Au Bénin, une semaine pour protéger près d’un million de filles du cancer du col de l’utérus

Début décembre 2025, le Bénin a mené une campagne nationale de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH), ciblant les filles âgées de 9 à 14 ans. Objectif : prévenir le cancer du col de l’utérus en intégrant progressivement ce vaccin au Programme élargi de vaccination. En pratique, la campagne rappelle que la réussite d’un programme vaccinal dépend autant de l’organisation sur le terrain que des interactions avec les familles et les communautés concernées.

  • 6 février 2026
  • 6 min de lecture
  • par Edna Fleure
Des élèves assistent à une séance de sensibilisation organisée dans le cadre de la campagne nationale de vaccination contre le VPH, au Bénin. Crédit : Présidence du Bénin
Des élèves assistent à une séance de sensibilisation organisée dans le cadre de la campagne nationale de vaccination contre le VPH, au Bénin. Crédit : Présidence du Bénin
 

 

Une question de confiance

Lundi 1er décembre 2025, il est 9 heures à l’hôpital de zone de la commune d’Abomey-Calavi, à une trentaine de minutes de Cotonou. Les agents vaccinateurs mettent en place leur dispositif pour le démarrage de la campagne de vaccination contre le virus du papillome humain. Sur le terrain, des filles de la tranche d’âge ciblée s’impatientent.

Parmi elles, Houéfa, 10 ans, est élève en classe de CM2. C’est avec un air décontracté et joyeux qu’elle reçoit sa dose.

« Je suis heureuse de m’être fait vacciner, même si je ne comprends pas encore ce que c’est réellement. Tout ce que je sais, c’est que mon père m’a dit que désormais je pourrai accomplir mes rêves sans être interrompue par une maladie grave plus tard. En plus, je n’ai pas eu mal », confie-t-elle.

Venue accompagnée de son père, Houéfa illustre une réalité observée dans de nombreux centres de santé : lorsque la bonne information est diffusée et que le vaccin est facile d’accès, l’adhésion des communautés est au rendez-vous. De nombreux parents considèrent la vaccination comme un devoir « important » pour l’avenir de leurs filles.

Mais cette acceptation n’est pas partagée par certains. Dans les centres de santé comme dans les écoles, les équipes font face à des réticences et doivent mener un important travail de communication interpersonnelle pour juguler les cas de refus. En milieu scolaire, ces situations sont parfois manifestes, certains parents s’opposant à la vaccination et alimentant des rumeurs, notamment autour d’un supposé impact du vaccin sur la fertilité des filles.

Prévenir une maladie dévastatrice pour les Béninoises

Face à ces craintes, les autorités sanitaires ont renforcé la communication de proximité pour rassurer davantage les parents. Le mardi 2 décembre, lors de la cérémonie officielle de lancement au collège Père Aupiais de Cotonou, le ministre de la Santé, le professeur Benjamin Hounkpatin, a tenu à lever toute ambiguïté.

Le ministre de la Santé, le professeur Benjamin Hounkpatin, assiste à une séance de vaccination contre le VPH aux côtés des équipes de santé et des partenaires, lors de la campagne nationale menée au Bénin.
Crédit : Présidence du Bénin

« L’introduction du vaccin contre le VPH repose sur des preuves scientifiques irréfutables. Comme le rappelle l’OMS, les vaccins contre le VPH peuvent prévenir plus de 90 % des cancers du col de l’utérus. Le vaccin est sûr, évalué à grande échelle et administré depuis plus de 15 ans dans plus de 120 pays », a-t-il souligné.

Par la même occasion, les partenaires techniques et financiers, dont Gavi et l’Unicef, et les autorités sanitaires ont rappelé l’enjeu important de cette campagne : prévenir une maladie qui reste l’une des principales causes de mortalité chez les femmes au Bénin. En effet, le cancer du col de l’utérus est la deuxième cause de mortalité par cancer chez les femmes de ce pays, avec 701 nouveaux cas et 475 décès en 2022.

Administré dès l’âge de 9 ans, selon un schéma à dose unique, le vaccin protège contre les types 16 et 18 du papillomavirus humain, responsables d’environ 70 % des cancers du col de l’utérus. Il offre une protection durable et réduit considérablement le risque de développer la maladie à l’âge adulte. Dans les pays ayant introduit cette vaccination depuis plus de dix ans, les données montrent une chute massive des lésions précancéreuses et des cancers du col de l’utérus chez les jeunes femmes vaccinées.

Les relais communautaires en première ligne

La campagne a rappelé un facteur décisif pour son bon déploiement : l’adhésion des familles est souvent conditionnée par des réalités économiques très concrètes. Bella A., vendeuse de fruits et légumes au marché, a été informée de la campagne de vaccination gratuite au troisième jour. Elle s’est alors empressée de faire vacciner ses filles de 9 et 12 ans.

« Avant cette campagne, j’avais demandé le coût du vaccin et on m’a dit plus de 100 000 FCFA par dose. Où puis-je trouver pareille somme en vendant des fruits et légumes ? Cette campagne est une réelle chance pour la santé de mes filles », explique-t-elle.

Sur le terrain, ce constat revient fréquemment dans la bouche des agents de santé communautaires qui sillonnent quartiers et villages pour communiquer avec les familles.

Présents dans les centres de santé et les écoles ciblées, les relais communautaires jouent un rôle clé pour faire face à une désinformation persistante, notamment autour de supposés effets du vaccin sur la fertilité des filles.

« Dans certaines écoles, des parents sont venus chercher leurs enfants pour leur éviter la vaccination », raconte Owolesso Achiraf, décrivant un travail de longue haleine pour déconstruire les rumeurs et instaurer un climat de confiance.

À l’hôpital, les équipes médicales font le même constat.

« Depuis le matin, je ne fais que sensibiliser. Certains veulent à tout prix démontrer que le vaccin est nocif ! », confie le Dr Audace Yedomoan, qui plaide pour que ce travail de pédagogie se poursuive bien au-delà de la campagne.

À l’échelle nationale, la campagne visait plus de 975 000 filles de 9 à 14 ans, à travers une stratégie combinant, en premier lieu la vaccination en milieu scolaire, et dans une moindre mesure, en communautés. Si cette approche a permis de toucher un grand nombre d’enfants, elle révèle aussi ses limites.

Le milieu scolaire demeure le principal point d’entrée de cette vaccination. Or, atteindre les filles non scolarisées et déscolarisées reste un défi majeur. Plus éloignées des structures de santé et des circuits d’information, et exposées davantage au risque d’exclusion, elles sont les plus difficiles à identifier et à mobiliser. Les équipes sanitaires tentent de les atteindre à travers des stratégies avancées dans les communautés.

Si la campagne nationale s’est achevée le 10 décembre, la vaccination contre le virus du papillome humain est désormais intégrée en routine dans les centres de vaccination du pays. Le succès à long terme de cette stratégie dépendra autant de la disponibilité et de l’accessibilité du vaccin, que de la capacité du système de santé à renforcer la confiance des familles et à atteindre les filles les plus éloignées du système de soins.