Quelles sont les plus grandes avancées en matière de vaccins attendues pour 2026 ? Nous avons demandé à cinq experts
De l’ARNm au VIH, nous avons demandé à cinq leaders du secteur des vaccins de partager les avancées qui, selon eux, façonneront la santé mondiale en 2026.
- 6 janvier 2026
- 7 min de lecture
- par Linda Geddes
Maria Elena Bottazzi
Codirectrice du Centre de développement de vaccins de l’hôpital pour enfants du Texas au Baylor College of Medicine à Houston, aux États-Unis
À l’aube de 2026, le paysage du développement de vaccins connaît une période de transformation spectaculaire grâce aux percées scientifiques et à la collaboration mondiale.
Les plateformes d’ARN messager (ARNm) se développent au-delà de leurs domaines d’application initiaux, ouvrant la voie vers de nouvelles possibilités pour la prévention des maladies infectieuses négligées et émergentes, voire pour les interventions thérapeutiques. Dans le même temps, les technologies de protéines recombinantes et les vecteurs viraux continuent d’être privilégiés, car ils offrent des solutions évolutives et rentables.
Les innovations en matière d’adjuvants vaccinaux et de mécanismes d’administration de vaccins – comme le ciblage des surfaces muqueuses du corps (p. ex. le nez, la bouche ou les poumons) et l’utilisation de technologies basées sur des patchs sans aiguille – sont sur le point de renforcer les réponses immunitaires et d’améliorer l’accessibilité, en particulier dans les environnements à ressources limitées.
L’année à venir nous offre non seulement l’occasion de réaliser des percées scientifiques, mais aussi de redéfinir la manière dont nous produisons un impact à grande échelle, en bâtissant un écosystème vaccinal innovant, équitable et connecté à l’échelle mondiale
Parallèlement, les modèles basés sur l’infection humaine contrôlée, dans lesquels des volontaires surveillés de près sont exposés en toute sécurité à un agent pathogène, accélèrent les premières études sur l’efficacité, tandis que l’intelligence artificielle révolutionne le développement des vaccins en aidant les scientifiques à identifier des cibles prometteuses et à concevoir des essais cliniques plus intelligents et plus souples, permettant une précision et des résultats sans précédent.
Les changements systémiques qui déterminent l’accès aux vaccins et leur durabilité sont tout aussi importants.
Les partenariats avec le Réseau des fabricants de vaccins des pays en développement (DCVMN, pour Developing Countries Vaccine Manufacturer Network) renforcent les chaînes d’approvisionnement mondiales, et les capacités de fabrication augmentent considérablement en Afrique et en Amérique latine – des étapes essentielles vers l’autonomie et la résilience régionales. De nouveaux cadres pour les vaccins combinés et des stratégies visant à établir des propositions de valeur claires contribueront à aligner les considérations politiques, économiques et liées à la demande. Je considère ces tendances mondiales comme une occasion de veiller à ce que l’innovation atteigne les populations les plus vulnérables.
L’année à venir nous offre non seulement l’occasion de réaliser des percées scientifiques, mais aussi de redéfinir la manière dont nous produisons un impact à grande échelle, en bâtissant un écosystème vaccinal innovant, équitable et connecté à l’échelle mondiale.
Beate Kampmann
Directrice de l’Unité MRC Gambie de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, et directrice scientifique du Centre Charité pour la santé mondiale à la Charité – Universitätsmedizin Berlin.
En 2026, la poursuite de la mise en œuvre du vaccin à base de protéine F de préfusion (preF) sûr et efficace contre le virus respiratoire syncytial (VRS), qui est administré aux femmes enceintes et protège les nourrissons, doit être une priorité.
Le vaccin preF contre le VRS transfère des anticorps protecteurs en toute sécurité de la mère au bébé avant la naissance, le protégeant ainsi au moment où il est le plus vulnérable, et réduisant les maladies graves et la charge de travail des hôpitaux.
Le VRS est un virus respiratoire courant qui peut provoquer des infections pulmonaires graves et des hospitalisations chez les nourrissons, en particulier au cours des premiers mois de leur vie.
Le vaccin preF contre le VRS transfère des anticorps protecteurs en toute sécurité de la mère au bébé avant la naissance, le protégeant ainsi au moment où il est le plus vulnérable, et réduisant les maladies graves et la charge de travail des hôpitaux.
