COMMENT UNE IDÉE AUDACIEUSE A SUSCITÉ UNE GÉNÉRATION EN MEILLEURE SANTÉ

1. Les origines de Gavi

C’est l’histoire d’une idée audacieuse pour résoudre un problème insoluble. Une idée qui, aujourd’hui, permet de protéger près de la moitié des enfants du monde contre des maladies mortelles et invalidantes par le biais de la vaccination. Une idée qui permet désormais de sauver et de transformer la vie de millions de personnes extrêmement vulnérables, de réduire la pauvreté et de stimuler les économies des pays les plus pauvres du monde. Elle permet également de rendre le monde plus sûr pour tous en réduisant les risques d’épidémies. C’est l’histoire de l’émergence de cette idée, de son évolution et de sa réussite.

Il y a vingt ans, une poignée de personnes engagées, venant d’horizons très divers, se sont réunies et ont compris qu’elles avaient en commun une vision ambitieuse : rendre accessibles des nouveaux vaccins efficaces et fournir aux enfants du monde entier une protection contre les maladies infectieuses. Leur travail acharné pour relever ces défis a abouti à la création de Gavi, l’Alliance du Vaccin. Plus important encore, cela a donné à une génération d’enfants des chances de survie et d’épanouissement jusqu’à l’âge adulte plus importantes que celles des générations précédentes. Depuis 1990, le nombre d’enfants de moins de cinq ans qui meurent chaque année et le taux de mortalité des enfants de ce groupe d’âge ont tous deux baissé de plus de moitié - du moins en partie grâce à la progression de la vaccination dans les pays à faible revenu.

La naissance de cette remarquable Alliance a été annoncée au forum économique mondial de Davos en janvier 2000. Mais l’histoire avait commencé bien avant cela, lorsqu’un groupe de scientifiques spécialisés en santé, de politiciens, de philanthropes et d’industriels ont fait face ensemble à des défis communs. Alors qu’ils se heurtaient à des obstacles que beaucoup pensaient insurmontables, ils ont identifié une cause commune : que tous les enfants du monde bénéficient équitablement des immenses avantages de la vaccination grâce à l’accès à des vaccins d’importance vitale par un plus grand nombre de personnes, dans un plus grand nombre de pays et plus rapidement que jamais.

2. La vision prend forme

Comment un petit groupe de personnes a cherché une solution à un problème de santé d'urgence mondiale qui empêchait des millions d'enfants dans les pays pauvres d'obtenir la protection dont ils avaient besoin.

Comment un petit groupe de personnes a cherché une solution à un problème de santé d'urgence mondiale qui empêchait des millions d'enfants dans les pays pauvres d'obtenir la protection dont ils avaient besoin.

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L’histoire commence par un défi de santé mondial urgent : les enfants des pays pauvres ne recevaient pas les vaccins dont ils avaient besoin, notamment en raison de la structure des marchés de la santé au niveau mondial. Les experts de santé publique prônent l’utilisation de nouveaux vaccins pour protéger les enfants des pays à faible revenu contre la pneumonie et la diarrhée. La position de l’industrie pharmaceutique était claire : vous n’utilisez pas les vaccins dont nous disposons déjà, alors pourquoi devrions-nous consacrer de nouvelles ressources et consentir de nouveaux efforts pour en fabriquer de nouveaux ?

Cette position a mis en évidence un problème fondamental lié à l’accès mondial aux vaccins. Les vaccins qui protègent les enfants contre les infections infantiles mortelles et débilitantes, comme l'Haemophilus influenzae de type b (Hib)Haemophilus influenzae de type b (Hib)
La bactérie Hib est une bactérie mortelle pouvant être à l’origine de maladies comme la méningite, la pneumonie et la septicémie. Elle est la troisième principale cause de décès évitables par la vaccination chez les moins de cinq ans. Par ailleurs, près de 35% des survivants souffrent de séquelles permanentes. Bien que le vaccin contre la bactérie Hib fut mis à la disposition des pays riches dans les années 1980, les pays à faible revenu ne pouvaient se permettre de l’acquérir en raison de son prix élevé à l'époque (un seul pays avait introduit le vaccin contre la bactérie Hib dans son programme de vaccination de routine). Quand Gavi fut créée dans les années 2000, améliorer l'accès aux vaccins contre la bactérie Hib pour les pays à faible revenu fut donc l’une des principales priorités. Gavi mis tout en œuvre pour assurer son soutien à l’introduction du vaccin dans les programmes de vaccination de routine. Aujourd'hui, l’ensemble des pays les plus pauvres du monde se protègent contre cette bactérie grâce au vaccin cinq-en-un pentavalent financé par Gavi (voir « pentavalent »).
et l'hépatite Bl'hépatite B
L’hépatite B est un virus hautement infectieux (50 fois plus infectieux que le VIH) qui peut provoquer cirrhose et cancer du foie. En 2000, moins de 10 % des pays à faible revenu utilisaient le vaccin qui garantit une protection à 98 % contre le virus. En conséquence, l’infection frappait environ 900 000 personnes chaque année, la plupart de celles-ci vivant dans des pays à faible revenu. À l’époque, seulement 22 pays à faible revenu avaient accès à ce vaccin. Gavi a soutenu son introduction séparément ainsi que dans le cadre de l’introduction du vaccin pentavalent cinq-en-un. Aujourd’hui, tous les pays bénéficiant du soutien de Gavi ont introduit le vaccin pentavalent, qui comprend l’hépatite B. La Chine est l’un des premiers pays où le vaccin a été pris en charge par Gavi. En 2005, le gouvernement a décidé d’inclure le vaccin dans son programme de vaccination de routine. L’introduction de ce vaccin a été un test précoce du modèle Gavi qui a permis de démontrer que l’approche de l’Alliance du Vaccin pouvait rapidement accélérer l’introduction d’un nouveau vaccin dans les pays à faible revenu.
, n’atteignaient pas les enfants des pays à faible revenu qui en avaient besoin, tandis que d’autres vaccins essentiels n’étaient même pas disponibles dans ces pays. Cette incapacité des marchés à fournir des vaccins là où ils étaient le plus nécessaires (ou à développer de nouveaux produits tout aussi vitaux) était le fil conducteur qui a mené, deux ans plus tard, à la création de Gavi, l’Alliance du Vaccin.

L’esprit de Gavi, c’est le partenariat. Nous faisons les choses ensemble. Nous concentrons les compétences des géants issus d’organisations multilatérales ou nationales, de l’industrie et de la société civile, et au lieu de les mettre en concurrence, nous collaborons et créons cette unité supérieure que nous n’aurions pas pu réaliser séparément.

Dagfinn Høybråten, ancien Président du Conseil d’administration de Gavi

Pour le petit groupe de personnes travaillant à la création de la nouvelle Alliance, la solution était de travailler avec des fabricants pour les aider à mieux comprendre les besoins en vaccins dans les pays en développement. Au lieu de se concentrer sur la vente de quelques produits chers aux pays à faible revenu, l’Alliance aspirait à démontrer à l’industrie l’attractivité d’un marché gigantesque de produits abordables dans ces pays.

Les fondateurs de Gavi savaient qu’il leur fallait une nouvelle approche : une vaste Alliance nouvelle, réunissant les intérêts et l’expertise de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), de l’UNICEF, de la Banque mondiale et du secteur privé, pour corriger cette défaillance du marché et offrir les avantages de la vaccination à tous les enfants. Bien que ce ne fusse pas la première fois qu’un partenariat public-privé était élaboré, le niveau d’engagement et de soutien dont bénéficia celui-ci était sans précédent. Les efforts antérieurs pour réunir différents partenaires et relever les défis de la vaccination universelle n’avaient pas atteint leurs objectifs. Cette nouvelle tentative devait être différente : une nouvelle approche, des objectifs ambitieux et un financement révolutionnaire pour les appuyer.

Il y a vingt ans, les enfants du monde ne recevaient pas les vaccins dont ils avaient besoin. Les enfants les plus vulnérables des pays pauvres étaient ceux qui recevaient le moins de vaccins. Nous devions donc trouver les ressources pour amener les pays à adopter les vaccins afin que chaque enfant soit protégé contre la diarrhée, la pneumonie et d’autres maladies mortelles.

Bill Gates, Coprésident de la Fondation Bill & Melinda Gates

L’une des premières problématiques était de trouver l’argent nécessaire à la réalisation de ces objectifs d’une ampleur inégalée. À Seattle, Bill et Melinda Gates cherchaient dans quel domaine développer leurs activités philanthropiques et s’intéressaient de plus en plus au pouvoir et au potentiel des vaccins. Ils avaient appris que les plus grandes causes de mortalité infantile dans les pays à faibles revenus, notamment la pneumonie et la diarrhée, étaient trop souvent des infections hautement évitables telles que les maladies à pneumocoques et à rotavirus, et ils souhaitaient participer à trouver une solution à cela.

Bill et Melinda Gates voulaient frapper fort, et la nouvelle Alliance du vaccin avait le potentiel de répondre à leurs attentes. Leur don extraordinaire a posé les bases sur lesquelles reposait la mise en œuvre de ces plans ambitieux.

La Fondation Bill & Melinda Gates a annoncé un don de 750 millions de dollars pour soutenir une nouvelle initiative de vaccination. L’un des membres du conseil d’administration de l’UNICEF pensait que le traducteur avait mal compris — le montant ne pouvait pas s’élever à 750 millions. Mais c’était bien le cas, et c’était incroyable.

Carol Bellamy, ancienne Directrice exécutive de l’UNICEF et ancienne Présidente du Conseil d'administration de GAVI

3. UNE SOLUTION RENDUE PUBLIQUE

Une fois la solution à ce problème échafaudée, il était temps de la rendre publique et de réunir les partenaires pour créer un nouveau type d'alliance - le genre d’alliance nécessaire pour transformer une vision en une réalité.

 

Une fois la solution à ce problème échafaudée, il était temps de la rendre publique et de réunir les partenaires pour créer un nouveau type d'alliance - le genre d’alliance nécessaire pour transformer une vision en une réalité.

 

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Même avec la promesse d’un soutien au plus haut niveau et d’un financement sans précédent, il subsistait encore de nombreux défis, notamment l’harmonisation du financement et des opérations, la collaboration avec les pays bénéficiaires et la garantie d’un engagement à part égale entre l’industrie, les gouvernements et les décideurs politiques. D’autres partenariats, alliances et organisations avaient déjà échoué parce qu’ils n’avaient pas tenu compte des suspicions mutuelles et des malentendus, même au sein des groupes œuvrant ostensiblement pour les mêmes résultats. Certains faisaient preuve d’une certaine réticence à cette nouvelle approche.

Il y avait toujours ce soupçon sur le rôle du secteur privé. J’ai dû consacrer beaucoup de temps à convaincre les fonctionnaires de l’UNICEF et de l’OMS que nous devions prendre des mesures drastiques et novatrices pour faire une réelle différence.

Gro Harlem Brundtland, ancienne Directrice générale de l’OMS, première Présidente du Conseil d'administration de GAVI

Après plusieurs mois de dur labeur et de longues négociations, la nouvelle Alliance était prête pour son lancement officiel. Mais où faire ce lancement si ce n’était lors de la Réunion annuel du Forum économique mondial de Davos ? Le Forum avait été créé pour rassembler les leaders des secteurs public et privé dans le but de lutter contre certains des plus grands défis du monde. Il tournait de plus en plus son attention vers les moyens pratiques de résoudre les problèmes de santé mondiaux.

La cérémonie de lancement réunit les dirigeants des Nations unies, notamment Carol Bellamy pour le compte de l’UNICEF, Gro Harlem Brundtland pour l’OMS et James Wolfensohn pour la Banque mondiale, ainsi que des chefs d’États comme le président Joaquim Chissano du Mozambique, des représentants de l’industrie pharmaceutique tels que Raymond Gilmartin de la compagnie Merck, et des philanthropes tels que Bill Gates.

