Méningite : un nouveau vaccin confirme sa sécurité à grande échelle
L’analyse des campagnes de vaccination au Nigeria et au Niger a mis en évidence un nombre très limité d’effets indésirables graves parmi plus de 4,8 millions de personnes vaccinées.
- 31 mars 2026
- 5 min de lecture
- par Linda Geddes
En bref
- En juillet 2023, l’Organisation mondiale de la santé a préqualifié un nouveau vaccin conjugué contre le méningocoque, qui protège contre les cinq principales causes de méningite épidémique en Afrique subsaharienne. Bien que les essais cliniques aient déjà montré que le vaccin Men5CV était sûr et efficace, l’OMS a recommandé aux pays qui l’introduisent de surveiller étroitement les effets indésirables dans des conditions réelles.
- Une nouvelle étude, publiée dans Vaccine, fournit les premières données à grande échelle sur la sécurité du vaccin en conditions réelles, après son utilisation lors de campagnes de riposte aux épidémies au Nigeria et au Niger en 2024.
- Elle confirme la sécurité du vaccin en situation d’épidémie, avec des taux très faibles d’effets indésirables graves et aucun nouveau signal de sécurité détecté.
Un nouveau vaccin conçu pour stopper les épidémies mortelles de méningite en Afrique est sûr lorsqu’il est utilisé à grande échelle, selon la première étude de sécurité en conditions réelles menée lors de son déploiement.
L’étude a analysé les données de plus de 4,8 millions de personnes vaccinées avec le nouveau vaccin pentavalent contre le méningocoque, Men5CV, lors de campagnes de riposte aux épidémies au Nigeria et au Niger en 2024.
Ces résultats confirment les données de sécurité issues des essais cliniques menés avant l’approbation du vaccin, apportant un niveau de confiance supplémentaire alors que les pays africains commencent à le déployer pour lutter contre la maladie à méningocoque, une infection bactérienne fulgurante pouvant provoquer en quelques heures une surdité, des lésions cérébrales, des amputations ou la mort.
Qu’est-ce que la maladie à méningocoque ?
Neisseria meningitidis (méningocoque) est la principale cause de méningite bactérienne en Afrique et une cause majeure de surdité, de lésions cérébrales et d’amputations dans le monde, malgré l’existence de vaccins très efficaces.
L’une des raisons tient au fait qu’il existe une douzaine de types, ou sérogroupes, de cette bactérie — dont les sérogroupes A, B, C, W, X et Y sont responsables de la majorité des cas dans le monde.
Les populations vivant dans la ceinture africaine de la méningite — qui s’étend sur 26 pays d’Afrique subsaharienne, du Sénégal à l’ouest jusqu’à l’Éthiopie à l’est — présentent les taux les plus élevés de maladie à méningocoque. Historiquement, de grandes épidémies y surviennent tous les 5 à 12 ans.
Depuis 2010, l’introduction d’un vaccin conjugué contre le méningocoque du sérogroupe A, le MenAfriVac, a permis de réduire drastiquement la méningite dans cette région.
Avant son déploiement, le méningocoque de sérogroupe A représentait 85 à 90 % des cas de méningite dans la région. Depuis, les campagnes de vaccination de masse ont sauvé des millions de vies et quasiment éliminé les grandes épidémies liées à ce sérogroupe.
Fort de ce succès, des vaccins plus larges ciblant les sérogroupes A et C (MenACV), puis A, C, W et Y (MenACWY), ont été introduits dans certains contextes afin de protéger contre davantage de sérogroupes.
En juillet 2023, l’Organisation mondiale de la santé a ensuite préqualifié un nouveau vaccin conjugué contre le méningocoque, Men5CV (MenFive), qui protège contre cinq sérogroupes (A, C, Y, W et X) responsables de la quasi-totalité des épidémies en Afrique subsaharienne.
À l’inverse, le méningocoque de sérogroupe B provoque généralement des flambées plus limitées et sporadiques, notamment dans les pays à revenu élevé, plutôt que de grandes épidémies comme dans la ceinture de la méningite.
