Au Bénin, les leaders de religions traditionnelles luttent contre la COVID-19

Au Bénin, les religions traditionnelles sont tantôt des freins, tantôt des alliées de la vaccination. Dans le cas de la COVID-19, malgré le fait qu’un grand nombre d’adeptes de ces religions soient déjà vaccinés contre le virus, plusieurs s’y opposent farouchement, brandissant la religion comme rempart. Pour renverser la tendance, certains dignitaires et adeptes sensibilisent les autres, afin d’inciter le plus grand nombre possible à se vacciner.

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Dignitaires au culte mondial de Sakpata, divinité du culte vodoun connue comme dieu de la variole et plus largement des maladies éruptives et/ou contagieuses. Crédit : Marie-Louise Bidias
 

 

« La COVID-19 ne reconnait pas la religion. Elle ne cherche pas à connaître si tu es un adepte ou non d’un culte. Comme la mort, elle ne fait aucune distinction et frappe à toutes les portes », commente Padonou Coovi Aboua, président du culte vaudou (religion originaire de l’ancien royaume du Dahomey) de la commune de Dassa, à 210 km de Cotonou.

« J’ai débuté un travail de sensibilisation, trois mois après m’être moi-même fait vacciner », précise-t-il. « Lorsque nous échangeons avec les dignitaires et les adeptes, la première chose qu’ils veulent savoir est ce qui est contenu dans le vaccin. Ils ont peur, et se disent que ça peut-être un produit qui peut provoquer dans leur organisme des préjudices sérieux ».

Padonou Coovi Aboua
Padonou Coovi Aboua
Crédit : Marie-Louise Bidias

Dans ce cas de figure, le dignitaire se sert de son propre exemple et de celui de ses enfants pour démontrer que le vaccin contre la COVID-19 ne provoque pas la mort de celui qui le reçoit. Il déclare que c’est en multipliant les échanges que certains d’entre eux ont finalement accepté de se faire vacciner.

L’objectif que le Bénin s’est fixé est une couverture vaccinale de 60% de la population cible afin d’arrêter la circulation du virus.

Dans la Commune d’Abomey-Calavi, à 12 km de Cotonou, Prince Zédéka Zédéka Kanhohonou, Secrétaire Général du Conseil national des cultes endogènes du Bénin (CONACEB), est lui aussi d’avis qu’il faut se vacciner. « Je me suis fait vacciner contre la COVID-19. Il faut le faire pour être en marge des affres de la maladie ».

Le plan national de vaccination en mouvement

Au Bénin, le plan national de vaccination a été lancé le 29 mars 2021 et beaucoup d’actions ont été mises en œuvre depuis lors. En mars 2022, d’après l’Agence nationale des soins de santé primaire (ANSSP), le Bénin a reçu 60.443.340 doses de vaccin anti-COVID-19, dont 60% via le mécanisme COVAX, et le reste provenant du Fonds africain pour l’acquisition des vaccins (AVAT), ainsi que des accords bilatéraux et des dons. L’objectif que le Bénin s’est fixé est une couverture vaccinale de 60% de la population cible afin d’arrêter la circulation du virus.

Pour le Dr. Blaise Guézo Mévo, Directeur de l’ANSSP, cet objectif a connu une amélioration majeure depuis le lancement de la campagne intensive de vaccination. De novembre 2021 à mars 2022, la couverture globale a été multipliée par 10, passant de 3% à 30%. Mais des efforts doivent-être faits pour atteindre un taux de couverture vaccinale de plus de 60% dans les temps à venir.

Les réticences sont solides

Malgré toutes les dispositions prises par les autorités, d’autres soutiennent qu’il n’est pas nécessaire de se faire vacciner. Dans la Commune de Zè dans l’arrondissement d’Adjan, à 45 km de Cotonou, Hounnon Vinawa, adorateur de la divinité Thron Kpeto Deka Alafia (déité endogène adorée dans le sud du Bénin, définie comme dieu protecteur), est réticent à la vaccination. « En tant que dignitaire, nous ne faisons rien sans consulter nos divinités et esprits ». Il soutient que son refus est spirituel. « A chaque fois, je demande à mon esprit si c’est possible que je puisse me vacciner, mon esprit me le refuse. Nous sommes attentifs et à l’écoute de ce que l’esprit nous dit », se défend-t-il énergiquement.

Vénérable Gazozo, à l’état civil Alphonse Dansou, président fondateur du Syndical national des médecins intellectuels traditionnels et assimilés du Bénin (SYNAMITRAB), est du même avis que lui. Il reconnaît aussi ne pas être vacciné. « C’est le fâ (divinité présidant au destin de l’homme) qui me l’a interdit », renchérit-t-il.

Pour Hounnon Vinawa, des alternatives existent aussi dans la médecine traditionnelle contre la COVID-19. « Nous sommes des chercheurs et sur la base de nos plantes, racines, et écorces, sommes disposés à trouver des solutions adéquates et concrètes pour éradiquer le mal. Ce sont des pistes qui méritent d’être encore explorées ».

Si certains adeptes refusent de se faire vacciner, pour Padonou Coovi Aboua, il ne faut surtout pas se décourager. « Nous devons toujours garder le sang-froid et leur dire la vérité. Ils finiront par comprendre. Les premiers jours, quand je passais dans les couvents, ça n’a pas été facile et ils n’étaient pas d’accord. Nous leur expliquons qu’il est préférable pour eux de se faire vacciner et qu’ainsi ils éviteront la mort », conclut-il.