Gavi fut l’une des premières grandes initiatives d’alliance du Forum économique mondial. À bien des égards, il s’agit d’un modèle de la manière dont le secteur public et le secteur privé devraient coopérer pour travailler beaucoup plus efficacement par rapport à l’effet des seuls gouvernements, entreprises ou société civile.

Klaus Schwab, fondateur et Président exécutif, Forum économique mondial

Une fois lancée officiellement et ayant annoncé au grand public les engagements ambitieux, arriva le moment de concrétiser la vision. Très tôt, il fut décidé de séparer les volets « Mobilisation des ressources » et « Politique » de l’alliance en deux organisations distinctes. Gavi, l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation (GAVI) a hérité du volet opérationnel et politique. La mobilisation des ressources était confiée au Fonds pour les vaccins dont le premier président était le président Nelson Mandela, comme l’évoque sa veuve et deuxième président du Fonds.

Madiba s’est toujours engagé de manière passionnée pour les enfants… Il a toujours voulu que les enfants jouissent du meilleur que la société avait à offrir. Alors, quand on lui a proposé de présider le Fonds Mondial pour les Vaccins, cela lui a naturellement permis de servir les enfants du monde entier.

Graça Machel, ancienne Présidente du Fonds Mondial pour les Vaccins

La première tâche du président Mandela était de rassembler d’autres leaders pour siéger au Conseil d’administration

En l’an 2000, j’occupais le poste de Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. J’ai reçu un appel téléphonique de Nelson Mandela qui m’a demandé de siéger au Conseil d’administration de GAVI, qui venait juste d’être créé et dont il était le président. Et bien sûr, quand Mandela fait une demande, on se sent très honoré. Alors, j’ai accepté, consciente que nous n’arrivions pas à vacciner tous les enfants et qu’il s’agissait d’un objectif prioritaire.

Mary Robinson, ancienne Présidente du Conseil d'administration de l’Alliance GAVI

Il était sans aucun doute difficile de rassembler des partenaires des secteurs public et privé et d’horizons différents, mais la participation et l’engagement actifs de tous étaient l’un des principaux éléments qui rendaient cette Alliance différente – et par là même efficace. Bien que les résultats aient profité à toutes les personnes impliquées, mais les grands gagnants sont sans conteste les enfants des pays à faible revenu qui ont bénéficié d’une amélioration de l’accès aux vaccins et d’un soutien accru.

L’une des raisons d’être de Gavi est de fournir aux enfants nés dans les pays à faible revenu un même accès aux vaccins dont bénéficient les enfants nés dans les pays à revenu élevé. Les vaccins permettant de lutter contre le rotavirusLe rotavirus
Le rotavirus peut provoquer une inflammation de l'estomac et des intestins - et il est la principale cause de diarrhée mortelle chez les enfants, ôtant la vie de plus de 500 000 enfants de moins de cinq ans chaque année. Contrairement à d'autres types de diarrhées, l’amélioration de l'hygiène n’évite pas l'infection par le rotavirus. Il est également impossible de traiter les malades avec des antibiotiques ou d’autres médicaments - ce qui rend la prévention essentielle. Le vaccin contre le rotavirus a servit de test pour le modèle Gavi puisqu’il fut le premier vaccin à être introduit dans les pays pauvres, raccourcissant ainsi le délai entre l’introduction d’un vaccin dans les pays riches et celle dans les pays à faible revenu. En 2007, l'Alliance a ainsi mis en place un dispositif de financement pour les vaccins contre le rotavirus en Europe et en Amérique latine - juste un an après l’introduction du vaccin par les États-Unis et d'autres pays à revenu élevé. Deux ans plus tard, l'OMS a recommandé la vaccination universelle contre le rotavirus et Gavi a élargi son soutien au monde entier. Dès lors, plus de 100 millions d'enfants dans 45 pays soutenus par Gavi ont été vaccinés contre le rotavirus, ce qui a permis de sauver des vies et d’économiser de l'argent : la vaccination contre le rotavirus permet d'éviter l'utilisation inutile et inefficace des antibiotiques souvent prescrits contre cette maladie virale.
, l’une des principales causes de maladies diarrhéiques, et les maladies à pneumocoquesLa pneumonie
Les infections à pneumocoque sont la principale cause de la pneumonie, une maladie qui tue, chaque année, plus d'enfants que toute autre maladie infectieuse. Les vaccins antipneumococciques conjugués sont des vaccins très complexes et, de ce fait, onéreux qui auparavant été mis à la disposition des enfants dans les pays les plus pauvres 10 - 15 ans après avoir été disponibles dans les pays les plus riches. Pour combler cet écart, l'Alliance a collaboré avec les donateurs et la Banque mondiale dans le but de développer la garantie de marché (Advanced Market Commitment, AMC) pour les vaccins contre les maladies à pneumocoques. Lancé en 2009, ce mécanisme de financement novateur permet aux pays à faible revenu d’avoir accès au vaccin dont les doses conviennent le mieux aux besoins des pays. Cet accès a été assuré juste un an après leur première mise sur le marché - à un coût abordable, inférieur de 10% au prix du marché des États-Unis. Fin 2019, 60 pays soutenus par Gavi au total (plus de 80% des pays admissibles) avaient introduit le vaccin antipneumococique dans leurs programmes de vaccination de routine, contribuant ainsi à protéger plus de 183 millions d'enfants contre le pneumocoque.
l’une des principales causes de la pneumonie et l’une des plus grandes causes de mortalité infantile, ont été considérés comme prioritaires. Ceux-ci étaient en développement ou avaient commencé à être utilisés dans les pays riches, mais leur prix élevé les mettait hors de portée des pays à faible revenu. Autrefois, il pouvait s’écouler deux décennies, voire plus, avant que de nouveaux vaccins ne soient mis à la disposition des populations des pays pauvres. L’ambition de Gavi était d’accélérer considérablement ce processus.

4. PREMIERS DÉFIS

Depuis ses modestes débuts, avec juste quelques membres du personnel qui se réunissaient dans une petite salle d’un sous-sol, l'un des premiers défis était de savoir comment concrétiser cette ambition : développer de nouveaux vaccins et proposer ceux qui existaient déjà de façon équitable.

Depuis ses modestes débuts, avec juste quelques membres du personnel qui se réunissaient dans une petite salle d’un sous-sol, l'un des premiers défis était de savoir comment concrétiser cette ambition : développer de nouveaux vaccins et proposer ceux qui existaient déjà de façon équitable.

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Dès le départ, l’objectif était de réaliser un impact à grande échelle ; le défi était de savoir comment y parvenir tout en créant une nouvelle organisation. L’expert norvégien de la santé publique, Tore Godal, est devenu le premier administrateur général chargé de créer un système capable de fournir des résultats (c’est-à-dire des vaccins) le plus rapidement possible. Devant le défi gigantesque qui se dressait devant eux, comment une poignée d’employés, réunis dans une petite salle dans le sous-sol d’un immeuble de l’UNICEF à Genève, pouvait-elle concrétiser une ambition aussi audacieuse ? Par où commencer ? En dépit du niveau d’ambition et d’engagement, et aussi de la forte demande de soutien des pays, les ressources étaient limitées dès le départ.

Nous avons commencé avec cinq personnes pendant les deux premières années. La principale différence était que nous avons ensuite invité les pays à soumettre des propositions… puis nous avons mis en place un comité indépendant pour évaluer ces propositions.

Tore Godal, Directeur exécutif fondateur de GAVI

Cette évaluation indépendante a contribué à instaurer la confiance avec les pays et a entraîné une augmentation du nombre de demandes de soutien de haute qualité. La demande des pays éligibles au soutien de Gavi n’a jamais baissé. L’un des premiers défis était de parvenir à fournir de nouveaux vaccins en plus de ceux existants déjà, et à grande échelle. L’une des raisons pour lesquelles la nouvelle Alliance avait été créée résultait de l’incapacité à fournir suffisamment de vaccins aux enfants des pays à faible revenu. Pour y remédier, il a fallu déployer des efforts considérables pour administrer le triple vaccin infantile contre la diphtérie, la coqueluche et le tétanos (DTC), ainsi que ceux contre le Hib et l’hépatite B. La tâche était considérable, mais les progrès l’étaient également. De 2001, où les toutes premières doses du vaccin contre l’hépatite B pris en charge par Gavi ont été administrées au Mozambique, à 2004, la moitié des pays éligibles au soutien de Gavi avaient introduit le vaccin avec le soutien de Gavi.

Selon Jacques-François Martin, un haut responsable de l’industrie qui devint le premier président du Fonds pour les vaccins, l’industrie pharmaceutique était prête à jouer un rôle actif au sein de la nouvelle Alliance.

Comment pouvez-vous dire, qu’en tant que communauté internationale, nous n’avons pas les moyens de surmonter ce problème qui n’est clairement pas un problème d’ordre économique ? C’est une question de vision. C’est une question d’ambition. C’est une question de gouvernance, d’organisation à notre niveau, mais nous avons clairement tous ensemble la possibilité d’apporter une solution.

Jacques-François Martin, ancien Président du Fonds Mondial pour les Vaccins

Nous n’aurions jamais pu nous engager (ou amener les actionnaires à s’engager) dans un tel niveau d’investissement et d’engagement à long terme si nous n’étions pas sûrs qu’il y aurait un marché.

Andrew Witty, ancien Directeur général de GlaxoSmithKline

Oui, l’argent est le nerf de la guerre et l’investissement de 750 millions de dollars américains en faveur de GAVI nous a permis de créer un marché suffisamment attractif pour produire des vaccins et susciter la recherche de nouveaux vaccins. Ils savaient aussi que les vaccins seraient achetés et distribués à travers le monde entier et c’est la raison pour laquelle tout cela a fonctionné.

Gro Harlem Brundtland, ancienne Directrice générale de l’OMS, première Présidente du Conseil d'administration de GAVI

De deux à un

À sa création en janvier 2000, GAVI (l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation) avait un frère jumeau : Le Fonds pour les vaccins. L’idée initiale était qu’il serait préférable de séparer la mobilisation des ressources des opérations. Cela s’est avéré complexe ; à mesure que l’ampleur de la tâche grandissait, il est devenu évident qu’une structure unique serait plus simple et plus efficace. En 2007, les deux entités ont fusionné pour devenir l’Alliance GAVI en 2009. Ce nom et le logo associé ont été conservés jusqu’en 2014 où le nom a été changé en Gavi, l’Alliance du Vaccin.

Lorsque la décision a été prise de faire fusionner ces deux entités complexes et très différentes, il fallait un président expérimenté pour centraliser les discussions. Ce n’était pas une tâche aisée.

Il a été décidé qu’il serait préférable de fusionner le Fonds pour les vaccins et GAVI. Et on m’a demandé de superviser cette fusion, ce qui, je dois le dire, a étendu mes pouvoirs en tant que présidente. Ce fut un long processus extrêmement difficile en raison d'une multitude d'intérêts parfois divergents. Cependant, nous y sommes finalement parvenus. Et je pense que le nouveau Conseil d’administration de l’Alliance GAVI a grandement bénéficié du fait de pouvoir se concentrer sur l’accès des enfants aux vaccins.