Comment le vaccin Men5CV est-il utilisé ?
Depuis 2024, Gavi aide les pays de la ceinture de la méningite à déployer le Men5CV pour répondre aux épidémies, renforcer la vaccination de routine et mener des campagnes préventives dans les zones à haut risque.
En mars 2024, le Nigeria est devenu le premier pays à recevoir le vaccin Men5CV via le stock mondial de vaccins contre la méningite financé par Gavi, en réponse à une épidémie de méningocoques des sérogroupes C et W dans le nord du pays.
Le Niger a suivi quelques mois plus tard avec une campagne réactive, après une épidémie qui a finalement touché plus de 2 600 personnes.
Le vaccin a également été utilisé lors de la première campagne préventive nationale au Niger en 2025.
« Le vaccin Men5CV pourrait changer la donne pour les pays de la ceinture de la méningite qui ont connu ces dernières années des épidémies dévastatrices liées aux sérogroupes C, Y, W et X », a déclaré la Dre Beth Evans, responsable méningite chez Gavi, l’Alliance du Vaccin.
« Les campagnes préventives de vaccination de masse avec le MenACV, soutenues par Gavi dans toute la ceinture, ont permis de ne recenser aucune épidémie de N. meningitidis A depuis 2017. Nous espérons pouvoir faire de même avec d’autres sérogroupes afin de s’attaquer aux causes actuelles des épidémies. Malheureusement, les contraintes de financement limitent aujourd’hui fortement cette capacité. »
Pour aller plus loin
Quelle est la sécurité du vaccin Men5CV ?
La nouvelle étude, publiée dans Vaccine, fournit les premières données à grande échelle sur la sécurité du vaccin Men5CV en conditions réelles, après son utilisation lors de campagnes de riposte aux épidémies au Nigeria et au Niger en 2024.
Bien que les essais cliniques aient déjà démontré que le vaccin était sûr et efficace, l’OMS a recommandé aux pays qui l’introduisent de renforcer les systèmes de surveillance et de suivre de près les effets indésirables durant les premières années de déploiement.
Ce type de suivi — appelé surveillance post-commercialisation — est courant lors de l’introduction de nouveaux vaccins. Il permet d’identifier d’éventuels effets secondaires trop rares pour être détectés lors des essais cliniques, qui impliquent généralement plusieurs milliers de participants.
Les chercheurs, dirigés par André Arsène Bita Fouda au Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, en République démocratique du Congo, ont analysé les données de sécurité collectées lors de campagnes de vaccination au Nigeria et au Niger ayant concerné plus de 4,8 millions de personnes.
Les systèmes de surveillance ont enregistré 1 109 signalements d’effets indésirables après vaccination, dont la grande majorité était bénigne et survenait peu de temps après l’injection, comme de la fièvre, des maux de tête, des réactions au point d’injection ou des douleurs musculaires et articulaires.
Seuls 11 effets indésirables graves ont été rapportés — soit environ un cas pour 440 000 personnes vaccinées.
« L’introduction du vaccin Men5CV au Niger et au Nigeria a confirmé un profil de sécurité solide en conditions réelles d’épidémie, avec des taux très faibles d’effets indésirables graves et aucun nouveau signal de sécurité détecté », ont indiqué les chercheurs.
« Des systèmes de surveillance passive renforcés, appuyés par des outils numériques et une supervision intégrée, ont permis un signalement rapide et complet des effets indésirables. Les résultats observés sont cohérents avec les données des essais cliniques et les précédentes introductions de vaccins contre le méningocoque dans la région, ce qui renforce la portée de ces conclusions. »
Ils soulignent enfin que des investissements continus dans les systèmes de surveillance, en particulier dans les contextes à ressources limitées, sont essentiels pour garantir un suivi précis, détecter rapidement d’éventuels signaux de sécurité et maintenir la confiance du public dans les programmes de vaccination.
Davantage de Linda Geddes
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