Quand les services de santé sont intégrés, les familles répondent présent

Dans les contextes humanitaires, intégrer la vaccination à d’autres services essentiels peut faire toute la différence.

  • 12 juin 2026
  • 5 min de lecture
Séance de vaccination au Cameroun.
Séance de vaccination au Cameroun.
 

 

Lorsque les services de santé de la Cameroon Baptist Convention (CBCHS) ont commencé à mettre en œuvre des services de vaccination dans le cadre de ZIP, les partenariats humanitaires de Gavi, leurs équipes ont écouté les mères qui leur disaient : « Quand on nous apporte tout en même temps, les médicaments, la nourriture, et même une aide pour l’école, cela ne me dérange pas de marcher longtemps pour faire vacciner mes enfants. »

Des commentaires comme ceux-là ont aidé les équipes de CBCHS à comprendre que les mères d’enfants de moins de cinq ans vivant dans des situations de conflit et de crise acceptent volontiers de faire vacciner leurs enfants, surtout lorsque cela ne nécessite pas un long déplacement supplémentaire jusqu’au point de prestation des services. Dans ces contextes, les familles font face à des difficultés quotidiennes et, après de longues périodes d’interruption des soins, les initiatives qui réduisent la charge liée à la recherche de soins sont bien accueillies par les familles et peuvent contribuer à accroître le recours aux services.

ZIP : atteindre les enfants dans les contextes de crise et de conflit

ZIP vise à faire en sorte que les enfants vivant dans des zones touchées par des crises aient accès à la vaccination systématique et aux vaccinations de rattrapage, en se concentrant sur les régions particulièrement difficiles à atteindre pour les programmes nationaux de vaccination.

C’est, par définition, un travail difficile. Mais depuis son lancement, fin 2022, le programme a permis d’administrer une toute première dose de vaccin à plus de 3 millions d’enfants dans la Corne de l’Afrique et au Sahel, et de fournir plus de 37 millions de doses de vaccin au total.

L’un des éléments essentiels du succès du programme a été l’intégration de la vaccination à d’autres services humanitaires. À mesure que ZIP a évolué, davantage de personnes vivant dans des communautés laissées de côté ont pu être atteintes. Il apparaît de plus en plus clairement que le recours à la vaccination est meilleur lorsque des partenaires comme CBCHS s’emploient de manière constante à améliorer l’accès, accroître l’efficacité et renforcer la confiance des membres des communautés en regroupant plusieurs services. Cette approche permet aussi de réduire les coûts et d’atténuer les risques opérationnels pour les organisations chargées de la mise en œuvre.

Aller au-devant des communautés laissées de côté avec plus que des vaccins

Présent dans 11 districts du Cameroun, CBCHS a placé l’intégration de la vaccination et des services de santé au cœur de son action. En appliquant son Handshake Model, son approche phare, qui consiste à nouer des partenariats avec des équipes d’intervention humanitaire fournissant différents types de services, CBCHS a mis au point un ensemble adaptable de services intégrés associant la vaccination au dépistage nutritionnel et à la supplémentation, à l’orientation des personnes en situation de handicap vers des services adaptés, à la supplémentation en vitamine A, au déparasitage, aux kits de prévention du paludisme et à d’autres services essentiels.

L’intégration de la vaccination aux services de nutrition s’est révélée particulièrement efficace.

Les équipes de CBCHS ont reçu une formation spécialisée pour mesurer le périmètre brachial des enfants, un indicateur de leur état nutritionnel. Elles ont ensuite pu distribuer des suppléments aux enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée lorsqu’il n’existait pas de distribution alimentaire générale, et orienter les enfants atteints de malnutrition aiguë sévère vers l’établissement de santé le plus proche.

Lors de ces séances intégrées, CBCHS a atteint près de 70 000 nourrissons et enfants avec des services de vaccination et de dépistage nutritionnel, administré une supplémentation en vitamine A à près de 45 000 enfants âgés de six mois et plus, et identifié plus de 2 000 cas de malnutrition aiguë sévère ou modérée.

Les retours des parents ont confirmé que lorsque les services sont regroupés, les familles répondent présent. Des membres des communautés ont expliqué que l’intégration avait transformé la vaccination d’un service « utile, mais pas indispensable » en un service qui « vaut le déplacement ».

Rapprocher les soins des familles

Un autre partenaire de ZIP, le consortium Gavi REACH, dirigé par l’International Rescue Committee (IRC), est intervenu dans certaines régions du Tchad, d’Éthiopie, du Nigeria, de Somalie, du Soudan du Sud et du Soudan. Dans ces régions touchées par des crises, les équipes de vaccination ont administré des traitements de déparasitage et une supplémentation en vitamine A, et distribué des moustiquaires imprégnées d’insecticide ainsi que des kits WASH en parallèle des services de vaccination.