Mary Robinson, ancienne Présidente du Conseil d'administration de l’Alliance GAVI

Réduire les infections à l’hépatite B en Chine — un succès durable

L’un des problèmes urgents et précoces était celui de savoir comment aider la Chine à réduire la prévalence de l’hépatite B, une maladie infectieuse qui provoque le cancer du foie et la cirrhose. Au début du siècle présent, environ un tiers des personnes infectées par le virus résidaient en Chine. Entre 2002 et 2010, avec le soutien de Gavi, la Chine a vacciné plus de 25 millions de nouveau-nés et d’enfants de moins de cinq ans dans certaines des régions les plus pauvres du pays. En 2005, les preuves étaient si concluantes que le gouvernement a décidé d’inclure l’hépatite B dans son programme de vaccination de routine. À la fin du programme, neuf nouveau-nés sur dix étaient protégés. Une étude d’impact a montré que 685 000 décès futurs et près de 4 millions d’infections chroniques avaient été évités pendant la période du soutien de Gavi.


D’après leurs demandes, il était évident que l’une des principales priorités des pays bénéficiant du soutien de Gavi était d’introduire le vaccin pentavalentPentavalent
Ce fut l’un des premiers défis mais qui s'est ensuite transformé en une réussite exceptionnelle. Combinant cinq vaccins différents en un même flacon, le vaccin pentavalent protège les enfants contre cinq grandes maladies : la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B et l’Haemophilus influenzae de type b. À la création de Gavi, le vaccin pentavalent cinq-en-un était principalement utilisé dans les pays riches, tandis que les pays à faible revenu étaient obligés de recourir à trois vaccins différents pour fournir la même protection. Aujourd’hui, le vaccin pentavalent protège des enfants dans tous les pays bénéficiant du soutien de Gavi et constitue la fondation de leurs programmes de vaccination de routine. Fin 2018, plus de 467 millions d’enfants avaient été vaccinés avec le vaccin pentavalent financé par Gavi. La protection contre cinq maladies en seulement trois injections (au lieu de neuf autrefois) offre une efficacité substantielle et des économies de coûts aux pays. Au cours des 20 dernières années, Gavi, en collaboration avec les partenaires de l’industrie, s’est efforcée de réduire considérablement le coût du vaccin tout en intensifiant la couverture.
(cinq-en-un) nouvellement développé pour protéger les enfants contre le DTC ainsi que l’établissement Hib et l’hépatite B. En délivrant cinq antigènes en une seule dose, un nombre d’enfants plus important seraient protégés contre un plus grand nombre de maladies. En 2001, le Kenya a été le premier pays à bénéficier du soutien de Gavi pour l’utilisation de ce nouveau vaccin.

En 2014, tous les 73 pays alors éligibles au soutien de Gavi l’avaient introduit dans leurs programmes de vaccination de routine. L’autre avantage du vaccin combiné était son impact sur le stockage et le transport. La réduction de la pression sur les systèmes logistiques et la « chaîne du froid » (permettant de conserver les vaccins à la température requise) a permis aux pays de réaliser d’importantes économies, et est par la suite devenue un objectif important de Gavi qui a investi dans l’amélioration du fonctionnement de la chaîne du froid et de la chaîne d’approvisionnement.

5. DE NOUVELLES FAÇONS DE LEVER DES FONDS

Dans quelle mesure l'ampleur des opérations a aboutit à une méthode inédite et durable de développer le financement à long terme pour la santé mondiale.

Dans quelle mesure l'ampleur des opérations a aboutit à une méthode inédite et durable de développer le financement à long terme pour la santé mondiale.

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À mesure que l’Alliance se développait, l’échelle à laquelle elle opérait désormais faisait apparaitre de nouveaux défis. Les donateurs de Gavi, dont de nombreux gouvernements européens, le Canada, les États-Unis et la Fondation Bill & Melinda Gates, s’étaient montrés très généreux dès le départ, mais pour continuer à opérer à grande échelle, il fallait un financement durable. Au début des années 2000, des personnes innovantes travaillant dans les ministères du Trésor et des Finances avaient déjà commencé à étudier la possibilité d’utiliser les marchés financiers pour mobiliser leur financement pour le développement et accélérer les progrès vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Cette réflexion fut la genèse de la Facilité internationale de financement pour la vaccination (IFFIm), lancée en 2006 par le Royaume-Uni, en collaboration avec la France, l’Italie, l’Espagne et la Suède, et par la suite rejointes par la Norvège, l’Afrique du Sud, les Pays-Bas, l’Australie et le Brésil. L’idée était d’utiliser ces promesses de dons pouvant s’étaler sur des décennies pour lever des fonds sur les marchés obligataires, rendant ainsi ces dons utilisables immédiatement pour financer l’achat de vaccins. Ces obligations ont rencontré un énorme succès - 80 millions d’enfants ont été vaccinés avant la réception des fonds par les donateurs pour payer les vaccins. À ce jour, l’IFFIm a reçu plus de 6,6 milliards de dollars américains d’engagements à long terme jusqu’en 2037 et financé près d’un cinquième des programmes de Gavi.

La Facilité internationale de financement pour la vaccination est un instrument unique que Gavi utilise pour accélérer la disponibilité des fonds, nous permettant ainsi de sauver des vies plus tôt et plus vite.

Ngozi Okonjo-Iweala, Présidente du Conseil d’administration de Gavi

L’IFFIm est, de loin, l’outil de financement novateur le plus efficace de Gavi. Cette réflexion a également conduit à l’émergence de nouvelles idées innovantes et notamment à la naissance d'un deuxième mécanisme de financements innovants exploitant au maximum le modèle de Gavi. La Garantie de marché (AMC) pour le vaccin antipneumococcique a été élaborée pour inciter les fabricants à accélérer la recherche et le développement d’un nouveau vaccin et à le commercialiser en fournissant des garanties de prix et de volume pour ce nouveau vaccin. Le vaccin offre une protection contre les maladies à pneumocoques, la principale cause de pneumonie chez les enfants. Grâce à cette approche novatrice, les enfants de 60 pays éligibles au soutien de Gavi reçoivent désormais un vaccin qu’il leur aurait probablement fallu attendre plus de dix ans pour avoir autrement. Le coût pour les pays éligibles au soutien de Gavi est d’environ 2 % de celui pratiqué sur les marchés à revenu élevé.

6. BIEN PLUS QU’UNE AIDE FINANCIÈRE

Un nouveau modèle de développement durable : comment Gavi vise son retrait du marché  - en mettant les gouvernements des pays à faible revenu aux commandes et sur la voie du financement autonome de leurs propres programmes de vaccination.

Un nouveau modèle de développement durable : comment Gavi vise son retrait du marché  - en mettant les gouvernements des pays à faible revenu aux commandes et sur la voie du financement autonome de leurs propres programmes de vaccination.

Lire le chapitre 6

Depuis le tout début, l’implication directe des pays bénéficiant du soutien de Gavi était importante pour la réussite de cette Alliance, de même que l’implication active des gouvernements et de la société. Les gouvernements ont toujours participé activement aux prises de décisions de Gavi, parallèlement à leur responsabilité majeure dans la réussite du travail de l'Alliance. Les gouvernements éligibles participent également avec leur fonds propres au financement des programmes de vaccination pour en garantir le succès. L’importance de la viabilité du financement de Gavi est devenue évidente dès le début. En conséquence, l’Alliance a mis en place une stratégie de mobilisation de ressources pour les pays éligibles au soutien de Gavi à travers un système de cofinancement. Tous les pays sollicitant un financement pour de nouveaux vaccins auprès de Gavi doivent financer une partie des coûts pour certains vaccins. Aujourd’hui, la part de cofinancement de chaque pays dépend de son revenu par habitant.

À mesure que les revenus des pays augmentent, ils assument progressivement une part croissante du coût des vaccins. À ce jour, les pays bénéficiant du soutien de Gavi ont investi 1,6 milliard de dollars américains de cette manière et ainsi qu’à travers des programmes de vaccination entièrement autofinancés. Ce système engendre une meilleure appropriation des programmes de vaccination par les pays bénéficiaires et pose les fondements d'une gestion autonome de ces programmes à l'avenir. Les contributions des pays augmentent progressivement jusqu’à atteindre 100 % du coût des vaccins. À ce stade, les pays cessent de recevoir le soutien de Gavi et commencent à financer de manière autonome leurs programmes de vaccination.

Qui est éligible au soutien de Gavi ?

Gavi a pour mission de soutenir les pays du monde aux plus faibles revenus. Il s’agit des pays dont le revenu national brut (RNB) par habitant est inférieur à un niveau donné au cours des trois dernières années. Au cours des cinq premières années de fonctionnement de Gavi (2000-2005), le seuil avait été fixé à 1 000 dollars américains et 74 pays étaient admissibles à une demande de soutien. Le niveau est révisé chaque année et s’élève actuellement à 1 630 dollars américains.


Bien que la vision initiale était de sauver des vies et de prévenir des maladies, le potentiel qu'avait Gavi à réduire la pauvreté dans le monde devint plus flagrant à mesure que grandissait l'impact de ses programmes. L’OMS estime que près de 100 millions de personnes se retrouvent chaque année sous le seuil de pauvreté à cause des coûts des soins de santé. En prévenant des millions de personnes contre les maladies infectieuses, Gavi les prémunie également des conséquences économiques qu'elles engendrent. Des études réalisées par des économistes de la santé indépendants montrent que pour chaque dollar investi dans la vaccination, il y a un retour économique de 54 dollars américains car la population vit plus longtemps et en meilleure santé, contribuant ainsi davantage aux communautés et à la société en général. Au cours de leurs vingt premières années, les vaccins pris en charge par Gavi ont contribué à générer plus de 150 milliards de dollars américains de retombées économiques.

Routine ou campagne ?

Gavi a été créée pour améliorer l’accès et accroître la couverture vaccinale de routine en fournissant des vaccins nouveaux et sous-utilisés aux pays à faible revenu. Une vaccination de routine est essentielle pour garantir la protection de tous les enfants contre une série de maladies. Dans certains cas, la couverture de routine est insuffisante ou il peut s’avérer indispensable d’immuniser rapidement une population. Dans d’autres cas, des campagnes sont nécessaires, par exemple, lorsque des cas de maladies sujettes se déclarent — comme la fièvre jaune, la méningite et le choléra. Les campagnes peuvent également être utilisées lors de l’introduction d’un nouveau vaccin, par exemple le vaccin contre la typhoïde ou le vaccin antipoliomyélitique inactivéLa poliomyélite
La poliomyélite pourrait devenir la deuxième maladie humaine à être éradiquée à l’échelle mondiale, après la variole. Aucun remède n’a été développé contre la poliomyélite, la vaccination a donc joué un rôle crucial dans la réduction du nombre de cas. Depuis le début de l'effort d'éradication en 1988, alors que plus de 1 000 enfants par jour étaient paralysés par le virus, le nombre annuel total de cas dans le monde a chuté à seulement 33 en 2018. Cependant, le vaccin antipoliomyélitique oral contient une version vivante et atténuée du virus qui, dans les zones à faible couverture vaccinale, peut conduire à des cas de poliomyélite dérivée du vaccin. Désormais, pour réduire ce risque et rendre l'éradication possible, le vaccin antipoliomyélitique inactivé (VPI) est également utilisé. Le VPI ne provoque pas la poliomyélite dérivée de la souche vaccinale, mais il contribue à renforcer le système immunitaire des enfants tout en les protégeant également contre la poliomyélite. Fin 2017, Gavi avait permis à plus de 75 millions d'enfants d’être vaccinés contre la poliomyélite grâce au VPI. Et en avril 2019, tous les pays soutenus par Gavi avaient introduit le vaccin dans leurs programmes de vaccination de routine.
pour fournir une meilleure protection contre la polio, ou encore le vaccin antirougeoleuxLa rougeole
La rougeole est une maladie virale fortement contagieuse et mortelle qui peut être contrôlée, de façon très efficace, grâce à une couverture vaccinale élevée. En 1980, avant l’utilisation de campagne de vaccination à grande échelle, la rougeole était la cause d'environ 2,6 millions de décès chaque année. Dès 2006, Gavi a soutenu l’administration de la deuxième dose vitale du vaccin contre la rougeole ; en 2013, ce soutien fut élargi pour inclure deux doses du vaccin combiné contre la rougeole et la rubéole (voir la section « Rougeole-rubéole »). Malgré l'introduction couronnée de succès, du vaccin dans les pays soutenus par Gavi et la réduction spectaculaire du nombre de décès, les taux de couverture stagnent, ce qui a contribué à une augmentation significative récente du nombre de cas de rougeole avec l’apparition de graves épidémies dans de nombreuses régions du monde. Dans les pays à faible revenu tout comme dans les pays à revenu élevé, la complaisance et une certaine désinformation ont entrainé une réticence qui s’est manifestée par un nombre trop élevé d'enfants non protégés contre cette maladie. En 2018, après des années de déclin continu, le nombre de cas a augmenté et plus de 140 000 personnes sont décédées des conséquences de la rougeole, la plupart étant des enfants de moins de cinq ans. Gavi soutient des campagnes de vaccination contre la rougeole, complémentaires de l’inclusion du vaccin antirougeoleux dans les programmes de vaccination de routine, pour aider les pays à faible revenu à protéger leurs enfants contre les épidémies. À ce jour, Gavi a contribué à protéger plus de 118 millions d'enfants contre la rougeole grâce à la vaccination systématique et plus de 524 millions par le biais des campagnes de vaccination.
pour renforcer l’immunité au sein des communautés. Le soutien de Gavi est conçu de manière à renforcer aussi bien la vaccination de routine que les campagnes, si nécessaire. À la fin de l’année 2018, Gavi avait pris en charge la vaccination de plus de 960 millions de personnes par le biais de campagnes.  


