans les pays touchés. 

Elle a constitué une leçon sur les risques systémiques que l’on fait peser lorsque l’on laisse perdurer, sans y remédier, la fragilité, la vulnérabilité et la faiblesse des systèmes de santé — une leçon que nous sommes encore en train d’apprendre aujourd’hui. 

Ebola fait partie de ces maladies sujettes aux flambées, comme le choléra et la rougeole, qui sont des marqueurs de la fragilité des systèmes de santé et, très souvent, de communautés confrontées à des besoins multiples, complexes et non satisfaits. 

Le plus souvent, ces maladies sont fortement corrélées aux conflits et aux déplacements de population. Il n’est donc guère surprenant de voir des flambées de choléra et de rougeole survenir régulièrement dans les mêmes zones de RDC actuellement prises dans l’urgence Ebola. 

Et alors que les conflits et les besoins humanitaires se sont intensifiés dans le monde ces dernières années, avec des effets aggravés par le changement climatique et de fortes coupes dans l’aide bilatérale et multilatérale, nous avons également vu les flambées de ces maladies augmenter régulièrement. 

La demande dépasse notre capacité de riposte

La communauté internationale a tenté de suivre le rythme face à cette menace. Par exemple, Gavi, l’Alliance du Vaccin, que je dirige, a constitué des stocks de vaccins, créé un fonds permettant d’acheter des vaccins à risque en situation d’urgence, et réservé des financements supplémentaires pour les contextes fragiles et humanitaires. 

Mais le fait demeure que les trajectoires actuelles d’augmentation de la demande ne sont pas soutenables.

Dans le cadre des discussions en cours sur la réforme de la santé mondiale, qui ont occupé une place centrale lors de la 79e Assemblée mondiale de la Santé récemment conclue, l’ensemble des acteurs de la santé mondiale — pays, initiatives mondiales de santé et donateurs — devraient s’engager à mettre en place des mécanismes de financement complémentaires et flexibles afin de renforcer les principales capacités sanitaires nationales, notamment la surveillance des maladies.

Passer de l’aide au partenariat

L’Initiative pour la résilience sanitaire mondiale marque une étape importante dans cet effort, en unifiant l’approche de l’Union européenne en matière de résilience sanitaire mondiale, avec un accent particulier mis sur le renforcement des services de soins primaires. Elle s’inscrit dans un tournant décisif : abandonner un modèle fondé sur l’aide au profit d’un modèle de partenariat avec les pays à faible revenu. 

Des efforts coordonnés et complémentaires pour favoriser la résilience constituent un filet de sécurité nécessaire aux efforts plus larges visant à renforcer la souveraineté sanitaire nationale. Nous devons toutefois reconnaître que la trajectoire vers des programmes nationaux de vaccination solides et résilients ne sera jamais linéaire. 

Toute réforme doit trouver un équilibre : tout en soutenant les pays dans leur transition vers un financement intégral de leurs propres programmes de vaccination, il faut garantir l’accès à des mécanismes flexibles et réactifs pour accompagner les pays confrontés à des crises aiguës ou prolongées qui menacent la vaccination de routine. 

Ce besoin d’une transition maîtrisée et durable vers l’autonomie des pays est d’ailleurs l’un des principes directeurs du vaste programme de réforme que nous mettons en œuvre au sein de notre propre organisation

Renforcer la résilience

Parallèlement au renforcement de systèmes de santé plus solides et durables, un autre aspect essentiel de la résilience consiste à veiller à ce que tous les pays puissent accéder rapidement aux contre-mesures médicales lorsqu’elles sont nécessaires, notamment en élargissant la base de production des principales contre-mesures médicales, y compris les vaccins. 

En reconnaissant, à juste titre, que la vaccination fait partie intégrante des soins de santé primaires et de la résilience face aux urgences sanitaires, l’Union européenne est devenue un soutien clé des efforts coordonnés visant à renforcer les capacités de production de vaccins en Afrique, notamment à travers ses investissements dans l’Accélérateur de la production de vaccins en Afrique de Gavi. 

En augmentant et en alignant les investissements dans les systèmes de santé fragiles et la vaccination, et en nouant de nouveaux partenariats dans les pays touchés par la fragilité, les conflits et la vulnérabilité, nous pouvons renforcer la sécurité sanitaire africaine, européenne et mondiale, tout en renforçant la résilience face aux flambées épidémiques et aux pandémies.