On a parlé vaccins avec… Fanta Diakité, cheffe du desk santé à la radio Kledu de Bamako

Au Mali, les défis liés à l’information et la communication sur la santé se sont fortement accentués ces dernières années avec les bouleversements liés aux épidémies. Pour en parler, nous avons rencontré Fanta Diakité, journaliste santé depuis 20 ans, cheffe du desk santé à la radio Kledu et coordinatrice Mali du réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l'environnement.

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Fanta Diakité, cheffe du desk santé à la radio Kledu de Bamako. Crédit : Aliou Diallo
 

 

Comment la communication sur la santé a-t-elle évolué ces dernières années au Mali ?

Les choses ont beaucoup évolué, surtout avec les nouvelles technologies. Au départ, nous n’avions pas accès à certains moyens de communication et aux plateformes où on peut aller puiser de l’information, mais aujourd’hui, on a plusieurs plateformes en ligne sur lesquelles on peut aller s’informer et se former. Je me souviens qu’à mes débuts, ce n’était pas du tout facile d’avoir les contacts des médecins. Quand on parle de la « grande muette », on pense à l’Armée, mais je dirais que la « grande muette », c’était les médecins. Ils n’avaient pas compris qu’au niveau des structures sanitaires, il fallait communiquer, tant avec les patients qu’avec les journalistes qui s’intéressent à leur domaine.

Je me souviens qu’en 2014, quand le virus Ebola a fait son apparition au Mali, il y avait une panique totale, et on avait du mal à avoir accès aux médecins. Toutes les informations étaient centralisées au niveau du Ministère de la Santé. C’était très compliqué à l’époque d’avoir des données sur Ebola. Mais, aujourd’hui, je peux dire que les choses ont beaucoup changé, on l’a constaté avec le coronavirus. Les médecins et les autorités sanitaires ont compris qu’en cas de crise sanitaire, les journalistes sont un trait d’union entre eux et la population.

On n’a pas toujours besoin de tout traduire : par exemple « Ebola » et « coronavirus », on n’a pas eu le besoin de les traduire, mais le paludisme, par exemple, on l’appelle « soumaya » et la fistule obstétricale est appelée « tafe fla siiri ».

Comment faites-vous pour parler santé dans les langues nationales, notamment le Bamanankan ?

J’ai deux espaces dédiées à la santé à la radio. Les mardis, j’ai une chronique santé que j’anime depuis 2006, et une autre émission en Bamanankan. Ces deux espaces me permettent d’être proche de mes auditeurs, du monde scientifique dans le domaine de la santé et des autorités sanitaires. Je pense que ma capacité de savoir parler de la santé aux populations analphabètes vient de ma formation. Sans une bonne formation, c’est très difficile pour un journaliste ou animateur de rendre le langage des médecins digeste pour la population. Quand j’invite un médecin sur mon plateau ou quand je pars les rencontrer, je leur demande d’expliquer avec des mots simples. Et quand tu es journaliste de la santé, et comprenant les réalités socio-culturelles, tu sais comment rendre plus digestes les informations qu’on te donne.

A l’antenne, je reprends les explications des médecins avec des exemples tirés du vécu des populations. Et quand, je les reçois sur mon plateau, j’explique à mes invités avant même le jour de l’émission qu’ils doivent se préparer et utiliser des termes compréhensibles. Mais aussi, on n’a pas toujours besoin de tout traduire : par exemple « Ebola » et « coronavirus », on n’a pas eu le besoin de les traduire, mais le paludisme, par exemple, on l’appelle « soumaya » et la fistule obstétricale est appelée « tafe fla siiri ».

Ebola, COVID-19…le besoin en informations sur la santé s’est accentué ces dernières années avec les épidémies. Comment avez-vous vécu cela ?

Pendant les épidémies, le besoin d’information en santé est très fort. Quand une pandémie comme la COVID-19 survient et devient une urgence sanitaire, en tant que journaliste de santé, il faut être constamment en alerte, donner chaque jour l’évolution de la maladie et en même temps continuer à sensibiliser sur les moyens de prévention. Cela m’a emmené au plus fort de la COVID-19 à concevoir des messages de prévention et de sensibilisation en Bambara. J’ai conçu ces messages avec l’accompagnement du Centre national d’informations, d’éducation et de communication sur la santé (CNECS). Ces messages signés Kledu passent régulièrement la radio.

La maladie à coronavirus a bouleversé notre façon de traiter la thématique santé à la radio Kledu. Au début, c’était mon affaire, mais après, le besoin d’information était devenu tellement grand que c’est devenu l’affaire de tous. Tous les journalistes et animateurs étaient encouragés à traiter au moins un sujet sur la problématique. Cela a poussé beaucoup de jeunes journalistes à s’intéresser à la santé.

Ce qu’il faut dire de plus avec les informations sur la santé et les pandémies, c’est l’immixtion de l’internet, notamment les réseaux sociaux dans la diffusion des informations sur la santé. La solution pour moi, c’est d’encourager les organisations internationales, les spécialistes et les autorités sanitaires à informer la population en temps réel.

La leçon que je tire de mon parcours, c’est qu’à force d’exercer ce métier, mes auditeurs pensent que je suis médecin, et quand je leur dis que je n’ai jamais fait l’école de médecine, ils ne me croient pas. C’est là aussi, le piège dans ce métier : il ne faut pas oublier qu’on n’est pas les spécialistes.

Un message à faire passer pour finir ?

Ne ka wilikajɔ fanba be min kan o ye kanlan ko ye ka ɲɛsi kunnafonidilaw ma, munuw ka cɛsiri bɛne do kɛnɛyakowma. Bibi inna, nin taara kɛnɛya sow la, n'be banabaka tɔw sukuya camaw ye. A Dow la n'be jalaki bin nyɛrɛ kan, sabula n'ka wele-weleda ma se yɔrɔla min be maw lakana ku kisi. Boloci ye sababu ɲumaba ye mi be maw kissi ku tanka janko dɛmisenifitiniw. N'ba ɲini bɛ fɛ u ka boloci mataarafa, krɛn krɛn ne yala vaccin munu lakodon ne do jamana kɛnɛya tikila mɔkɔw fɛ, kɔlɔlɔ t'o de la.

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