Rendre des vaccins disponibles dans un pays n’est qu’une partie du travail. Vacciner les enfants implique aussi de trouver et d’identifier ceux qui ont besoin de protection, d’embaucher et de former des agents de santé, de rendre les vaccins disponibles dans les centres de santé et de les garder au frais jusqu’à leur utilisation. En d’autres termes, mettre en place et maintenir un système de santé efficace. Ainsi, dès le début, une partie de la mission de Gavi a consisté à aider les gouvernements à investir dans leurs systèmes de santé et à fournir une meilleure protection à leurs citoyens. 

Les garder au frais dans la chaîne du froid

La « chaîne du froid » joue un rôle essentiel dans la vaccination en garantissant à tout moment la conservation des vaccins à la température appropriée. Dans les pays où l’accès est difficile et où les populations sont disséminées dans de vastes régions, garder les vaccins au frais peut être un défi majeur. Les solutions technologiques varient en fonction des circonstances : des réfrigérateurs solaires dans les zones où l’approvisionnement en électricité n’est pas fiable ; des porte-vaccins et équipements de refroidissement portatifs dans les cas où les vaccins devraient être transportés sur de longues distances. S’appuyant sur les systèmes que l’OMS et l’UNICEF ont aidé les pays à mettre en place, Gavi permet aux pays d’acheter, de distribuer et d’entretenir les équipements dont ils ont besoin afin de s’assurer de la disponibilité suffisante de vaccins pour atteindre les personnes qui en ont besoin. Les nouvelles technologies sont plus efficaces et plus durables, nécessitant ainsi moins d’énergie électrique et permettant de réaliser des économies à plus long terme et de réduire l’empreinte carbone de la conservation des vaccins.

7. ANCIENNES MALADIES, NOUVEAUX VACCINS

En dépit des progrès réalisés par Gavi, il devenait urgent de fournir de nouveaux vaccins puissants pour protéger contre certaines des plus grandes causes de mortalité infantile.

En dépit des progrès réalisés par Gavi, il devenait urgent de fournir de nouveaux vaccins puissants pour protéger contre certaines des plus grandes causes de mortalité infantile.

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Les plus grandes causes de mortalité infantile sont certaines des maladies les plus anciennes que nous connaissons : la diarrhée et la pneumonie. Au cours des années qui ont précédé la création de Gavi, d’intenses travaux de recherche et de développement étaient menés sur les vaccins pour prévenir deux des principales causes de ces décès : les maladies à pneumocoques et à rotavirus. Bien que la principale priorité des pays et de la nouvelle Alliance pour les vaccins était d’améliorer la disponibilité et l’utilisation des vaccins existants et sous-utilisés, l’ambition de toutes les parties impliquées était d’aller encore plus loin. En plus d’œuvrer à garantir que tous les enfants reçoivent les vaccins infantiles « de base » (le pentavalent cinq-en-un), l’Alliance mettait également l’accent sur le développement et l’introduction de vaccins contre le pneumocoque et contre le rotavirus. En 2008, cette vision devint réalité par le biais de l’UNICEF et les premières doses du vaccin antirotavirus pris en charge par Gavi, qui prévient la forme la plus mortelle de maladie diarrhéique chez les jeunes enfants, ont été achetées et introduites dans les systèmes de vaccination de routine. L’année suivante, il a été rejoint par le vaccin conjugué contre le pneumocoque, qui prévient la principale cause de pneumonie infantile.

Comment Gavi œuvre sur le terrain

Gavi ne possède pas de bureaux propres et n’emploie pas non plus d’employés directement dans les pays ; à la place, l’Alliance soutient financièrement les pays et opère par le biais de partenaires actifs sur le terrain qui fournissent une assistance technique. Il s’agit le plus souvent de l’UNICEF et de l’OMS, mais également de partenaires nationaux et internationaux de la société civile. Ces partenaires de l’Alliance sont responsables de l’engagement quotidien et de la gestion des programmes soutenus par Gavi.

L’un des principaux objectifs de la nouvelle Alliance était de réduire le délai entre la commercialisation d’un nouveau vaccin dans les pays riches et sa mise à disposition dans les pays à faible revenu. Ces deux nouveaux vaccins permirent de tester cette approche. Le vaccin antirotavirus a été proposé pour la première fois aux pays éligibles au soutien de Gavi en Europe et en Amérique latine un an seulement après son introduction aux États-Unis et dans d’autres pays riches. C’était la preuve concrète qu’il était possible de rendre les nouveaux vaccins disponibles presque simultanément pour les enfants des régions les plus riches et des régions les plus pauvres du monde. En 2009, Gavi commença à offrir un soutien lié au vaccin à tous les pays éligibles. À ce jour, plus de 100 millions d’enfants de 47 pays différents ont été vaccinés contre le rotavirus.

Le développement et la fabrication des vaccins antipneumococciques peuvent être complexes. Il avait fallu près de 20 ans à des vaccins aussi complexes avant qu’ils ne soient disponibles dans les pays à faible revenu. Grâce au mécanisme innovant de la Garantie de marché (AMC) pour le vaccin antipneumococcique, deux fabricants se sont déjà engagés à fournir 1,65 milliard de doses de vaccins antipneumococciques d’ici 2027 à des prix abordables pour les pays éligibles au soutien de Gavi. Cela seul permettra de sauver plus de 700 000 vies.

La plupart des enfants qui tombaient malades et mouraient de pneumonie résidaient dans des pays à faible revenu, et pourtant ces pays ne disposaient pratiquement d’aucune ressource pour les protéger et faisaient partie des derniers à recevoir des vaccins antipneumococciques. Grâce à l’Alliance du Vaccin, ce déséquilibre a été corrigé. Depuis 2009, 60 pays, soit plus de 4 pays sur 5 des pays éligibles au soutien de Gavi, ont introduit des vaccins auntipneumococciques dans leurs programmes de routine, protégeant ainsi plus de 183 millions d'enfants contre cette maladie mortelle. En plus d’être la principale cause de pneumonie infantile, qui tue plus d’enfants chaque année que toute autre maladie, la maladie à pneumocoques peut également provoquer une méningite et d’autres infections. Grâce au soutien des donateurs de Gavi, le taux de couverture vaccinale antipneumococcique est plus élevé dans les pays à faible revenu que dans les pays riches. Selon les dernières données, les taux de couverture dans les pays bénéficiant du soutien de Gavi ont atteint 48 % en 2018, contre une moyenne mondiale de 47 %. La disponibilité de ces vaccins relativement chers dans les pays à revenu intermédiaire demeure problématique.

Les réserves de vaccins d’urgence

Le nom de certaines maladies suffit à inspirer la peur. Le choléraLe choléra
Le choléra est une infection intestinale aiguë causée par l’ingestion de nourriture ou d’eau contaminée. La maladie touche les enfants et les adultes, et, en l’absence de traitement, elle peut rapidement conduire à une déshydratation grave, voire la mort en quelques heures. Le choléra tue entre 21 000 et 143 000 personnes par an, touchant ainsi les populations les plus vulnérables – vivant dans des bidonvilles, dans les zones rurales et parmi les groupes de personnes déplacées. Le niveau de risque d’épidémies est élevé en cas de conflit ou à la suite d’une catastrophe naturelle. Dans ces situations, l’accès à l'eau potable et à un dispositif d'assainissement sont quasi inexistant, comme au Yémen et au sein des populations des réfugiés Rohingyas au Bangladesh. Après le tremblement de terre en Haïti, survenu en 2010, où plus de 8 000 personnes sont décédées du choléra, un stock mondial du vaccin oral a été créé en 2013. Entre 2014 et 2018, Gavi a versé plus de 110 millions de dollars pour la constitution de la réserve de vaccins - qui fut utilisée 76 fois par 24 pays, et a assuré la distribution de plus de 35 millions de doses de vaccin oral contre le choléra.
, la fièvre jauneLa fièvre jaune
Ce fut l’un des premiers vaccins dont l’utilisation dans les campagnes a été soutenue par Gavi (ainsi que pour la vaccination de routine). La fièvre jaune est une maladie hémorragique virale à tendance épidémique, transmise par les moustiques. Elle peut tuer une personne gravement infectée sur deux. L’urbanisation rapide et la concentration de populations augmentent le risque d’épidémies et de propagation de la maladie, en particulier en Afrique. Gavi a soutenu des campagnes visant à protéger plus de 130 millions de personnes contre la maladie dans 14 pays et a permis d’éviter plus d’un million de pertes en vies humaines. Aujourd’hui, Gavi soutient des campagnes préventives et la vaccination de routine dans des pays endémiques, ainsi que la constitution d’une réserve mondiale de vaccins à utiliser en cas d’urgence épidémique.
et la typhoïdeVaccin conjugué contre la fièvre typhoïde
Le vaccin conjugué contre la fièvre typhoïde est un nouveau moyen révolutionnaire de prévenir la fièvre typhoïde, qui tue plus de 128 000 personnes par an, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Habituellement transmise par la consommation d’eau ou d'aliments contaminés, la fièvre typhoïde se propage facilement dans les régions où les systèmes d’alimentation en eau et d'assainissement sont quasi inexistants. Vacciner est devenu crucial car la fièvre typhoïde se montre de plus en plus résistante aux traitements médicamenteux : un problème mondial qui menace notre capacité à traiter toute une gamme d'infections potentiellement mortelles. Sans traitement, la typhoïde tue jusqu'à 30% des personnes infectées. Les précédents vaccins contre la typhoïde n’offraient qu’une protection à court terme et étaient inefficaces chez les enfants de moins de deux ans. C'est l’une des raisons pour lesquelles, en 2008, Gavi a identifié le vaccin conjugué contre la typhoïde comme une priorité car il peut fournir une protection à long terme et peut être efficace chez les enfants dès l’âge de six mois. Lorsqu'un vaccin sûr et efficace est enfin devenu disponible en 2017, Gavi a approuvé son financement à hauteur de 85 millions de dollars pour soutenir son introduction dans les programmes de vaccination de routine, en commençant par le Pakistan en novembre 2019. Une couverture vaccinale systématique et à grande échelle avec ce puissant nouveau vaccin peut jouer un rôle important dans la lutte contre cette maladie mortelle, tout en aidant la communauté internationale à comprendre son impact sur la résistance aux médicaments.
sont des fléaux connus de l’humanité depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, EbolaEbola
Entre 2014 et 2016, l’épidémie de maladie à virus Ebola la plus grave que le monde n’ait jamais connue, a dévasté trois pays d'Afrique de l'Ouest. Sans vaccin ni aucun traitement, cette épidémie s’est propagée dans les grandes villes et plus de 28 000 personnes ont été infectées dont 11 000 ont perdu la vie. Afin de mettre fin à l'épidémie, et d’éviter qu’une autre ne se déclare, Gavi a créé un marché pour un vaccin contre le virus Ebola par le biais d’un accord unique avec la société pharmaceutique Merck. Cet accord a permis de bénéficier d’un stock, réapprovisionné en permanence, de 300 000 doses de vaccin expérimental. Ce vaccin a, depuis, été utilisé dans les foyers épidémiques en République démocratique du Congo (RDC) pour protéger plus de 270 000 personnes. Elles ont reçu le vaccin selon une stratégie de vaccination en anneau qui implique de vacciner les personnes en contact avec chaque personne infectée, comme les amis et membres de la famille, afin de prévenir la propagation du virus. À la fin de l’année 2019, le vaccin Ervebo® de Merck est devenu le premier vaccin contre le virus Ebola à être approuvé par la Commission européenne et la FDA et recevoir la préqualification de l'OMS. Désormais, Gavi collabore avec les fabricants et les partenaires de l'Alliance pour créer le premier stock mondial de vaccins contre le virus Ebola dont l’utilisation pourrait être envisagée pour également prévenir la maladie.
a été ajouté à cette liste de noms terrifiants. Lorsqu’une de ces maladies apparaît, une réaction rapide est essentielle. C’est la raison pour laquelle Gavi finance désormais la constitution de réserves de vaccins d’urgence contre le choléra, la méningite à méningocoques et la fièvre jaune. Les pays éligibles au soutien de Gavi peuvent accéder gratuitement à la réserve de vaccins afin d’accélérer la réponse à l’épidémie. Ils peuvent également demander un financement pour la prise en charge des coûts opérationnels des campagnes. Les pays ne bénéficiant pas du soutien de Gavi peuvent également utiliser les vaccins de la réserve de vaccins, mais ils sont alors tenus d’en rembourser le coût. L’Alliance vient également de constituer une réserve de vaccins contre le virus Ebola pour faciliter la réponse et la prévention des épidémies.
 

