Des études révèlent l’ampleur de l’impact des flambées de rougeole sur écoles et hôpitaux
Deux études sur les flambées de rougeole à Birmingham (Royaume-Uni) et au Texas (États-Unis d’Amérique) révèlent l’intense pression que les flambées de rougeole exercent sur les systèmes de santé et la fréquentation scolaire.
- 17 mars 2026
- 6 min de lecture
- par Linda Geddes
En bref
- En 2024, 20,6 millions d’enfants dans le monde n’ont pas reçu leur première dose de vaccin antirougeoleux. Ces lacunes immunitaires ont contribué à la recrudescence de la maladie à l’échelle mondiale, 59 pays ayant connu cette même année des flambées épidémiques de grande envergure ou perturbatrices.
- Deux études récentes illustrent comment les flambées de rougeole peuvent exposer les vulnérabilités des systèmes de santé et des établissements scolaires.
- L’étude approfondie d’une flambée de rougeole à Birmingham, au Royaume-Uni, a révélé la pression intense exercée sur l’hôpital pour enfants de la ville. Par ailleurs, une analyse des absences scolaires au Texas (États-Unis) après une importante flambée de rougeole a permis de conclure que les absences enregistrées étaient environ dix fois supérieures au taux auquel on pourrait s’attendre sur la seule base des cas confirmés.
De l’Europe à l’Afrique en passant par l’Amérique du Nord, la couverture vaccinale recule et les flambées de rougeole sont en hausse.
Les conséquences vont bien au-delà des personnes qui tombent malades. Comme il ressort de deux études récentes, lorsque la rougeole se propage, elle peut mettre sous pression les hôpitaux, perturber la fréquentation scolaire et mettre à l’épreuve la résilience des communautés.
Les chercheurs de l’Université Stanford ont constaté qu’une récente flambée épidémique de rougeole au Texas (États-Unis) a conduit à une hausse considérable et disproportionnée des absences d’élèves, non seulement parmi les enfants malades, mais dans l’ensemble des écoles touchées.
La crainte d’être exposé, les mesures de quarantaine et les politiques d’exclusion ont amplifié les perturbations, les taux d’absentéisme dépassant de loin le nombre d’infections confirmées.
Parallèlement, une étude approfondie d’une flambée de rougeole à Birmingham menée par l’Agence britannique de sécurité sanitaire, sous la direction de Caroline Harris, a mis en lumière la pression intense exercée sur un unique hôpital pour enfants.
La flambée épidémique a entraîné des dizaines d’hospitalisations, des centaines de jours-lit perdus et des milliers de notifications de recherche des contacts – mettant à rude épreuve les membres du personnel de santé et les espaces cliniques déjà limités.
Ces deux études illustrent comment les flambées de rougeole peuvent exposer les vulnérabilités des systèmes de santé, des établissements d’enseignement et des services publics, offrant des enseignements aux communautés au sein desquelles la couverture vaccinale est en baisse.
Pourquoi la rougeole a-t-elle des effets aussi perturbateurs ?
La rougeole a des effets particulièrement perturbateurs en raison de la manière dont le virus se propage et de la vitesse à laquelle les systèmes doivent y réagir. Au sein d’une population dépourvue d’immunité, une personne porteuse du virus peut infecter jusqu’à 18 autres personnes, ce qui en fait une des maladies les plus contagieuses au monde.
Le virus se propage par voie aérienne et peut subsister jusqu’à deux heures dans les espaces fermés, ce qui signifie que l’on peut être infecté même après qu’une personne infectée a quitté les lieux.
La rougeole est en outre contagieuse avant l’apparition de l’éruption cutanée qui la caractérise – généralement aux alentours du quatrième jour d’infection – et le fait que les premiers symptômes comme la toux, l’écoulement nasal et les yeux rouges et larmoyants ressemblent aux symptômes d’autres infections respiratoires courantes peut retarder le diagnostic et permettre au virus de se propager sans être détecté.
Quels effets les flambées de rougeole peuvent-elles avoir sur l’éducation ?
Dans les établissements scolaires, les mesures de lutte contre la rougeole peuvent imposer aux élèves infectés – et, dans certains cas, aux élèves non vaccinés – de rester chez eux pour limiter la propagation de la rougeole. Toutefois, lors d’une flambée de rougeole, les absences totales peuvent également inclure les élèves chez qui on suspecte une infection, ainsi que ceux que l’on garde à la maison à titre de précaution.
Lorsque les chercheurs de l’Université Stanford ont analysé les listes de présence détaillées du district scolaire indépendant de Seminole, dans le comté de Gaines, suite à l’importante flambée de rougeole qui a frappé le comté début 2025, ils ont estimé que 141 élèves du district avaient contracté la maladie au cours de l’année scolaire.
Sachant que l’État du Texas recommande quatre jours d’isolement après l’apparition d’une éruption cutanée, cela équivaudrait à 564 journées de scolarité perdues seulement.
Pour aller plus loin
Or, les auteurs de l’étude ont constaté que les absences avaient augmenté de 41 % par rapport à la même période des deux années précédentes, se traduisant par 5 822 journées de scolarité perdues, soit environ dix fois plus que les absences auxquelles on aurait pu s’attendre sur la seule base des infections confirmées.
L’impact a été particulièrement prononcé chez les enfants en bas âge, les absences ayant dans certains cas augmenté de 71 % chez les enfants de maternelle.
