Une bactérie mangeuse de chair se propage en Europe. Le changement climatique en cause ?

Les eaux de mer plus chaudes et moins salées semblent activer des gènes liés à la croissance et aux maladies chez Vibrio vulnificus, une bactérie marine capable de provoquer des infections mortelles au niveau des plaies.

  • 25 août 2026
  • 4 min de lecture
  • par Linda Geddes
Micrographie électronique à balayage en fausses couleurs de la bactérie Vibrio vulnificus. Crédits photo : Centres de contrôle et de prévention des maladies / James Gathany
Micrographie électronique à balayage en fausses couleurs de la bactérie Vibrio vulnificus. Crédits photo : Centres de contrôle et de prévention des maladies / James Gathany
 

 

En bref

  • Des chercheurs ont voulu comprendre pourquoi les infections à la bactérie Vibrio vulnificus sont en augmentation en Europe du Nord, et si le changement climatique rend les eaux côtières plus propices au développement de cette bactérie.
  • Ils ont découvert que les souches de Vibrio vulnificus isolées chez des patients humains étaient génétiquement similaires à celles présentes dans l’environnement, et que des conditions de chaleur et de faible salinité, comparables à celles observées lors des vagues de chaleur en mer Baltique, augmentaient l’activité des gènes liés à la croissance et à la virulence de la bactérie.
  • Ces résultats pourraient contribuer à la mise au point de systèmes d’alerte rapide visant à limiter la baignade et les activités de loisirs en mer pendant les périodes à haut risque dans certaines zones.

Alors que le changement climatique entraîne un réchauffement des eaux côtières en Europe du Nord et une baisse de leur salinité, des scientifiques affirment que ces conditions deviennent de plus en plus favorables à la prolifération d’une bactérie marine potentiellement mortelle pouvant provoquer de graves infections autour des plaies et des septicémies pouvant conduire à des amputations.

De nouvelles recherches suggèrent que les eaux chaudes et à faible salinité contribuent non seulement à la prolifération de Vibrio vulnificus, mais pourraient également accroître l’activité des gènes liés à sa capacité à se développer et à provoquer des maladies.

Qu’est-ce que la bactérie Vibrio vulnificus et pourquoi est-elle dangereuse ?

Vibrio vulnificus est une bactérie marine qui se développe dans les eaux côtières chaudes et saumâtres, où elle vit en symbiose avec des algues microscopiques appelées phytoplancton.

C’est un proche parent de la bactérie responsable du choléra, bien que ces deux microbes provoquent des maladies très différentes. Alors que le choléra se transmet par l’eau ou les aliments contaminés et provoque de graves diarrhées et vomissements, la bactérie Vibrio vulnificus est particulièrement dangereuse lorsqu’elle pénètre dans l’organisme par des coupures ou des plaies ouvertes lors de la baignade ou d’autres activités de loisirs en mer.

Dans les cas graves, l’infection peut entraîner une fasciite nécrosante, qui se caractérise par une dégradation rapide des tissus entourant la plaie.

La bactérie peut également pénétrer dans la circulation sanguine, provoquant une septicémie, et, dans certains cas, les patients doivent subir une amputation du membre atteint.

Cette infection est mortelle dans 20 à 50 % des cas. Les personnes âgées et immunodéprimées ou qui souffrent d’une maladie hépatique sont les plus exposées.

Le changement climatique pourrait-il entraîner une augmentation des infections à Vibrio vulnificus ?

Des études antérieures ont montré que les infections à Vibrio vulnificus sont en augmentation dans diverses régions du monde, notamment dans l’est des États-Unis, où leur nombre a été multiplié par huit entre 1988 et 2018.

La dernière étude en date, présentée en avril lors du congrès ESCMID Global 2026 de la Société européenne de microbiologie clinique et des maladies infectieuses, était ciblée sur le Danemark et l’ensemble de la région nordique, où le nombre de cas a fortement augmenté au cours de la dernière décennie.

« [Vibrio vulnificus] était autrefois considéré comme une infection très rare, mais c’est désormais un problème majeur, notamment en raison des vagues de chaleur estivales et de la popularité croissante de la baignade en mer tout au long de l’année », déclare le docteur Yaovi Mahuton Gildas Hounmanou, qui a dirigé ces recherches.

Environ 200 cas graves ont officiellement été recensés au Danemark lors des années particulièrement chaudes, même si le docteur Hounmanou indique que les infections moins graves ne sont probablement pas toutes signalées.

Son équipe souhaitait comprendre comment cette bactérie survit et se propage dans l’environnement, si certaines souches sont plus dangereuses que d’autres, et comment les variations de température et de salinité liées au climat pourraient influencer le risque d’infection.

Pour mener leurs recherches, ils ont analysé des centaines d’échantillons bactériens prélevés dans l’eau de mer, sur des coquillages et chez des patients au Danemark et dans l’ensemble de la région nordique, puis les ont comparés à plus de 2 000 génomes provenant du monde entier.

L’équipe a également soumis en laboratoire des souches de cette bactérie provenant de la mer Baltique à différentes températures et à différents niveaux de salinité afin d’observer comment les conditions environnementales modifiaient leur comportement.

Les chercheurs ont constaté que des souches potentiellement pathogènes de Vibrio vulnificus persistent dans l’environnement depuis au moins le milieu des années 1990, et qu’il existe peu de différences génétiques nettes entre les souches isolées chez les patients et celles circulant naturellement dans les eaux côtières.

Cependant, des conditions de température élevée et de faible salinité, telles que celles observées lors des vagues de chaleur estivales en mer Baltique, semblaient accroître l’expression des gènes liés à la croissance, au déplacement et à la virulence des bactéries – c’est-à-dire leur capacité à provoquer des maladies.

« Ce sont des conditions que le microbe apprécie particulièrement. C’est aussi, malheureusement, le moment où les gens vont à la plage », précise le docteur Hounmanou.

En revanche, des conditions plus froides et plus salées poussent les microbes à adopter un état de survie plus dormant, ce qui pourrait expliquer pourquoi les infections sont moins fréquentes pendant les mois les plus froids et dans les eaux plus salées, telles que la mer du Nord et l’océan Atlantique.

Ces résultats pourraient-ils contribuer à prévenir les infections à Vibrio vulnificus ?

Le docteur Hounmanou explique que ces résultats pourraient à terme servir de base à la mise en place de systèmes d’alerte rapide destinés à alerter le public lorsque les conditions environnementales deviennent particulièrement propices à la prolifération de Vibrio vulnificus.

Le risque d’infection étant étroitement lié à la température et à la salinité de la mer, les autorités sanitaires pourraient éventuellement avertir la population en l’informant des moments et des lieux où il est dangereux de se baigner pendant les périodes à haut risque.

Il affirme également que les médecins devraient être mieux renseignés sur cet agent pathogène, afin que les infections graves des plaies liées à l’exposition à l’eau de mer soient rapidement identifiées, traitées et signalées aux autorités.