Bien que la mission de Gavi soit mondiale, certaines maladies sont circonscrites à des zones géographiques spécifiques, où elles peuvent être dévastatrices. La méningite à méningocoque A en est un exemple. Pendant des années, cette maladie occasionnait des épidémies régulières et ravageuses dans la « ceinture de la méningite » qui s’étend d’est en ouest sur une large bande de l’Afrique du Nord et de l’Afrique centrale. Le Projet Vaccins Méningite a été mis en place pour développer un vaccin ciblé à faible coût afin de prévenir cette souche spécifique de méningite à méningocoques et arrêter les épidémies annuelles de la maladie. En 2010, Gavi a soutenu l’introduction du nouveau vaccin à utiliser dans les campagnes visant à réduire le terrible impact de cette maladie.

Grâce à cela, plus de 300 millions d’enfants et de jeunes adultes de 22 pays ont été protégés contre la méningite A à méningocoque et le nombre d'épidémies a considérablement diminué. Depuis 2016, Gavi subventionne également le vaccin antiméningococcique ALa méningite
La « ceinture de la méningite » de l’Afrique s’étend du Sénégal, à l’ouest, à l’Éthiopie, à l’est, avec environ 500 millions de personnes vulnérables. La méningite à méningocoques peut tuer en l’espace de quelques heures – 1 personne sur 10 meurt, même avec un traitement aux antibiotiques. Depuis 2010, les campagnes de vaccination contre le méningocoque A soutenues par Gavi ont permis d’administrer le vaccin MenAfriVac® à plus de 296 millions d’enfants et de jeunes adultes dans 22 pays. Ce fut par ailleurs, le premier vaccin spécifiquement développé pour l’Afrique. Il peut être ainsi conservé à des températures pouvant aller jusqu’à 40 °C pendant 4 jours, ce qui facilite la livraison dans des endroits éloignés qui ne possèdent pas de réfrigération. Le nombre d’épidémies enregistrées est tombé au niveau le plus bas jamais enregistré. Bien que les campagnes aient été couronnées de succès, la vaccination de routine est essentielle à la réduction de la charge de la maladie à long terme. Gavi a commencé à soutenir la vaccination de routine avec le vaccin antiméningococcique A conjugué en 2016. Fin 2018, plus de neuf millions d’enfants avaient ainsi été protégés.
conjugué dans la vaccination de routine dans les pays touchés, bien que cette utilisation n’ait que peu progressé.

8. INSTAURER ET RESTAURER LA CONFIANCE

Œuvrant désormais à grande échelle, l'ampleur de l'impact de Gavi a permis à l'Alliance d’être reconnue comme un acteur important de la santé mondiale. Même à une époque où la confiance économique internationale était faible, les gouvernements donateurs étaient prêts à multiplier par deux leur soutien financier à la mission de Gavi.

Œuvrant désormais à grande échelle, l'ampleur de l'impact de Gavi a permis à l'Alliance d’être reconnue comme un acteur important de la santé mondiale. Même à une époque où la confiance économique internationale était faible, les gouvernements donateurs étaient prêts à multiplier par deux leur soutien financier à la mission de Gavi.

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La fin de la première décennie de Gavi a été marquée par le renouvellement des difficultés financières suite à la crise économique de 2008 et les pressions budgétaires sur les Gouvernements donateurs qui s'en sont suivies. En 2011, la première conférence de reconstitution des fonds de Gavi a été organisée à Londres par les gouvernements du Royaume-Uni et du Libéria et la Fondation Bill & Melinda Gates sur le thème : « Quatre heures pour sauver quatre millions de vies ». Les gouvernements ont plus que doublé leurs engagements précédents et les nouveaux donateurs souverains ou privés ont pris des engagements financiers supplémentaires.

Les donateurs se sont engagés à financer Gavi à hauteur de 4,3 milliards de dollars américains et ont largement dépassé la cible, soulignant ainsi leur engagement à financer la vaccination en dépit des pressions sur leurs propres finances. Les gouvernements des pays à faible revenu se sont également engagés à maintenir ou à accroître le cofinancement de leurs programmes de vaccination, et les industriels ont baissé le prix de plusieurs vaccins essentiels. Ce soutien financier renouvelé est arrivé à un moment opportun pour Gavi alors qu'un nombre record de 50 pays (près du double du précédent record) avait soumis des demandes de financement pour la vaccination.

Voici ce que les hôtes conjoints ont déclaré lors de la conférence de reconstitution des fonds de 2011 :

De par ses résultats tangibles et ses performances exceptionnelles, Gavi est en tête de peloton des agences qui mettent en œuvre l'aide au développement britannique.

David Cameron, ancien Premier ministre du Royaume-Uni

Aujourd’hui est un jour important de notre engagement commun envers la protection des enfants des pays en développement contre la maladie. Cependant, toutes les 20 secondes, un enfant meurt encore d’une maladie évitable par la vaccination. Il reste encore beaucoup à faire.

Ellen Johnson Sirleaf, ancienne Présidente de la République du Libéria

Ensemble, nous devons faire davantage pour nous assurer que tous les enfants (peu importe où ils vivent) aient un accès égal aux vaccins d’importance vitale.

Bill Gates, Coprésident de la Fondation Bill & Melinda Gates

9. AIDER LES MARCHÉS À MIEUX OPÉRER

Les gouvernements donateurs ne furent pas les seuls à remarquer l'impact de Gavi. Les fabricants de vaccins ont pris conscience de la valeur des marchés des pays à faible revenu, des marchés où les besoins en vaccins à prix abordable sont importants. Par conséquent, Gavi aidait à atteindre plus d'enfants en créant des marchés des vaccins plus sains et plus compétitifs.

Les gouvernements donateurs ne furent pas les seuls à remarquer l'impact de Gavi. Les fabricants de vaccins ont pris conscience de la valeur des marchés des pays à faible revenu, des marchés où les besoins en vaccins à prix abordable sont importants. Par conséquent, Gavi aidait à atteindre plus d'enfants en créant des marchés des vaccins plus sains et plus compétitifs.

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L'une des raisons d'être de Gavi est la correction d'une défaillance majeure du marché. Sa mission consiste entre autres à aider les marchés à fournir des vaccins d’importance vitale et les personnes qui en ont besoin. À mesure que l’Alliance grandissait, cette tâche s'est amplifiée et s'est complexifiée. Par le passé, un manque d'informations sur les enjeux des marchés des pays à faible revenu rendait les décisions d'investissement difficiles. Le développement et la production de vaccin nécessitent d’importants investissements en capital, ce qui n’est possible qu’avec la garantie qu’il existera un marché pour le produit final. Avant que Gavi ne commence à travailler dans ce domaine, il était beaucoup plus difficile pour les fabricants de savoir quels vaccins étaient les plus recherchés et quel était le prix adéquat. Gavi est maintenant devenu une plateforme où les pays à faible revenu peuvent signaler leurs besoins en vaccins que les industriels chercheront à satisfaire avec des produits adaptés et à un prix abordable dans une dynamique de concurrence saine.

En plus de contribuer à améliorer le flux d'informations, une partie du défi consistait à trouver des moyens d’aider le marché des vaccins à changer de dynamique pour les pays à faible revenu, passant d'un faible volume de vente à forte marges à la vente de gros volumes à faible marge. Par le passé, lorsque les pays à faible revenu étaient intégrés dans les plans des industriels, c'était souvent sous l'appellation fourre-tout « reste du monde » tandis que maintenant ces mêmes industriels ont des stratégies de marché spécifiques pour ces pays. Ce changement a été réalisé en partie grâce à des garanties de volume qui ont permis aux fabricants d’effectuer les importants investissements initiaux, avec l’assurance qu’il y aurait un marché pour leurs produits.

Dans le même temps, Gavi s’est efforcé à encourager les fabricants des pays à faible revenu à développer et exporter de nouveaux produits. Les prix garantis ont permis à ces sociétés d’investir dans le développement de leurs chaînes de production, générant ainsi une concurrence accrue sur les marchés des vaccins et offrant un plus large éventail de produits aux pays éligibles au soutien de Gavi. De nombreux nouveaux fabricants provenant de pays à faible revenu opèrent désormais sur les marchés des vaccins, contribuant à améliorer l’offre et à encourager une saine concurrence. Au lancement de Gavi, un seul des cinq fabricants de vaccins desservant ces marchés avec des produits de qualité et préqualifiés se trouvait dans un pays à faible revenu. Aujourd’hui, la majorité des 17 fabricants desservant ces marchés est domiciliée dans des pays à faible revenu.

En comprenant les processus de planification des pays ainsi que les exigences et les horizons prévisionnels des fabricants, l’Alliance a transformé le marché des vaccins, veillant à ce qu’ils opèrent au profit des populations des pays à faible revenu. Cela contribue à la pérennité du travail de Gavi et optimise l'impact du financement des donateurs.

Le plus important, c’est que Gavi inspire confiance en son fonctionnement et ses activités. Il est important pour l’industrie de savoir que s’il existe de nouveaux vaccins pour les pays en développement, il y aura une organisation qui s’occupera de leur distribution, la certitude des donateurs que l’argent sera bien dépensé et que les pays coupables de mauvaise utilisation des fonds les rembourseront. Et, bien entendu, la certitude des pays qu’après près de 20 ans de jouissance d’un approvisionnement fiable en vaccins, la confiance est présente dans une utilisation systématique.