Comme le professeur Thomas Dee de la Stanford’s Graduate School of Education l’a indiqué au Los Angeles Times : « Les coûts de cet absentéisme ne se font pas uniquement sentir parmi les enfants malades, mais parmi tous les enfants qui sont maintenus éloignés de l’école par précaution. »
Pour les familles, ces absences peuvent être synonymes de journées de travail perdues et de problèmes de garde des enfants. Quant aux élèves, une absence prolongée peut avoir une incidence sur leurs résultats scolaires. « Les enfants doivent aller à l’école pour pouvoir progresser sur le plan éducatif », explique Sofia Wilson, coautrice de l’étude, doctorante et ancienne enseignante, soulignant du reste que les absences affectent non seulement les élèves qui perdent des journées de scolarité, mais également leurs camarades, dans la mesure où les enseignants ralentissent la cadence d’instruction pour aider les élèves à rattraper le retard lorsqu’ils retournent à l’école.
« Compte tenu des tendances à la baisse en matière de couverture vaccinale en milieu scolaire, les données sur les absences totales dans le comté de Gaines offrent un aperçu unique et opportun des perturbations scolaires auxquelles le nombre croissant de communautés à faible couverture vaccinale pourraient être confrontées si les flambées épidémiques continuent de se propager », estiment les auteurs de l’étude.
Quels effets les flambées de rougeole peuvent-elles avoir sur les systèmes de santé ?
Étant donné que le virus est extrêmement contagieux et qu’il peut se transmettre avant l’apparition de l’éruption cutanée qui le caractérise, il n’est pas simple d’enrayer les flambées épidémiques. « Si les cas de rougeole ne sont pas isolés rapidement, il existe un risque de transmission, en particulier dans les salles d’attente bondées des services d’urgences », avertissent les auteurs de l’étude sur l’hôpital pour enfants de Birmingham.
À Birmingham, 32 % des cas confirmés s’étaient rendus aux urgences plusieurs fois au cours des trois semaines précédant le dépistage positif, augmentant le risque de propagation dans les salles d’attente bondées.
Sur une période de neuf mois, la rougeole a été confirmée chez 161 des 366 enfants qui ont fait l’objet d’un dépistage. Près de 30 % d’entre eux ont dû être hospitalisés, ces hospitalisations s’élevant au total à 257 jours-lit.
L’endiguement de la flambée épidémique a nécessité l’isolement rapide des cas suspects, la recherche intensive des contacts et un traitement post-exposition – notamment, pour les patients vulnérables, par immunoglobulines, un traitement par anticorps protecteur. Les contacts ont pu être identifiés pour 95 cas, conduisant à l’envoi de 2 397 lettres de notification d’exposition. Les espaces d’isolement ont été réaffectés et les personnels redéployés pour procéder au dépistage des patients à l’entrée de l’hôpital.
« La flambée épidémique a exercé une pression considérable sur le service des urgences de l’hôpital pour enfants en termes de charge des cas et de recherche des contacts, à laquelle s’ajoutait le risque de propagation nosocomiale [hospitalière] », expliquent les chercheurs.
« À l’avenir, la riposte aux flambées épidémiques doit être axée sur la mise en œuvre rapide des mesures de lutte anti-infectieuse ; la diffusion en temps opportun de messages clairs sur les symptômes, à la fois à l’intention des familles et des cliniciens ; la simplification des notifications ; l’instauration accélérée du dépistage de la rougeole sur le lieu des soins ; l’accès à des centres de vaccination éphémères au sein de la communauté ; et une collaboration mieux intégrée entre les équipes de santé publique et les cliniciens en première ligne. »
Ce qui s’est passé à Birmingham n’est pas un cas unique. Les flambées de rougeole peuvent épuiser rapidement les capacités des systèmes de santé, en particulier lorsque les services sont déjà proches de leurs limites.
Dans les contextes de ressources limitées, les conséquences peuvent être encore plus graves. Dans les pays où les membres du personnel de santé et les renforts mobilisables sont limités, les flambées épidémiques peuvent submerger les services de pédiatrie et détourner les agents et agentes de santé des services réguliers.
À l’échelle mondiale, 20,6 millions d’enfants n’ont pas reçu leur première dose de vaccin antirougeoleux en 2024, se retrouvant ainsi dangereusement exposés. Ces lacunes immunitaires ont contribué à la recrudescence de la rougeole à l’échelle mondiale, 59 pays ayant connu cette même année des flambées épidémiques de grande envergure ou perturbatrices.
Que pouvons-nous faire pour réduire les perturbations liées à la rougeole ?
Ces deux études montrent que la rougeole n’est pas uniquement un problème de santé, mais une source de perturbations susceptible d’avoir des répercussions sur les hôpitaux, les établissements scolaires et les familles. La bonne nouvelle, c’est que ces perturbations peuvent en grande partie être évitées.
Veiller à ce que les enfants reçoivent deux doses de vaccin demeure le moyen le plus efficace d’éviter les flambées de rougeole avant leur survenue.
Les parents peuvent vérifier les calendriers de vaccination de leurs enfants et leur faire administrer toute dose manquante. Les établissements scolaires et les responsables communautaires peuvent contribuer à la diffusion d’informations exactes sur les vaccins. Et les pouvoirs publics peuvent investir dans des programmes solides de vaccination systématique et des systèmes de riposte rapide aux flambées épidémiques.
Lorsque la couverture vaccinale demeure élevée, la rougeole a du mal à se propager, ce qui permet de protéger non seulement chaque enfant, mais également les communautés au sein desquelles vivent ces enfants.