Au Soudan du Sud, REACH a intégré la vaccination aux activités de prise en charge intégrée des maladies de l’enfant au niveau communautaire (iCCM) et aux journées de santé de l’enfant, et l’a associée à des séances bimensuelles d’éducation à la santé et à la nutrition organisées sur des sites parfois situés à plus de 40 km de l’établissement de santé le plus proche. Cette approche s’est révélée particulièrement utile pour instaurer la confiance et atteindre les familles les plus exposées, notamment les éleveurs nomades, les pêcheurs et les communautés difficiles d’accès, comme les réfugiés et les personnes de retour dans leur région d’origine.

Une mère au Soudan du Sud montre le carnet de santé de son enfant après une séance de vaccination.
Une mère au Soudan du Sud montre le carnet de santé de son enfant après une séance de vaccination.

Dans le camp d’éleveurs de Dhaba, par exemple, REACH Soudan du Sud a mené des séances essentielles de sensibilisation et d’éducation afin de mobiliser la communauté et de réduire l’hésitation vaccinale.

À la suite de ces séances, des hommes ont commencé à accompagner leurs enfants pour les faire vacciner et accéder à d’autres services humanitaires, notamment des services de soins primaires comme les consultations externes, les soins prénatals, le dépistage nutritionnel, les soins curatifs, les services de santé reproductive et les cliniques mobiles. Les familles ont apprécié de ne plus avoir à effectuer plusieurs déplacements pour compléter les calendriers vaccinaux et bénéficier d’autres services.

Grâce à ces efforts, plus de 18 000 nourrissons et enfants âgés de cinq ans au maximum ont bénéficié à la fois de services de vaccination et de nutrition à travers le Soudan du Sud entre janvier et juin 2025, et leurs familles ont été mises en relation avec des services prénatals et de santé reproductive lorsque cela était nécessaire.

Comprendre les complexités de l’intégration

Si l’intégration présente des avantages évidents, elle introduit aussi d’importantes complexités. Les différents flux de financement s’accompagnent de restrictions – par exemple, les fonds de Gavi REACH ne peuvent pas soutenir les services autres que la vaccination – si bien que l’intégration dépend d’une forte coordination entre partenaires et d’un bon alignement de leurs actions. En pratique, des calendriers et des priorités différents peuvent compliquer cette démarche et risquer de surcharger des systèmes déjà fragiles.

L’intégration impose également des exigences supplémentaires aux agents de santé, en nécessitant formation, supervision et systèmes de données adaptables afin de suivre plusieurs services sans alourdir excessivement les charges de travail. Bien qu’elle soit positive, l’intégration peut accroître la demande de services au-delà des prévisions initiales, ce qui exige de la souplesse et une anticipation des ressources supplémentaires nécessaires. Fixer des objectifs réalistes est essentiel, mais difficile dans des contextes où les données sont limitées et les populations mobiles ; les partenaires peuvent toutefois mettre en commun leur connaissance approfondie des communautés pour combler ces lacunes.

Plus important encore, la volonté de maximiser l’efficacité et de réduire les coûts peut conduire à une intégration excessive. Cela risque de mettre les organisations partenaires sous pression, de surcharger les équipes, de provoquer de l’épuisement professionnel et de nuire à la qualité des services.

Répondre aux besoins des communautés, plus efficacement

Comme l’a résumé un parent : « S’ils viennent avec de la nourriture et des services de santé en même temps, j’amènerai sans aucun doute mes enfants se faire vacciner. » 

L’intégration de la vaccination à d’autres services de santé essentiels présente des avantages évidents, à la fois opérationnels et communautaires, en particulier dans les contextes humanitaires. En mobilisant une seule équipe polyvalente pour fournir plusieurs services lors d’une même visite, les programmes peuvent simplifier la logistique, éviter les doublons et réduire le coût global de chaque intervention de proximité. Cette approche limite aussi le nombre de déplacements nécessaires, ce qui réduit les risques de sécurité pour les équipes comme pour les communautés.

Dans le même temps, l’intégration renforce les résultats en matière de prestation de services : proposer plusieurs services ensemble permet d’accroître la couverture et le recours aux services, tandis qu’une présence plus régulière et plus visible contribue à instaurer la confiance et à réduire l’hésitation vaccinale. Lorsque les familles et les communautés perçoivent une valeur concrète et immédiate dans les services fournis, cela renforce leur engagement et favorise des liens plus durables avec le système de santé.

En résumé : les ensembles de services intégrés stimulent la demande vaccinale et améliorent la couverture en répondant aux besoins urgents des familles en même temps qu’ils proposent la vaccination.