Seth Berkley, Directeur exécutif de Gavi

À mesure que les marchés des vaccins se développaient et devenaient plus complexes, il devint également clair que les marchés d’autres produits liés aux vaccins ne fonctionnaient pas de manière optimale. Compte tenu de son succès sur les marchés des vaccins, Gavi s’est aperçue qu’en appliquant un modèle similaire aux marchés des équipements de la chaîne du froid, elle pourrait également offrir aux fabricants et aux pays de nouvelles opportunités pour obtenir des équipements de meilleure qualité et plus efficaces. Gavi a commencé à travailler activement pour encourager les sociétés à développer de nouveaux produits. Dans le même temps, elle a aidé des pays à sélectionner et acheter les équipements dont ils avaient besoin à des prix abordables. En identifiant les insuffisances du marché des équipements durables et efficaces, l’Alliance aide désormais les pays à renforcer leurs chaînes du froid et à remplacer les équipements obsolètes. Cela contribue également à protéger les vaccins, à en optimiser l’efficacité et à minimiser le gaspillage.  Au lancement de cet effort, en 2015, il y avait 10 produits au choix. Aujourd’hui, il existe plus de 74 modèles de réfrigérateurs électriques « Ice-Lined Refrigerator » et appareils solaires sans batterie « solar direct drive », ainsi que des innovations dans le domaine de la surveillance à distance de la température, des supports sans gel et d’autres technologies de la chaîne du froid.

La fin de la polio

Le but ultime de tout programme de vaccination est de prévenir une maladie, de manière globale. Cela n’a été réalisé qu’avec une seule maladie humaine, la variole. L’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite, dont Gavi fait partie, a fait d’énormes progrès, réduisant le nombre de cas de polio de plus de 99 %, mais la maladie persiste avec ténacité dans quelques régions. Gavi participe activement à l’effort d’éradication de la poliomyélite et a subventionné le vaccin antipoliomyélitique inactivé (et injectable) dans tous les pays éligibles au soutien de Gavi. Ce vaccin continuera de protéger les enfants, même après l’éradication de cette terrible maladie.

10. DE NOUVEAUX OUTILS POUR DE NOUVELLES APPROCHES

Gavi n’était pas seulement une idée nouvelle ; elle incluait une nouvelle façon de penser et de résoudre les problèmes. Par exemple, l'utilisation de la technologie de pointe pour surmonter les obstacles de la santé mondiale.

Gavi n’était pas seulement une idée nouvelle ; elle incluait une nouvelle façon de penser et de résoudre les problèmes. Par exemple, l'utilisation de la technologie de pointe pour surmonter les obstacles de la santé mondiale.

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À la création de Gavi, son modèle novateur a fait sensation dans le domaine de la santé mondiale. Depuis lors, l’innovation est essentielle. Depuis ses premières années, l’Alliance du Vaccin a cherché à travailler de façon novatrice et différente, exploitant de nouveaux partenariats, financements, données et technologies pour éliminer les obstacles et fournir des vaccins nouveaux et existants aux personnes qui en ont besoin. De la promotion du vaccin pentavalent cinq-en-un et d’un vaccin révolutionnaire contre la maladie à virus Ebola à l’investissement dans la technologie de la chaîne du froid, en passant par la gestion des données et l’utilisation de drones pour la livraison, Gavi recherche toujours de nouvelles solutions et approches innovantes.

Les pastilles de contrôle des vaccins garantissent la sécurité des vaccins et réduisent les pertes

Les vaccins ne sont efficaces que s’ils sont conservés à certaines températures. Le défi consiste à savoir quand un vaccin a été sorti du réfrigérateur pendant une trop longue période. Cela est particulièrement essentiel dans les climats chauds où la réfrigération est faible et l’énergie électrique irrégulière. Les pastilles de contrôle des vaccins (PCV) constituent la solution. Ce sont des étiquettes sensibles à la température collées sur chaque flacon de vaccin qui enregistrent l’exposition à la température au fil du temps pour indiquer si les vaccins sont toujours sûrs et efficaces. Un changement de couleur facilement identifiable survient lorsque le vaccin a été exposé à des températures ambiantes supérieures et qu’il ne peut plus être utilisé. Les pastilles permettent également de réduire la perte en permettant d’identifier les vaccins encore utilisables et ceux qui doivent être jetés au sein de chaque lot.


Ces innovations étaient nécessaires. Par exemple, il ne suffisait pas de vacciner les gens ; cela devait être fait en toute sécurité. Les vaccins injectables peuvent propager des infections si les aiguilles sont sales ou réutilisées. Cependant, le soutien de Gavi envers un programme visant à accélérer l’adoption de seringues autobloquantes, qui ne peuvent être utilisées qu’une seule fois, ainsi que l’adoption de nouvelles normes d’injections sûres dans les pays à faible revenu, ont contribué à réduire ce risque. De même, la sécurité des vaccins peut être compromise s’ils ne sont pas conservés à la bonne température. Le soutien de Gavi aux pastilles de contrôle des vaccins, de petits autocollants thermosensibles qui sont désormais collés sur chaque flacon, a permis de garantir que les vaccins ne sont utilisés que s’ils ont été conservés à la bonne température. Ces exemples, parmi d'autres, témoignent d'une organisation en constante évolution, repoussant les limites du possible et recherchant les réponses adaptées aux défis auxquels elle est confrontée.

Les seringues autobloquantes : doublez les moyens de prévention des maladies

L’une des premières réussites de l’Alliance du Vaccin fut l’introduction et la prise en charge de seringues autobloquantes, qui ne peuvent être utilisées qu’une seule fois, réduisant ainsi le risque de propagation des infections par des aiguilles sales ou réutilisées. En 2000, il a été estimé que près de deux injections sur cinq administrées dans le cadre de soins de santé dans le monde entier étaient effectuées avec des seringues réutilisées ou insuffisamment stérilisées, entraînant des millions de cas d’hépatite B, d’hépatite C et potentiellement d’infection au virus d’immunodéficience humaine (VIH). En soutenant et en faisant la promotion de l’utilisation de seringues autobloquantes à usage unique, Gavi a contribué à réduire considérablement les infections découlant de la vaccination.

Les vaccins sont remarquables en ce sens qu’ils produisent la ressource la plus précieuse du monde : ils sauvent la vie des enfants. Et ces enfants grandissent pour devenir des enseignants, ils grandissent pour devenir des infirmiers, ils grandissent pour devenir des leaders. Et cela, c’est, en effet, la ressource la plus précieuse du monde. En fin de compte, les vaccins ne sont pas seulement des outils d’innovation mais également une intervention magique. Et ce que Gavi fait, c’est s’entourer de la magie et du miracle des vaccins.

Bill Roedy, envoyé spécial de Gavi et ancien Vice-président du Conseil d'administration de Gavi

11. AMÉLIORER LE FONCTIONNEMENT DU SYSTÈME POUR TOUS

Alors que des progrès ont été réalisés en termes de renforcement de la couverture et d’introduction de nouveaux vaccins dans les pays, l'accent fut alors mis sur le renforcement des systèmes de santé afin d'atteindre des groupes de personnes laissés pour compte.

Alors que des progrès ont été réalisés en termes de renforcement de la couverture et d’introduction de nouveaux vaccins dans les pays, l'accent fut alors mis sur le renforcement des systèmes de santé afin d'atteindre des groupes de personnes laissés pour compte.

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L’échelle à laquelle Gavi opérait, ses réussites en matière de façonnage des marchés des vaccins et son impact sur la réduction des taux de mortalité infantile, lui avaient valu une large reconnaissance en tant qu’acteur majeur sur la scène mondiale de la santé. Cependant, même si l’Alliance avait fait d’énormes progrès pour aider les pays à acheter et à introduire des vaccins nouveaux et sous-utilisés, il était évident qu’il fallait en faire encore plus. L’une des raisons pour lesquelles tant d’enfants ne sont pas vaccinés est la faiblesse de nombreux systèmes de santé et leur manque de ressources. Des subventions et autres formes de soutien ont été élaborées afin de permettre aux pays d’investir dans leurs systèmes de vaccination et de contribuer à améliorer la couverture vaccinale.

Je pense que la magie de Gavi, c’est que nous ne travaillons pas uniquement sur les vaccins. Les gens disent que nous sommes une initiative verticale. Je ne nous considère pas comme une initiative verticale. Tout d’abord, les vaccins ne s’administrent pas tout seuls, nous devons donc disposer de systèmes de santé adéquats, mais aussi de chaînes d’approvisionnement, de systèmes de données, d’une surveillance et d’une chaîne du froid adéquats.

Seth Berkley, Directeur exécutif de Gavi

Collaboration et prestation du secteur privé

En plus de travailler en étroite collaboration avec des sociétés pharmaceutiques, Gavi collabore également avec de nombreux autres partenaires du secteur privé. Le partenariat avec Zipline en est une illustration parfaite. Lorsqu’un agent de santé a besoin de fournitures urgentes ou que les routes sont inondées ou impraticables, comment fait-on la livraison des vaccins ? Dans de plus en plus d’endroits, la réponse à cette question est le recours aux drones. En 2016, le gouvernement du Rwanda s’est associé à la société technologique californienne Zipline, Gavi et la société de livraison internationale UPS pour explorer le potentiel de la livraison de produits de santé par drone autonome. De nombreuses régions du pays sont trop montagneuses pour qu’un drone puisse y atterrir, Zipline a donc expérimenté un système de largage des précieuses fournitures par parachute, informant les agents de santé par SMS que leur colis est prêt à être récupéré. En 2019, également avec l’aide de Gavi et d’UPS, Zipline et le gouvernement du Ghana ont lancé un deuxième réseau national destiné à desservir près de 2000 centres de santé et 12 millions de personnes.

Bien souvent, les agents de santé ne savent pas combien d’enfants ils vont devoir vacciner... ils doivent donc apporter des suppléments de vaccins, quitte à jeter les vaccins restants en fin de journée. Zipline permet de changer totalement le fonctionnement de ce modèle, de sorte qu’un agent de santé peut désormais se rendre dans un village sans rien emporter, puis compter en indiquant « J’ai besoin de X flacons de ce vaccin et Y flacons de cet autre vaccin » avant de lancer sa commande et de recevoir exactement ce dont il a besoin, ni plus, ni moins.

Keller Rinaudo, Directeur exécutif de Zipline

Cela a joué un rôle important dans l’augmentation du nombre d’enfants recevant les vaccins de base dans les pays soutenus par Gavi au cours des deux dernières décennies, passsant d’un peu moins de 60 % à plus de 80 %. Cela a contribué de façon importante à réduire de moitié la mortalité infantile ainsi qu'à la réduction du nombre d’enfants infectés par des maladies invalidantes de 70 % au cours de la même période. Cette augmentation du nombre d’enfants protégés est une remarquable réalisation, d’autant plus en raison de la rapide croissance démographique observée au cours de la même période. Cependant, en dépit de ces progrès, des groupes d’inégalité subsistent. Même lorsque la couverture vaccinale nationale augmente dans les pays, cela peut parfois masquer des taux de vaccination très faibles dans certaines régions. On sait que 10,4 millions d’enfants vivant dans des pays bénéficiant du soutien de Gavi ne reçoivent toujours aucune vaccination de routine.

