Une journée dans la vie d'un crieur de rue

Le crieur de rue fait partie intégrante des stratégies pour améliorer la couverture vaccinale au Bénin : ses services sont sollicités pour sensibiliser et faire tomber les barrières qui empêchent d’accéder à la vaccination.

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Des agents vaccinateurs attendent de recevoir des patients. Crédit : Edna Fleure
 

 

Un homme du coin

Tori, une localité située à quelques 38 kilomètres de Cotonou, n’est pas immune à l’hésitation vaccinale : le centre vaccinal de l'hôpital public est souvent clairsemé. Entre autres stratégies, les autorités locales ont pensé au crieur public, convaincu qu'un message porté par un homme du coin peut donner des résultats.

Enoch Kanlisou
Enoch Kanlisou, assistant en formation et crieur public occasionnel.
Crédit : Edna Fleure

Kanlinsou Enoch s'est porté volontaire pour jouer ce rôle. Encore en formation pour devenir assistant social, il ne comprend pas l'énergie avec laquelle certains défendent l'inutilité des vaccins.

« Tant qu'on peut se mettre à l'abri des maladies en se vaccinant, il faut le faire. La vie est chère et on ne peut pas investir le peu qu'on gagne dans la maladie, alors qu'on aurait pu l'éviter. »

« Je vois comment dans les autres pays, les gens se précipitent pour se faire vacciner contre la COVID. Mais ici, surtout dans notre localité, ce n'est pas facile. On a dû faire du porte à porte, exposer les risques pour qu'enfin certains comprennent. C'est la même chose pour la vaccination infantile. Je crois que nous devons redoubler d'efforts et sensibiliser davantage », confie le jeune homme.

Âgé de 32 ans, Enoch s'est donné pour mission de convaincre les mamans à faire vacciner leurs enfants et les adultes qui hésitent encore à se faire vacciner contre le coronavirus.

A 6h30 déjà, il démarre sa dure tâche, essuyant parfois des injures, ou se faisant interpeller par quelques sceptiques qui veulent comprendre. Quand il a accepté sensibiliser la population, il ne s'attendait pas à autant d'obstacles. Mais déterminé, il poursuit sa mission, n'en déplaise au soleil de plomb qui a fini par le rattraper.

Les soignants reconnaissants

Un tour au centre de la santé, et les agents vaccinateurs sont plutôt contents. La monotonie du quotidien a laissé place à une matinée plutôt chargée, raconte Évelyne. Elle a déjà vacciné plus de 30 enfants alors qu'habituellement, elle n'en reçoit que cinq. Elle est convaincue qu'à force de sensibiliser, les parents comprennent la nécessité de protéger leurs enfants.

« Je suis très contente aujourd'hui. Je m'attendais encore à humer l'air, mais les mamans viennent. Même des femmes enceintes sont venues pour le vaccin anti-tétanos. Ce qui était vraiment rare. Quand tu passes une journée comme celle d'aujourd'hui, tu rentres fière d'avoir accomplir ta mission ».

Pour Sossou Patricia, maîtresse d'école, la crise sanitaire est venue accentuer la méfiance des habitants sur les vaccins. Elle confie que des parents ont interdit que leurs enfants soient vaccinés à l'école. Ils craignent qu'on leur administre une dose du vaccin contre la COVID-19 à la place de celle contre la poliomyélite.

Mamans Bénin
Les mamans sont arrivées pour faire vacciner leur bébé.
Crédit : Edna Fleure

Il y a beaucoup de Béninois qui rejettent les vaccins, pas parce qu'ils ne sont pas conscients de leur importance, mais parce qu'ils doutent de la qualité du produit qui leur sera administré.

Le travail n’est jamais terminé

Il est 16h. Pour Enoch, la journée se termine. Il est content d'avoir pu sauver des vies et a hâte de recommencer le lendemain. « Ce soir, je ferai du porte à porte. J'essayerai de parler à mes proches. Tant qu'on peut se mettre à l'abri des maladies en se vaccinant, il faut le faire. La vie est chère et on ne peut pas investir le peu qu'on gagne dans la maladie, alors qu'on aurait pu l'éviter. »

Pour une population estimée à plus de dix millions d’habitants, le nombre de personnes complètement vaccinées contre le coronavirus n'atteint pas encore trois millions, selon les statistiques publiées le 20 septembre dernier. Il reste beaucoup de chemin à parcourir avant que la population entière soit protégée : il y va de la santé de tous.