Les essais cliniques ont montré une efficacité de plus de 80 % de protection contre les formes graves du VRS au cours des premiers mois de la vie et, à la suite de vastes études de mise en œuvre menées dans plusieurs pays à revenu élevé, nous pouvons désormais être sûrs que ces résultats sont également valables dans la vie réelle, sans préoccupations liées à la sécurité.
Je suis heureuse de constater que Gavi reconnaît le VRS comme une priorité et soutient l’introduction de vaccins maternels dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, où la mortalité imputable au VRS est la plus élevée. J’attends maintenant avec impatience que des mesures concrètes soient prises.
Gagandeep Kang
Directrice de l’Entérologie, du Diagnostic, de la Génomique et de l’Épidémiologie à la Fondation Gates
En commençant 2026 après une année difficile pour la santé mondiale, nous avons beaucoup à espérer des vaccins entériques – conçus pour protéger contre les maladies affectant le système gastro-intestinal.
La Fondation Gates a investi un certain temps dans Biovac, une entreprise sud-africaine, pour soutenir directement le développement de vaccins anticholériques oraux, et afin de rassembler des partenaires techniques et financiers pour soutenir davantage ce qui sera le premier programme de développement de vaccins de bout en bout en Afrique.
Grâce au succès des premières phases d’essais et à l’obtention des autorisations réglementaires, les partenaires cliniques de Biovac recruteront des participants pour un essai de phase 3 en 2026. C’est important non seulement pour l’entreprise, mais aussi pour le système réglementaire sud-africain, de plus en plus solide, car cela renforce ses capacités en matière de fabrication et d’essais de vaccins.
La morbidité imputable aux maladies entériques est un marqueur d’inégalité dans le monde entier, et plus on fermera de « services de prise en charge de la diarrhée », plus cela signifiera que nous faisons ce qu’il faut pour les enfants les plus vulnérables.
En 2025, nous avons assisté à la publication de données remarquables sur l’efficacité du vaccin antirotavirus fabriqué en Inde, le Rotavac. En 2026, nous devrions obtenir les résultats du deuxième vaccin indien, le Rotasiil. Il s’agit de deux des trois vaccins préqualifiés par l’Organisation mondiale de la Santé qui approvisionnent les pays éligibles au soutien de Gavi. Ces données démontrent donc le fort impact des vaccins antirotavirus là où ils sont les plus nécessaires.
Fin 2026, nous obtiendrons les premiers résultats d’une étude en cours au Pakistan qui vise à déterminer si l’ajout d’une dose de rappel de vaccin antirotavirus oral à neuf mois augmente la protection au cours de la deuxième année de vie.
La morbidité imputable aux maladies entériques est un marqueur d’inégalité dans le monde entier, et plus on fermera de « services de prise en charge de la diarrhée », plus cela signifiera que nous faisons ce qu’il faut pour les enfants les plus vulnérables.
Salim Abdool Karim
Directeur du Centre pour le programme de recherche sur le sida en Afrique du Sud (CAPRISA)
La mise au point d’un vaccin efficace contre le VIH reste un objectif important dans le cadre des efforts déployés pour parvenir à une génération sans sida.
Suite au succès sans précédent des vaccins anti-COVID-19 à base d’ARNm, cette plateforme est devenue un point central de la recherche sur les vaccins contre le VIH, offrant une approche prometteuse pour induire des réponses immunitaires robustes et ciblées.
Sa capacité à libérer rapidement des séquences d’ARN codant les immunogènes protéiques via des nanoparticules lipidiques est prometteuse, même si la diversité génétique du VIH et la nécessité de produire des anticorps largement neutralisants – indispensables pour prévenir l’infection à VIH – restent des défis majeurs.
La plateforme de vaccins à ARNm sera également testée… pour voir si un vaccin pourrait aider à contrôler le virus sans avoir recours à une prise de médicaments quotidienne.
La recherche actuelle sur le vaccin contre le VIH se concentre sur une approche ciblant la lignée germinale, dans laquelle une séquence de composants vaccinaux spécialement conçus – administrés en plusieurs doses – est utilisée pour guider progressivement le système immunitaire vers la production d’anticorps rares et puissants nécessaires pour bloquer le VIH.