Récit d’un centre de santé à Cox’s Bazar, au Bangladesh

Shabnoor et Sonia sont des agents de santé communautaires fournissant des vaccins et d’autres services de santé à la population essentiellement migrante des camps de Cox’s Bazar, au Bangladesh. Shabnoor, qui est née dans l’un de ces camps, va de porte en porte pour identifier les enfants non vaccinés et donner aux parents plus d’informations sur les vaccins. Au fil du temps, dit-elle, les parents ont fini par leur faire confiance, et ils veulent maintenant faire vacciner leurs enfants. « Mon travail consiste à faire en sorte que tout le monde comprenne pourquoi les vaccins sont si importants », ajoute-t-elle. « La relation de confiance est essentielle, en particulier dans le cas des agents de santé communautaires ». Sonia administre des vaccins dans un centre de soins de santé primaires de l’UNICEF. Elle explique être devenue agente de santé parce qu’elle voulait mettre ses compétences en application. « Les vaccins permettent de prévenir des maladies et de sauver de nombreuses vies.  Je suis devenu agent de santé pour aider les gens à rester en bonne santé et à trouver la paix ».


Les enfants qui ne reçoivent aucun vaccin, « enfants zéro-dose », font partie des plus difficiles à atteindre dans tous les pays. Deux tiers de ceux-ci vivent en dessous du seuil de pauvreté. Alors que certains se trouvent dans des zones rurales reculées, un grand nombre réside dans des bidonvilles urbains ou des installations de fortune dans les grandes villes. Ils ne sont bien souvent pas enregistrés auprès des centres de santé ni d’aucun autre service public. Ils appartiennent, tout comme leur famille, à des communautés marginalisées ayant un accès limité aux services ou à l’information.

Gavi travaille avec les gouvernements et la société civile pour fournir à tous les enfants les avantages de la vaccination. Afin d’atteindre ces « enfants zéro-dose », Gavi accélère ses efforts, investissant dans la formation des agents de santé et dans l’amélioration de la logistique tout en améliorant la collecte et la gestion des données, ainsi que le leadership en matière de santé. Cela prend tout en compte, de l’utilisation de la technologie de l’intelligence artificielle pour combler les lacunes des systèmes de données médiocres et identifier les endroits où les communautés manquent encore à l’appel à la collaboration avec les pays pour les aider à hiérarchiser et à utiliser plus efficacement leurs ressources afin de cibler les régions où vivent des enfants qui ne reçoivent aucun vaccin.

Le rôle essentiel de la société civile

La société civile est un élément essentiel de l’Alliance du Vaccin qui soutient les efforts de vaccination nationaux et locaux dans tous les pays éligibles au soutien de Gavi et joue un rôle actif au sein du conseil d’administration de Gavi. Un large éventail d’organisations de la société civile œuvrent au sein de l’Alliance pour soutenir l’introduction de nouveaux vaccins et contribuer à garantir que partout dans le monde, les populations bénéficient de la vaccination. Les voix de la société civile apportent des perspectives différentes et importantes à toutes les questions opérationnelles et politiques examinées par le Conseil d’Administration.


C’est un élément essentiel de la mission de Gavi. Les systèmes de santé sont complexes et nécessitent la participation de nombreuses personnes présentant un éventail de compétences très variées pour fonctionner efficacement. Lorsque le système fonctionne bien, ceux qui en bénéficient sont les enfants - ainsi que leurs familles, y compris les plus pauvres et ceux qui n’avaient jamais été vaccinés. Gavi s’efforce de veiller à ce que les vaccins soient administrés à autant d’enfants et d’adolescents que possible, quels que soient leur sexe, leur richesse ou leur statut social.

En protégeant les enfants avec des vaccins, les agents de santé contribuent à instaurer des bases durables de soins de santé et à renforcer les liens avec les communautés locales. Les gouvernements du monde entier se sont engagés à fournir des soins de santé abordables à tous les citoyens (engagement connu sous le nom de couverture sanitaire universelle) et à atteindre les ambitieux objectifs de développement durable (ODD) à l'horizon 2030. Cela nécessitera un investissement continu dans la fourniture de soins de santé primaires à tous, des soins prénatals aux femmes à la naissance et la protection des enfants avec des vaccins sans oublier les soins continus pendant l’enfance et jusqu’à l’âge adulte. 

Malgré, deux décennies de progrès pour administrer des vaccins à un nombre sans cesse croissant d’enfants, associées à la réduction de la pauvreté dans le monde, ceux qui ne sont toujours pas protégés se trouvent souvent dans des situations périlleuses. La grande majorité des pays qui ont encore besoin du soutien de Gavi sont des États fragiles, touchés par de graves problèmes tels que les conflits armés, les situations d’urgence climatique et les migrations humaines. Le travail qui reste à faire est donc plus difficile à bien des égards que ce qui a déjà été accompli. Il faut de nouvelles approches, par exemple, travailler plus directement dans des régions spécifiques d’un pays et avec des communautés mal desservies. Inversement, il devient évident qu’une portion élevée et croissante d’enfants n’ayant pas été entièrement vaccinés réside dans des pays à revenu intermédiaire. Cela pose un défi à la communauté internationale, y compris à Gavi dont la mission initiale est de servir les pays à faible revenu.

12. SE CONCENTRER SUR LES FEMMES ET LES FILLES

De quelle façon Gavi intensifie ses efforts pour faire en sorte que les filles et les garçons bénéficient de manière égale des vaccins dans tous les pays, et comment elle brise les barrières liées au sexe afin de s’assurer qu’aucun enfant ne soit oublié.

De quelle façon Gavi intensifie ses efforts pour faire en sorte que les filles et les garçons bénéficient de manière égale des vaccins dans tous les pays, et comment elle brise les barrières liées au sexe afin de s’assurer qu’aucun enfant ne soit oublié.

Lire le chapitre 12

Au fil de l’évolution de Gavi, il est devenu évident que les obstacles à la vaccination n’étaient pas seulement d’ordre économique ou physique, mais qu’ils étaient parfois aussi basés sur le sexe. Au niveau mondial, les filles et les garçons sont vaccinés de manière égale, mais dans certains pays, il existe un déséquilibre entre les sexes qui fait que les garçons sont davantage protégés par des vaccins. La vaccination n’est pas exempte de discrimination de genre dans son impact. Dans les pays bénéficiant du soutien de Gavi, les femmes sont les principales soignantes, ce qui fait que les stratégies de vaccination doivent garantir leur engagement actif, par exemple, en veillant à ce que les familles soient visitées au moment propice où il sera possible de vacciner les enfants. Gavi s’efforce de veiller à ce que les personnes de tous les sexes reçoivent les vaccins sans aucune discrimination.

Cependant, l’accès n’est pas le seul problème lié au genre. Certains agents pathogènes affectent davantage les femmes que les hommes, notamment le virus du papillome humain (VPH)le virus du papillome humain (VPH)
Dans le monde, une femme meurt du cancer du col de l’utérus toutes les deux minutes. Avec 311 000 décès par an, ce cancer tue plus de femmes que les complications au cours de la grossesse et celles lors de l'accouchement réunies. Le vaccin contre le papillomavirus humain (VPH) peut prévenir jusqu'à 90% de tous les cas de cancer du col de l’utérus, mais, lors de son lancement en 2006, le prix pour une dose était supérieur à 100 dollars. Il était donc inaccessible pour la plupart des femmes dans les pays à faible revenu où pourtant, 90% des décès par cancer du col de l’utérus sont recensés. Depuis que Gavi soutient ce vaccin, son coût a diminué, passant ainsi à moins de 5 dollars par dose pour les pays à faible revenu, un prix bas record. La vaccination est cruciale dans ces pays, les femmes ayant un accès limité aux séances de dépistage ou au traitement. Depuis 2013, et grâce au soutien de Gavi, 3,9 millions de filles et jeunes femmes ont été protégées contre le VPH.
, qui est à l’origine de la quasi-totalité des cas de cancer du col de l’utérus. Dans les pays bénéficiant du soutien de Gavi où le dépistage et le traitement ne sont pas largement disponibles pour la plupart des femmes, il est devenu la principale cause de décès par cancer chez les femmes, tuant désormais plus de femmes que les complications liées à la grossesse et à l’accouchement. Ce problème d’importance croissante a amené Gavi à commencer à prendre en charge le vaccin contre le VPH. Introduit pour la première fois en 2013 avec le soutien de Gavi, ce vaccin était inhabituel, non seulement parce qu’il permettait de lutter contre le cancer, mais aussi parce que son efficacité dépendait de la vaccination des jeunes femmes et des filles. Cela signifiait que le vaccin ne pouvait pas être introduit dans les programmes de vaccination infantile de routine.

Pour y remédier, une série de programmes de démonstration du VPH a été initialement lancée pour tester la faisabilité et le coût de la vaccination des adolescentes dans 30 pays à revenu faible ou intermédiaire. 27 pays ont déjà introduit ou approuvé l'introduction du vaccin dans leurs programmes nationaux de vaccination, protégeant ainsi près de 4 millions de filles et de jeunes femmes. À ce jour, 18 pays soutenus par Gavi ont lancé des programmes nationaux de vaccination pour lutter contre le virus du papillome humain, et 5 d’entre eux – le Malawi, la Tanzanie, l’Ouganda, le Zimbabwe et la Zambie – figurent parmi les 10 pays où le cancer du col de l’utérus est le cancer le plus fréquent.

Désormais, les pays peuvent directement demander un soutien sans passer par un programme de démonstration. La prise en charge de ce vaccin a été si populaire dans les pays que la demande croissante a créé des problèmes d’approvisionnement, mais Gavi s’est engagée à continuer d’aider les pays à introduire le vaccin.

Le vaccin contre le VPH représente également un important aboutissement de l’un des volets du travail de dynamisation des marchés de Gavi. En travaillant en étroite collaboration avec les pays et les partenaires de l’industrie, l’Alliance a été en mesure de fournir le vaccin aux pays à un prix abordable, prévenant ainsi des infections et sauvant de nombreuses vies.

13. LES RISQUES DE PRÉCARITÉ SANITAIRE DANS LE MONDE

Malgré les progrès historiques réalisés par Gavi, les tendances mondiales menacent d'augmenter le risque d'épidémies. Cela rend les travaux en cours de Gavi toujours plus importants en termes de protection non seulement des enfants vulnérables, mais aussi du reste du monde, contre les menaces persistantes et nouvelles, pour obtenir la sécurité sanitaire mondiale.

Malgré les progrès historiques réalisés par Gavi, les tendances mondiales menacent d'augmenter le risque d'épidémies. Cela rend les travaux en cours de Gavi toujours plus importants en termes de protection non seulement des enfants vulnérables, mais aussi du reste du monde, contre les menaces persistantes et nouvelles, pour obtenir la sécurité sanitaire mondiale.

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En dépit des progrès que l’Alliance continue de faire, l’un des défis les plus inquiétants est la sécurité sanitaire mondiale. Le monde est de plus en plus interconnecté, avec, chaque année, 1 milliard de personnes franchissant les frontières internationales et le nombre de personnes déplacées sur le plan mondial dépasse désormais 70 millions de personnes. Les épidémies de maladies peuvent se développer plus vite et se déplacer plus loin qu’auparavant. Les menaces émergentes ne sont pas limitées à un seul endroit ou à un seul pays, donc l’investissement dans la sécurité sanitaire doit être une priorité mondiale.

Les défis environnementaux, démographiques et sociaux tels que l’urbanisation, la crise climatique, la migration et les fragilités institutionnelles augmentent la pression sur les sociétés humaines partout, et particulièrement dans les pays à faible revenu bénéficiant du soutien de Gavi. Les récentes épidémies sans précédent, telles que l’émergence de la maladie à virus Ebola dans les zones urbaines, la recrudescence alarmante des épidémies de poliovirus dérivées de vaccins dans plusieurs pays africains et asiatiques, et la résurgence de la rougeole chez les populations sous-vaccinées, mais principalement les populations urbaines (ainsi que l’augmentation alarmante et la propagation d’agents pathogènes résistants aux médicaments) démontrent les risques toujours présents de maladies infectieuses. Dans tous ces cas, une vaccination efficace est le meilleur moyen de prévenir les infections dans un premier temps, mais aussi pour protéger les populations vulnérables et le monde dans son ensemble.

En raison de son rôle dans la prévention des maladies et de l’échelle à laquelle elle opère, l’Alliance joue un rôle de plus en plus important dans l’amélioration de la sécurité sanitaire mondiale. Qu’il s’agisse d’investir dans un nouveau marché de vaccins, puis de soutenir le développement et les tests de nouveaux vaccins contre le virus Ebola, de trouver le meilleur moyen de prévenir de nouvelles épidémies de maladies ou d’exploiter l’extension des systèmes de vaccination de routine et le renforcement des soins de santé primaires, le travail de Gavi a désormais une incidence importante non seulement sur la vie de chaque enfant, mais également sur la sécurité sanitaire mondiale.

14. REGARDER VERS L’AVENIR

L'impact de Gavi a largement dépassé la vision originale. Elle a non seulement contribué à protéger plus de trois quarts d'un milliard d'enfants, mais elle a aussi contribué à stimuler les économies des pays pauvres et à rendre le monde plus sûr. Elle continue de se concentrer sur l’avenir.

L'impact de Gavi a largement dépassé la vision originale. Elle a non seulement contribué à protéger plus de trois quarts d'un milliard d'enfants, mais elle a aussi contribué à stimuler les économies des pays pauvres et à rendre le monde plus sûr. Elle continue de se concentrer sur l’avenir.

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À l’âge de 20 ans, l’Alliance a considérablement amélioré les taux de vaccination dans les pays à faible revenu. Depuis 2000, elle a permis de protéger plus de 760 millions de personnes contre des maladies infectieuses, un chiffre qui va largement au-delà du milliard lorsque les campagnes de vaccination sont incluses. Cela a permis de sauver plus de 13 millions de vies et apporté 150 milliards de dollars américains en retombées économiques dans les pays bénéficiant du soutien de Gavi. Ces chiffres et les extraordinaires réalisations qu’ils représentent dépassent de très loin les rêves des fondateurs de Gavi, mais il y a encore beaucoup à faire et trop de personnes n’ont toujours pas accès aux énormes bienfaits de la vaccination. Gavi a assuré la protection d’une génération d’enfants et contribué au développement économique des pays d’une manière qui semblait inimaginable dans les premières années. Le prochain défi de Gavi est d’identifier et protéger les enfants qui n’ont jamais été vaccinés et à les intégrer dans le système de santé de routine, ainsi que les nombreux autres qui ne sont pas entièrement protégés contre toutes les maladies évitables par la vaccination.

La maladie à virus Ebola et un nouveau vaccin

L’épidémie de maladie à virus Ebola qui a frappé la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone en 2014 était la plus importante de tous les temps, avec 11 310 pertes en vies humaines sur les 28 000 personnes infectées. Le nombre de cas sans précédent, associé à la propagation de la maladie dans les zones urbaines, a incité la communauté sanitaire mondiale à se rassembler pour soutenir le développement d’un nouveau vaccin. Gavi a joué un rôle central à cet égard en engageant jusqu’à 300 millions de dollars américains pour l’achat d’un vaccin dès que celui-ci serait disponible, créant ainsi un marché là où il n’y en avait pas auparavant et offrant aux fabricants l’incitation nécessaire pour développer de nouveaux vaccins. Tandis que le premier de ceux-ci, notamment le vaccin Ervebo® de Merck, suivait le processus d’enregistrement règlementaire, Gavi a également fourni un financement opérationnel à la vaccination en République démocratique du Congo où plus de 270 000 personnes se sont vues administrer le vaccin. Après l’approbation réglementaire et la préqualification d’Ervebo® par l'OMS en novembre 2019, Gavi financera désormais une réserve de vaccins d’urgence mondiale de 500 000 doses pour une utilisation future.

Le Libéria a reconquis dans une large mesure la confiance des gens. Cependant, cela ne durera que si nous pouvons faire plus pour reconstruire le système de soins de santé et nous avons un long chemin à parcourir… Une nation malade ne peut pas être une nation qui fonctionne.

Ellen Johnson Sirleaf, ancienne Présidente de la République du Libéria

Ce que Gavi a accompli au fil des ans constitue un énorme succès en ce qui concerne l’administration de toutes sortes de vaccins aux enfants du monde entier. Ce sont les résultats que nous pensions du domaine du rêve et non du réel, mais nous y sommes vraiment parvenus.

Carol Bellamy, ancienne Directrice exécutive de l’UNICEF et ancienne Présidente du Conseil d'administration de GAVI

Pour résumer, l’ambition de Gavi est, d’un jour, disparaitre car sa présence ne sera plus nécessaire. Déjà, 15 des pays bénéficiant initialement du soutien de Gavi sont devenus entièrement autosuffisants et financent eux-mêmes leurs programmes de vaccination. D’autres suivront bientôt. Dans les années à venir, nous serons confrontés à des défis nouveaux et croissants. Soutenir les pays et s’assurer que même les nations les plus fragiles puissent protéger leurs enfants sera un nouveau défi pour les années à venir. Des obstacles liés au genre subsistent toujours dans de nombreuses sociétés — empêchant les parents de protéger complètement leurs enfants et les femmes de bénéficier des bienfaits de la vaccination. La pauvreté et l’insécurité demeurent des obstacles au progrès dans de nombreux pays à faible revenu. Atteindre chaque enfant en facilitant l’administration des vaccins aux personnes qui en ont besoin où qu’elles se trouvent, quel que soit leur sexe ou leur identité ethnique ou sociale est au cœur du prochain plan quinquennal de Gavi.

Gavi est prêt à prendre en charge les nouveaux vaccins indispensables pour protéger contre le VIH, la tuberculose et le paludisme — les trois maladies mortelles qui font encore tant de ravage dans le monde. En réalité, des travaux ont déjà été initiés en vue de l’introduction d’un vaccin contre le paludisme. En outre, de nouveaux vaccins sont pris en charge à mesure qu’ils sont développés pour lutter contre des infections telles que le virus respiratoire syncytial, l’une des principales causes de maladies respiratoires chez les nourrissons, mais aussi pour cibler d’autres cancers et maladies chroniques qui sont mieux compris.

Une passerelle vers la santé pour tous

L’élargissement de la portée de la vaccination infantile est l’un des meilleurs et plus rentables moyens de réaliser la couverture sanitaire universelle, l’idée selon laquelle chacun, partout dans le monde, ait accès à des soins de santé abordables et de qualité. Les vaccins ne se livrent pas tout seuls. Ils nécessitent des chaînes d’approvisionnement, ainsi que des infrastructures et installations de la chaîne du froid, qui sont toutes indispensables à une gamme d’autres interventions sanitaires. Ils ont également besoin d’agents de santé qualifiés, de moyens de transport, de sensibilisation communautaire, de services de données et de surveillance des maladies, qui peuvent tous permettre d’améliorer la détection et la riposte aux épidémies. Lorsqu’une communauté a accès à la vaccination infantile, il ne lui faut souvent pas longtemps avant d’avoir également accès à une gamme d’autres interventions de santé, telles que les soins maternels et néonatals, le déparasitage et la prévention du paludisme. Ainsi, en améliorant la portée de la vaccination, Gavi agit efficacement comme une plate-forme susceptible de servir de base à la prestation de soins de santé primaires plus solides, contribuant ainsi également à l’atténuation des menaces à la sécurité sanitaire mondiale et l’amélioration de la résilience aux chocs climatiques.


Cependant, en dépit des progrès réalisés par Gavi, il y aura encore de nombreux défis dans les prochaines années. Réussir à localiser les personnes non vaccinées reste un challenge. De plus, d’importantes tendances mondiales, telles que les changements climatiques, la croissance démographique, l’urbanisation, la migration humaine et la résistance aux antimicrobiens, menacent d’augmenter le risque épidémique. Dans le même temps, à mesure que les économies se développent, nous constatons une proportion croissante d’enfants sous-vaccinés dans les pays ne bénéficiant pas du soutien de Gavi, et d’ici 2030, nous nous attendons à ce que 70 % des enfants sous-vaccinés se trouvent dans des pays à revenu intermédiaire.  

La vision de Gavi est celle d’un monde où chacun a droit à la prévention des maladies et aux soins de santé primaires, un monde où le risque d’épidémies est réduit tandis que la résilience de chaque pays aux effets sur la santé des chocs climatiques est considérablement accrue. À la lumière de ces nouveaux défis qui se dressent sur la route de la réalisation de cette vision, Gavi devra faire ce qu’elle sait faire de mieux : collaborer. Cela implique non seulement de continuer à travailler avec les principaux partenaires de l’Alliance, mais également de travailler en plus étroite collaboration avec les gouvernements des pays à revenu faible pour les aider à renforcer leurs programmes de vaccination. En outre, en continuant d’établir de nouveaux partenariats avec des organisations sœurs comme le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, elle peut améliorer son efficacité et son efficience. 

Il y a vingt ans, il aurait été difficile d’imaginer l’ampleur de ce que Gavi a accompli, ce qui pourrait être réalisé et à quelle échelle, à partir de cette audacieuse vision originale. Pendant cette période, elle s’est transformée presque autant qu’elle a transformé la vie des centaines de millions de personnes qu’elle a contribué à protéger. Elle a cherché à résoudre un problème de santé mondial, mais durant son parcours, elle en a rencontré d’innombrables autres, trouvant chaque fois des solutions. Et pourtant, jamais cette mission originale n’a été perdue de vue, l’Alliance du Vaccin et tous ses membres s’étant engagés à poursuivre leurs efforts pour continuer d’apporter à tous les bénéfices de la vaccination, quels que soient les nouveaux défis.

Ngozi Okonjo-Iweal

Ma vision et mon espoir, c’est qu’au cours des 20 prochaines années, nous puissions cesser nos activités. J’espère que dans 20 ans, nous n’aurons plus à intervenir que dans 10. L'accomplissement final sera atteint quand tous les gouvernements et les pays prendrons en charge leurs propres programmes de vaccination de manière autonome.

Ngozi Okonjo-Iweala, Présidente du Conseil d’administration de Gavi

Le travail de Gavi peut être mesuré de plusieurs façons. Plus de 13 millions de vies ont été sauvées. Les fabricants de vaccins savent qu’il existe un marché même dans les pays en développement. Nous disposons donc maintenant d’un pipeline de vaccins en développement sur lesquels les gens travaillent, sachant que Gavi sera là pour s’assurer qu’ils parviennent aux enfants qui en ont besoin.

Bill Gates, Coprésident de la Fondation Bill & Melinda Gates
Bill Gates

DÉFILER LE GÉNÉRIQUE

Rédacteur en chef
Duncan Graham-Rowe

Éditeur et rédacteur
Iain Simpson

Responsable de la coordination des projets
Susann Kongstad

Rédacteurs
Priya Joi et Amanda Tschopp

Responsables de la gestion des entretiens
Isaac Griberg, Doreen Mackay,
Wambui Munge, Chioma Nwachukwu
Svetlomir Slavchev et Jeff Weintraub

Conception graphique
Hervé Montandon

Illustrations
Amandine Comte

Collecte des photographies
Jacques Schmitz

Vidéographie
Svetlomir Slavchev

Développement et conception Web
Alister Bignell et Natasa Milovanovic

Médias
Isaac Griberg

Diffusion et contenu des réseaux sociaux
Elinore Court, Isaac Griberg
et Wambui Munge

Assistance supplémentaire
Lubna Elmahdy et James Fulker

Directeur de la publication
Pascal Barollier

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