En termes simples, il fonctionne comme un programme d’entraînement étape par étape qui aide l’organisme à développer les cellules immunitaires capables de produire ces anticorps protecteurs.
La plateforme d’ARNm a été choisie en priorité pour la fabrication de vaccins candidats contre le VIH qui font actuellement l’objet d’essais de phase 1, bien que les premières études aient fait état de certains problèmes de sécurité, en particulier de réactions cutanées. Les progrès devraient s’accélérer une fois que ces défis auront été relevés.
Un nouvel essai clinique de phase 1 prévu pour 2026, IAVI G004, testera un rappel conçu pour renforcer davantage la réponse immunitaire en vue de développer des anticorps largement protecteurs.
La plateforme de vaccins à ARNm sera également testée dans des études au cours desquelles les patients mettront leur traitement pour le VIH sur pause sous étroite surveillance, pour voir si un vaccin pourrait aider à contrôler le virus sans avoir recours à une prise de médicaments quotidienne dans le cadre de la recherche d’un traitement curatif. Malgré ces progrès, un vaccin efficace contre le VIH est toujours hors de portée, et aucun candidat n’a encore atteint la phase 3 des essais. Le paysage s’est également complexifié après qu’une récente étude sur le Lénacapavir – un médicament antirétroviral à longue durée d’action utilisé pour la prévention et le traitement du VIH – a montré une efficacité de 100 % chez les participants africains à l’essai, plaçant ainsi la barre très haut pour tout futur vaccin.
Les outils de prévention étant désormais si efficaces, les prochains essais de vaccins contre le VIH nécessiteront de nouvelles approches pour montrer si les vaccins offrent de réels bénéfices.
Par conséquent, 2026 devrait voir l’émergence de stratégies cliniques et réglementaires innovantes pour aider les vaccins ciblant la lignée germinale à continuer à progresser dans un monde où la prévention du VIH est très efficace.
Dr Jerome H. Kim
Directeur général du International Vaccine Institute à Séoul, en République de Corée
En 2026, les vaccins, les technologies et des écosystèmes plus solides convergent pour élargir l’accès à la vaccination et favoriser un paysage vaccinal plus autonome et plus résilient.
Sur le plan technologique, l’année pourrait être marquée par des avancées importantes pour les plateformes ARNm, les patchs à microaiguilles et les vaccins combinés. Ils présentent des avantages pour les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire grâce à une meilleure thermostabilité, des modèles d’administration plus simples et une confiance accrue dans les vaccins en réduisant la douleur et le nombre d’injections nécessaires.
Le développement de vaccins ciblant les agents pathogènes responsables de la résistance aux antimicrobiens fait l’objet d’un intérêt croissant. Dans le même temps, des données plus nombreuses et des recommandations politiques actualisées devraient modifier notre façon d’envisager la vaccination tout au long de la vie, en mettant l’accent sur des populations particulières, telles que les femmes enceintes, les enfants en âge d’aller à l’école et les personnes âgées.
Sur le plan technologique, l’année pourrait être marquée par des avancées importantes pour les plateformes ARNm, les patchs à microaiguilles et les vaccins combinés.
L’année devrait également permettre de progresser dans la mise en place des outils systémiques nécessaires pour que ces innovations se traduisent par des gains concrets. Les écosystèmes régionaux de vaccins de bout en bout renforcent les capacités locales, augmentent la production et l’accès et transforment le développement en s’éloignant d’un modèle d’aide et en s’orientant vers la souveraineté et l’autosuffisance.
L’importance croissante des vaccins produits localement pour les maladies infectieuses locales est illustrée par l’entrée en phase d’essai clinique du vaccin anticholérique oral de Biovac – une première pour la production de bout en bout d’un vaccin anticholérique oral en Afrique.
Un accent renouvelé sur la valeur totale des vaccins est également nécessaire à l’échelle mondiale en 2026, en soulignant leur rôle dans le maintien des systèmes de santé, la protection des économies et la réalisation de progrès.
L’International Vaccine Institute fait progresser un grand nombre de ces priorités, et la poursuite d’investissements stratégiques – y compris le soutien à des partenaires habilitants tels que Gavi – sera cruciale pour garantir que ces innovations atteignent les populations, surmontent les obstacles commerciaux et systémiques, et produisent un impact pour les communautés qui en ont le plus besoin.